Guinée : Transhumance politique, nouveau sport national (opinion)

L’arène politique  n’est point un long fleuve tranquille dit-on. Les oscillations sont malheureusement légions. Au gré du temps, les innovations fleurissent au plan politique. Au point d’imiter les cheptels. Dans ce qu’on appelle transhumance, parfois flagrante, comme le député qui quitte son parti politique pour un autre, ou déguisée, à l’image de cet autre député qui migre à la banque tout en restant dans son parti politique. En terme militaire, ces transfuges, sont passibles du poteau d’exécution en temps de guerre. Et pourtant, tous les apprentis de la politique ont lu André Malraux qui, de façon lapidaire mais juste, soutient que <<on ne fait pas la politique avec la morale, mais on n’en fait pas d’avantage sans>>. Moral ?  C’est une valeur qui remonte du fond des âges et porte la mémoire de l’africain. Depuis la rédaction de la Charte de Kurukan Fuga en sol guinéen. Fort malheureusement, ce texte qui, pour tout dire, préfigure, et de belle manière, l’idée de l’Etat de droit est oubliée par les hommes politiques du temps présent. Bien qu’il existe dans le pays  d’hommes au caractère trempé, patriotes, compétents, intègres et sincères qui auraient dû  nous prémunir de toutes ces turpitudes qui ont fini par  transformer l’espace politique en un vulgaire cheptel ambulant. La transhumance pose de fait la problématique de la vitalité même de notre démocratie. La pratique fait désormais office de sport national pour nos hommes politiques. Et chaque parti politique a eu sa dose. Du Rpg arc-en-ciel, à l’UFDG, en passant par l’UFR et le PEDN.

La transhumance politique est un cancer qui gangrène le corps social. Elle doit être combattue par tous avec vigueur. Des solutions existent pour faire face à cette farce, cette vaste honte qui finira si l’on n’y prend garde par nous emporter tous. Ailleurs, on tente d’apporter une solution juridique en apportant par exemple, une déchéance automatique pour tout élu qui démissionne ou même qui est exclu, en cours de législature, du parti dont il a reçu l’investiture pour un autre parti. C’est la solution consacrée constitutionnellement au Sénégal, au Rwanda, en RDC…

Les juristes me diront que cette solution est contraire à la loi fondamentale qui exclut le principe de mandat impératif. Alors, pour éviter le débat juridique, je propose la tenue de fora et d’ateliers organisés par l’Etat au travers du ministère de l’Administration du territoire et de la décentralisation devant appeler à une réflexion pointue de toute la nation pour l’éradication de cette peste.

Amadou Tidiane Barry, acteur de la société civile

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