Brésil : rapport parlementaire en faveur d’un procès du président

Le rapporteur de la commission parlementaire chargée d’analyser la mise en accusation du président brésilien pour corruption passive a émis lundi un avis favorable à l’ouverture d’un procès qui coûterait son mandat à Michel Temer.

« Nous disposons d’indices sérieux et suffisants » pour approuver la mise en accusation, a affirmé le rapporteur Sergio Zveiter, au cours de la première session parlementaire de la Commission Constitution et Justice (CCJ).

« La mise en accusation s’appuie sur des éléments qui montrent que des délits peuvent avoir été commis », a-t-il argumenté pendant la lecture de son rapport, qui a pris environ une heure.

Sergio Zveiter est membre du PMDB (centre droit), le parti du président Temer, mais se définit lui-même comme un « indépendant », et la plupart des médias brésiliens s’attendaient à un avis favorable de sa part à l’ouverture d’un procès.

La recommandation du rapporteur est un nouveau coup dur pour le chef de l’Etat, en pleine tourmente depuis qu’a été rendu public il y a bientôt trois mois un enregistrement dans lequel il semble donner son accord pour acheter le silence d’un député aujourd’hui en prison.

Depuis, les appels à la démission se sont multipliés, mais M. Temer s’est montré imperturbable et déterminé à s’accrocher au pouvoir, malgré une cote de popularité qui a plongé à 7%.

Le président est accusé d’avoir été le destinataire de 500.000 réais (environ 133.000 euros) de pots-de-vin de la part du géant de la viande JBS, après que l’un de ses proches collaborateurs a été filmé en train de recevoir une valise pleine de billets.

Le procureur général Rodrigo Janot, qui a formulé la demande de mise en accusation il y a deux semaines, affirme disposer de preuves selon lesquelles cet argent était destiné au président, ce que ce dernier nie énergiquement.

« Empêcher la progression de l’enquête et le jugement dans cette affaire ne ferait qu’augmenter de façon dangereuse l’abîme entre la société et les institutions qui le représentent », a affirmé le rapporteur Zveiter.

La CCJ doit décider cette semaine si elle suit cette recommandation avant que l’ensemble des députés ne prenne la décision finale en séance plénière. Son avis n’est pas contraignant, mais peut donner le ton du vote à venir.

Pour que la procédure suive son cours, les deux tiers au moins des députés doivent approuver le renvoi de la mise en accusation vers la Cour suprême, qui décidera si le président doit être inculpé.

En cas d’inculpation, il sera écarté du pouvoir pour six mois.

Cela représenterait le deuxième changement brutal à la tête de l’Etat en un peu plus d’un an au Brésil, après la destitution pour maquillage de comptes publics de Dilma Rousseff, dont Michel Temer était le vice-président.

Depuis la mise en accusation, M. Temer s’est dit confiant dans sa capacité à obtenir le soutien du nombre suffisant de députés pour empêcher la procédure de suivre son cours.

Mais il continuait à oeuvrer activement en coulisses pour éviter une érosion de sa base parlementaire qui pourrait lui être fatale.

AFP

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