Revalorisation salariale des enseignants : des failles selon Augustin Gnimassou

Raymond-Marie Augustin Gnimassou est un professeur très connu de la faculté des Lettres et Sciences humaines de l’université de Conakry. Enseignant émérite, il a pris sa plume pour exprimer son désarroi face à la revalorisation salariale des enseignants décidée par le ministre Abdoulaye Yéro Baldé. Pour M. Gnimassou, ce fameux arrêté de revalorisation salariale risque d’être contre-productif ? « Parce que ceux qui tiennent au moins les enseignements en sont exclus ». Lisez !!!

Depuis quelques jours la toile mais aussi les médias classiques sont envahis d’éloges pour son excellence le ministre de l’Enseignement supérieur par rapport à l’arrêté conjoint de revalorisation salariale des enseignants de son département. Je voudrais bien joindre ma voix à ce concert pour deux raisons :

1-Il est celui qui y a songé et qui l’a fait alors que de nombreux enseignants l’ont précédé à ce poste et ne l’ont jamais envisagé.

2-Son acte constitue un précédent et il ne devrait plus (sauf miracle) y avoir de retour en arrière. Excellence, pour cela l’enseignant que je suis vous dit bravo et félicitations !!! 
Mais, et comme le disait Sigmund Freud, Voilà que s’élève la voix pessimiste de la raison. Pourquoi prendre un acte qui exclut de fait les 3/4 que dis-je les 4/5èmes des enseignants du supérieur ? Je veux parler là des assistants. On me rétorquera qu’un assistant est un aspirant au statut d’enseignant et que, n’ayant ni doctorat ni PhD il ne devrait prétendre à rien avant d’avoir reçu le diplôme de doctorat. Mais, et cela est vrai pour la très grande majorité des assistants dont certains cumulent 30 ans de carrière dans l’enseignement, qu’a fait l’État pour leur permettre de bénéficier de ce titre ? Je ne dirai pas que rien mais je sais que très peu d’effort a été fait. Ceux-là qui se prévalent des plus grands grades ne les ont que parce que, à un moment ou à un autre, quelle que soit la raison que l’on évoquera, ont bénéficié des largesses de ce pays pour obtenir les titres qui sont les leurs aujourd’hui. Ils oublient que certains qui sont aujourd’hui assistants sont leurs amis de promotion, sont comme eux à deux pas de la retraite et certains sont aujourd’hui à ce niveau parce que le système d’octroi de bourse et de gradation a été à un moment verrouillé par eux. 
Ce qui me ramène à ce fameux arrêté conjoint de revalorisation salariale. Pourquoi risque -t-il d’être contreproductif ? Parce que ceux qui tiennent au moins les enseignements en sont exclus. Nous nous acheminons, si je prête foi aux rumeurs et bruits que j’entends, vers une situation où les assistants sont décidés à refuser d’enseigner l’année prochaine et où tout le monde sait que les maîtres assistants, les maîtres de conf et les professeurs sont incapables d’assurer ne serait-ce que les 30 % d’enseignement.
Aussi, pourquoi pensé je que cette mesure est-elle peu courageuse ? Parce que la très grande majorité de ceux qui sont concernés par cet arrêté sont à (au grand maximum) 4 ou 5 ans de la retraite. On va donc améliorer leurs conditions pour quelques années (2 ou3) et après ce sera fini. La majorité, ceux qui font le boulot (et qui quelque fois ont un niveau supérieur aux reclassés), sont les grands oubliés de cet arrêté. C’est non seulement injuste mais c’est contreproductif. 
Pourtant, pour ce que je crois en savoir, dans la version initiale de cet arrêté, non seulement les émoluments proposés étaient nettement supérieurs à ceux qui sont présentés, mais aucun groupe n’était exclu. 
Je peux comprendre que dans les discussions avec les autres Ministères, les montants prévus initialement soient revus à la baisse, mais que la grande majorité des bénéficiaires soient effacés d’un coup de gomme…
Excellence monsieur le ministre, veuillez rétablir ces gens dans leur droit et ne pas entacher votre passage à la tête de ce grand Ministère par un acte qui vous marquera négativement pour toujours.

Raymond-Marie Augustin Gnimassou

Conakry

 

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