Guinée: vision pour une nation exemplaire (Par Youssouf Sylla)

C’est la vision de ce que la Guinée doit être pour devenir une nation ambitieuse et exemplaire. Cette vision tire les leçons des erreurs du passé et met en avant l’extraordinaire potentiel de ce pays au bénéfice de ses populations, laissées pour compte pendant de longues décennies par ses gouvernements successifs qui, sans arrêt, exigent d’elles d’ultimes sacrifices jamais récompensés de manière convenable.

L’élargissement de la base de la pauvreté et le désespoir grandissant d’une jeunesse, condamnée à se jeter, à ses risques et périls en mer pour rejoindre l’Europe, sont entre autres les signaux visibles de la non récompense des sacrifices des populations. Ils traduisent aussi un échec, celui des projets collectifs portés par nos dirigeants successifs à la tête de l’État.

Après un demi-siècle d’existence de l’État en Guinée, ses dirigeants n’ont pas réussi à rassembler les populations autour de leurs grands défis, à briser le cercle vicieux du non développement, à inscrire le pays sur la liste des pays émergents alors qu’il regorge de tous les atouts pour cela : une population jeune, une terre fertile, une riche et rare diversité géographique et humaine. Bref, ces dirigeants laissent en héritage, un pays divisé par des considérations ethniques et politiques.

Compte tenu de la trajectoire chaotique de notre histoire commune, il est temps de s’interroger en tant que guinéen, sur ce que nous sommes et voulons être dans un avenir proche, de rêver d’une Guinée différente de celle qu’on nous a toujours offert. Il est grand temps de dépolluer le climat de la compétition politique, d’envisager autrement la politique dans son sens noble, et surtout de placer la Guinée sur l’orbite des pays émergents pour le bien de ses populations.

Temps des questions

Un large consensus se dégage aujourd’hui sur la situation d’ensemble de la Guinée : Les guinéens sont plus que jamais divisés et les perspectives d’un lendemain meilleur douteuses, à cause des décennies de mauvaise gouvernance, de choix hasardeux et de manque cruel d’ambition de faire de la Guinée une grande nation.

De nombreux guinéens mettent aujourd’hui carrément en doute la capacité de la classe politique dans son ensemble d’améliorer notre sort collectif. Ils aspirent de plus en plus à l’arrivée sur scène de nouvelles figures qui incarnent la Guinée de demain.

C’est comme si le moment était venu pour que ce pays entame son envol avec un nouvel équipage qui connait d’avance sa destination à travers un plan de vol précis. Pour réussir ce grand voyage, la Guinée doit changer son mode de gouvernance, jusque-là source de ses maux et de son recul.

Le temps est aussi venu pour que les rapports structurellement conflictuels et empreints de méfiance entre l’Etat et les citoyens changent. Le nouveau contexte à naître doit donner à chaque citoyen le sentiment qu’il a les mêmes droits et les mêmes devoirs que tout autre citoyen dans une République impartiale, juste et équitable.

Ces nouveaux besoins qui sortent des entrailles de la société méritent d’être mis en évidence et d’être satisfaits par le biais du renouvellement et de la mutation de l’idée que nous nous faisons de notre Etat, surtout de ce qu’il devrait être.

La Guinée a potentiellement les moyens de relever tous ces défis. Mais elle est encore loin du compte. Pourquoi ? Parce que ses dirigeants successifs utilisent le plus souvent l’Etat dans le sens qui les convient et non dans celui qui est la raison d’existence même de l’Etat.

En Guinée, depuis longtemps et toujours, la parole prend le pas sur le travail, le combat permanent des meilleurs d’entre nous est devenu à force d’être répété, une habitude ancrée dans nos mœurs et le transfert sur les autres de nos propres responsabilités, présenté comme l’ultime excuse de l’inaction et de l’esprit défaitiste de nos dirigeants.

Ceux-ci ont manqué d’importants rendez-vous avec l’histoire. Ils n’ont pas su la marquer par des œuvres qui traversent le temps et qui déjouent le destin du mortel. La Guinée est encore à la recherche de ses figures emblématiques comme le sont Nelson Mandela en Afrique du Sud et Jerry Rawlings au Ghana.

Nos dirigeants ont manqué d’ambition. Les ruelles sont construites à la place des et les échangeurs installés à la place des ponts. Pas d’œuvres qui défient le temps !

L’échec dans la réalisation des projets collectifs fait de plus en plus partie de notre quotidien et a tendance à façonner nos esprits. Les quelques projets collectifs réalisés ne servent qu’une infime partie de la population.

Nous devons apprendre par notre travail acharné à conter désormais de beaux récits de gloire et de réussite à nos enfants et petits-enfants. En servant d’exemples, nous devons détruire dans leurs esprits les germes de la fatalité, créer et développer en eux l’esprit d’audace, de conquête de la science et de la prospérité. Sans cet état d’esprit, jamais les remarquables progrès réalisés par l’humanité n’auraient été possibles. Jamais l’homme n’aurait mis pied sur la lune.

Après un demi-siècle d’indépendance, le moment est venu de nous interroger sur les résultats de nos gouvernements successifs quant à l’érection de la Guinée en nation exemplaire. Les politiques publiques étant jugées à l’aune de ses résultats, force est de constater que ces résultats sont décevants, loin des espérances collectives. Les statistiques internationales en matière d’indice du développement humain, de croissance économique, de compétitivité de notre économie, de création d’emplois, de lutte contre la corruption et de tant d’autres choses, sont médiocres.

Les ressources humaines et financières affectées à réalisation de nos projets collectifs sont mal utilisées. L’agent prend d’autres destinations et les personnes sont postées là où ils ne devraient pas l’être. Dans la balance du choix, il arrive très souvent que les noms de familles prennent largement le dessus sur les compétences.

L’extrême politisation de l’administration publique a longtemps empêché la correcte mise en œuvre des projets censés améliorer notre sort collectif. De la sorte, l’administration ne livre pas la marchandise ! Et les conséquences d’une telle confusion ne se font pas attendre. Elles expliquent en grande partie les mauvais chiffres sur l’état de performance de notre secteur public. Un secteur qui peine à faire sa mutation.

Les efforts entrepris n’ont pas été à la hauteur des citoyens guinéens qui ont aujourd’hui un niveau d’exigence de plus en plus élevé. Ils voyagent, se servent massivement des technologies intelligentes et sont plus informés que les administrateurs publics de ce qui se passe ailleurs. Les errements du passé ne peuvent plus justifier les contreperformances d’aujourd’hui, lorsqu’on sait qu’on peut tirer les leçons et rectifier le tir.

Le recyclage quasi permanent d’un régime à un autre, de certains dirigeants politiques et administratifs, notoirement responsables du chaos guinéen, éloigne forcément des solutions qui viennent à bout de nos contreperformances. Ce recyclage reproduit à l’identique les mêmes causes qui donnent les mêmes résultats. Nos gouvernements successifs ont trop longtemps excellé dans la promotion des contre modèles et dans la marginalisation des modèles pour la société.

Le choc est d’autant plus retentissant que ce pays est trop riche pour être pauvre à ce point et mériter le sort qui lui est réservé. Le temps donc est venu de penser à autre chose et de rêver d’une nation forte.

Youssouf Sylla, Analyste-Juriste à Conakry

Source: Guineenews

 

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