Que peut faire l’Etat pour relancer l’économie? (Par Dr. Nassirou Narena Keïta)

Dr Nassirou Narena Keïta est un éminent économiste guinéen en service à la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG). Il s’est intéressé à la relance de l’économie nationale…

QUE FAIRE L’ETAT POUR RELANCER L’ECONOMIE?

On entend souvent dire que ce n’est pas le rôle de l’État et du Gouvernement d’investir, de créer des emplois et de générer de l’activité économique. Dans ce rôle, le secteur privé serait bien plus compétent. Pourtant, depuis quelques années, un peu partout sur la planète, les gouvernements s’activent pour tenter de relancer une économie en panne. Après tout, ces derniers dépendent de la croissance économique pour créer des emplois et renflouer les coffres publics.
Le présent coup d’oeil vise à répondre à la question complexe  » Que peut et que doit faire l’État pour stimuler l’activité économique ? ».

Peu importe les orientations politiques ou idéologiques des gouvernements, ces derniers jouent encore aujourd’hui un rôle primordial en matière de développement économique. En fait, nous pouvons distinguer deux types d’actions : Les conjoncturelles et les structurelles, qui doivent toutes deux jouer un rôle complémentaire. Le soutien conjoncturel vise à stimuler l’économie à court terme, alors que les actions structurelles visent à mettre en place les fondations nécessaires à une activité soutenue et durable.

LE SOUTIEN CONJONCTUREL:

Le soutien conjoncturel à l’économie est formé d’actions prises par un gouvernement pour stimuler et pour relancer l’économie à court terme. Il s’appuie tout d’abord sur la politique budgétaire du gouvernement, c’est-à-dire sur ses choix en matière de revenus et de dépenses. Pour soutenir une économie moribonde, on choisira d’abord de hausser les dépenses gouvernementales et les investissements publics. On pourra aussi favoriser la consommation des ménages en augmentant les transferts ou en diminuant les impôts et les taxes.
Le soutien conjoncturel vient également des Banques centrales (à condition qu’elles acceptent de se libérer de la servitude volontaire, de la répression financière et monétaire). Les États ont confié à ces Banques le soin d’établir la politique monétaire qui consiste essentiellement à déterminer le niveau des taux d’intérêt et la quantité de monnaie en circulation dans une économie. En réduisant le coût des emprunts et la valeur de la monnaie nationale, ces mesures ont des répercussions sur le niveau d’investissements des entreprises et des individus, ainsi que sur les exportations.

CÉER DES BASES STRUCTURELLES À L’ACTIVITÉ ÉCONOMIQUE:

1) Investissement en infrastructures et dans les services publics.

En plus du soutien conjoncturel à l’économie, les États agissent d’une multitude de façon pour créer les bases structurelles à l’activité économique. Si l’on prend pour acquis l’existence d’un régime juridique solide, qui est essentiel à la bonne marche de l’économie, deux types d’actions ressortent du lot comme étant particulièrement importantes : les investissements en infrastructures et les investissements dans les services publics, notamment en éducation et en formation.

L’existence d’infrastructures diversifiées et modernes (routes, aéroports, transports en commun, énergie, eau, bibliothèques, établissements de santé et éducation, réseaux de communication, etc.) constitue assurément l’un des déterminants importants de l’activité économique. Les investissements dans les services publics sont également vitaux pour l’économie, puisqu’ils favorisent notamment la cohésion sociale, la santé au sein de la population et une augmentation du capital humain.

2) STRATÉGIE OU POLITIQUE INDUSTRIELLE:

En plus des investissements en infrastructures et dans les services publics, l’État peut également mettre en oeuvre une stratégie industrielle visant à soutenir le développement du tissu industriel.
Une politique industrielle est un ensemble de mesures visant à soutenir le développement d’un ou de plusieurs secteurs industriels ou économiques. Celles-ci peuvent prendre la forme de mesures incitatives fiscales, de subventions ou d’interventions plus ou moins directes visant divers objectifs, par exemple, le développement d’un secteur économique ou le maintien de sièges sociaux sur le territoire.
Afin que leurs entreprises se démarquent dans l’économie du savoir, plusieurs États offrent du soutien public à l’innovation. Ils subventionnent la recherche et développement, mettent en place des partenariats de recherches entre les institutions publiques et les entreprises ou, comme aux États-Unis commandent directement des innovations technologiques par leurs programmes militaire et spatial.

DEUX GRANDES STRATÉGIES NOUS ENGAGENT SUR DES CHEMINS DIVERGENTS :

Au-delà des dépenses et des investissements gouvernementaux, la relance d’une économie repose en grande partie sur l’investissement privé des entreprises, et tout programme public de relance de l’économie visera à stimuler l’investissement privé. Pour y arriver, l’État peut choisir deux grandes voies : influer sur la « compétitivité prix » ou influer sur la « compétitivité qualité ». En anglais, on utilise souvent les termes de Low road et de high road.

La « compétitivité prix » (Low road), c’est la compétitivité que l’on recherche en réduisant les coûts d’une entreprise. Ainsi, l’État qui désire augmenter la compétitivité des entreprises peut réduire leur fardeau fiscal, modifier les lois du travail, revoir la réglementation environnementale ou toutes autres contraintes se répercutant sur les coûts d’une entreprise. En limitant les impôts et les taxes à payer, les coûts salariaux ou les dépenses de conformité environnementale, ce type de politiques publiques permet parfois de rendre plus compétitives les entreprises locales par rapport à leurs homologues étrangères. C’est en tout cas ce qu’affirment sans relâche les représentantes et représentants patronaux sur toutes les tribunes.
La concurrence fiscale est également une réalité bien actuelle, alors que l’impôt des entreprises est en diminution partout sur la planète.
La « compétitivité prix » n’est cependant pas la seule voie possible pour hausser la compétitivité des entreprises. Il existe également ce que l’on peut qualifier de « compétitivité qualité » (high road). Ce type de compétitivité est basé non pas sur la réduction des coûts d’une entreprise, mais plutôt sur l’augmentation de la plus-value que cette entreprise génère. La »compétitivité qualité » peut être basée sur un produit ou un service qui se différencie par sa grande qualité et sa spécialisation ou miser sur l’innovation ou un meilleur service après-vente. Les États qui favorisent cette voie misent sur l’innovation, la recherche et développement, la formation de la main-d’œuvre, l’investissement dans les technologies de pointe, etc.
Il s’agit d’une voie exigeante, plus complexe à mettre en oeuvre que la stratégie de la « compétitivité prix », mais dont les bénéfices sont plus grands pour l’ensemble de la société, notamment pour les travailleuses et travailleurs.

Évidemment, les deux voies ne sont pas mutuellement exclusives, c’est-à-dire que, généralement, les États adoptent des politiques afin d’influer sur les deux types de compétitivité.

 

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