Réforme de l’administration guinéenne: la grande mue

« J’ai trouvé le pays à terre. » Tel est le constat particulièrement déconcertant que le président Alpha Condé a dressé de la situation de quasi-faillite dans laquelle il a pris les rênes du pays en décembre 2010. Tous les fondements essentiels d’un véritable Etat se sont effilochés au fil du temps avec les régimes successifs qui ont dirigé les destinées du pays.

L’Etat, à travers son administration, ressemblait à un grand corps malade qu’il fallait urgemment sauver des pratiques et systèmes avilissants qui l’ont conduit dans cet état de non-Etat. Il fallait nécessairement dans ces conditions que l’Etat renaisse de ses cendres pour pouvoir répondre, avec efficacité et efficience, aux desiderata à la fois du peuple et des nouveaux défis de l’heure.

Les nouvelles autorités dirigeantes du pays, placées sous le magistère d’Alpha Condé, semblaient avoir compris cette nécessité absolue de procéder, en profondeur, à une refondation du système de gouvernance politique et administrative du pays et de l’adapter à leur programme de société qui prônait le changement.

C’est pourquoi dès 2011, un vaste et ambitieux programme de refondation a été placé sur les fonts baptismaux pour faire face à ce besoin impérieux de réforme de l’Etat et de la modernisation de l’administration. Cette opération sera donc pilotée par le Haut Commissariat à la Reforme de l’Etat et à la Modernisation de l’Administration (HC-REMA).

Cette nouvelle institution dont la mission consistait à débarrasser l’administration guinéenne de tous les maux qui la gangrénaient, va très vite initier, grâce aux appuis technique et financier des partenaires notamment de la Banque Mondiale, un certain nombre d’actions allant dans le sens de la refondation de l’Etat et de la modernisation de l’administration.

Au nombre de ces actions, il faut citer la vaste opération, sans précédent, de recensement biométrique de l’ensemble des agents de la fonction publique. Commencée en janvier 2014, celle-ci a permis à l’Etat d’extirper des 105.757 agents identifiés, 11.089 fonctionnaires qui étaient soient des fictifs, des doublons, morts-vivants ou des retraités en fonction…

Ce système mafieux qui a longtemps été entretenu dans l’appareil de l’administration grâce à la complicité de certains bandits à col blanc, causait chaque année au Trésor public une perte abyssale dont le montant chiffré est estimé, selon le ministre de la Fonction Publique, à 244,54milliards de francs guinéens, soit environ 26 millions d’euros. Ce qui représente mensuellement pour l’Etat une perte de 20,4 milliards de francs, soit 2,22 millions d’euros, a-t-il révélé.

A la suite de ces résultats probants obtenus à la faveur des opérations de recensement biométrique des fonctionnaires, le département en charge de la Fonction Publique, de la Réforme de l’Etat et de la Modernisation de l’Administration, a mis en application d’autres mesures supplémentaires visant à valoriser et consolider ces acquis. Il s’agit entre autres, du ‘’dévirement’’ ; de ‘’la consignation des salaires, du croisement des fichiers de la fonction publique avec d’autres fichiers tel que celui de la Caisse nationale de la Sécurité Sociale ou le contrôle physique des agents à l’aide des pointeuses électroniques.

Grâce à un financement obtenu auprès de la Banque Mondiale, le ministère de la Fonction Publique a pu doter certains départements ministériels et services centraux de pointeuses électroniques qui sont estimées à 125 pour cette phase-pilote.

S’agissant du croisement des fichiers, le rapport de mission des inspecteurs du ministère de la Fonction Publique, portant sur un échantillon au niveau de la Caisse Nationale, révèle qu’un nombre important de fonctionnaires travaillent aussi dans le secteur privé. Sur un échantillon de 600 personnes, il a été découvert que 254 percevaient à la fois un salaire du privé et une rémunération de l’Etat.

Quant aux fonctionnaires indélicats, ils sont 19 pour cent à avoir travaillé dans les banques commerciales publiques du pays et 2 pour cent à la BCRG. Dans les départements ministériels, 22 pour cent des agents de l’État qui ont deux emplois émargent au ministère de l’Enseignement pré-universitaire et de l’Alphabétisation, rapportent les conclusions du rapport des inspecteurs.

Les Lois L028 et L029 mises au goût du jour

A côté du contrôle et de la maîtrise de l’effectif global de la fonction publique, la réussite du processus de la réforme de l’Etat et de la modernisation de l’administration, portée par le ministère de la Fonction Publique, passe aussi par la révision des lois fondatrices de l’administration et de la fonction publique. C’est-à-dire, les Lois, L028 et L029.

En effet, ces deux dispositions fondamentales de la Fonction publique, vieilles de plus de 15 ans, donc complètement inadaptées et inappropriées par rapport au contexte actuel, ont ainsi été toilettées en juin 2015.

Du projet ‘’Rajeunir et féminiser l’administration’’

Comme le toilettage des Lois L028 et L029, le projet ‘’Rajeunir et féminiser l’administration, constitue un autre pan du vaste chantier de refondation de l’administration guinéenne. Mis en orbite en 2012, celui-ci est initié par le gouvernement en collaboration avec la coopération française pour, ‘’rajeunir’’ et ‘’féminiser’’ le personnel de l’administration.

Il s’agit d’un projet particulièrement innovant dont l’exécution est confiée au ministère de la Fonction Publique via le Centre de Perfectionnement Administratif (CAP). Il a pour objectif de former, indique Massé Camara, son coordinateur, 1200 fonctionnaires pour la période allant de 2012 à 2015. Mais en raison de la maladie à virus Ebola, a-t-il indiqué, le projet a été prolongé d’un an.

A en croire Massé Camara, ce projet de formation concerne les jeunes fonctionnaires qui sont effectivement engagés à la fonction publique et ayant l’âge inférieur ou égal à 40 ans.

En 2012, ils étaient 3750 candidats à avoir postulé au compte du projet ‘’Rajeunir et féminiser’’. Mais seulement 482 dont 71 filles ont pu passer avec succès le test.

‘’Ces 400 ont suivi la formation et il y a eu parmi eux, 72 lauréats qui ont été nommés à des postes de responsabilité’’, précise-t-il.

Le deuxième concours qui a été organisé en 2013 comptait 3880 candidats. Et sur ce nombre, les 400 meilleurs ont été retenus. Quant à la dernière promotion, annonce le Coordinateur du projet ‘’Rajeunir et féminiser’’, elle pourrait se constituer à l’issue du concours que le CPA organise à la fin de ce mois de mai 2016, précisément les 28 et 29 mai.

Cet article est produit en collaboration avec SFCG, le PREMA, l’UCEP avec un appui financier de la Banque Mondiale

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