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Association des Enfants de Tirailleurs Sénégalais de Guinée : les révélations de Diallo Amadou Lamarana

Amadou Lamarana Diallo, connu sous le sobriquet de ‘’Tirailleur’’ est le président de l’Association des Enfants de Tirailleurs Sénégalais AOF agréée sous le numéro 5600 par le département de la Décentralisation depuis 1996.  Dans cette interview qu’il bien voulu accorder hier jeudi à notre rédaction, il parle entre autres du débarquement de 1944 en Provence (France), de son père tirailleur et de l’association qu’il préside.

Mediaguinee : Aujourd’hui, le monde commémore le 75ème anniversaire du débarquement de Provence. Vous, en tant que fils d’ancien tirailleur, qu’est-ce-que cette date représente pour vous ?

Amadou Lamarana Diallo : C’est une date qui évoque beaucoup de choses en moi. D’abord, je rends hommage à tous ces Africains qui ont pris part aux côtés de l’armée francise pour libérer la France du joug nazi. Et cette date est une date historique car il y a eu des Africains venant de partout, du Bénin, du Togo, du Burkina-Faso, de la Mauritanie, de la Guinée, du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, de l’Afrique francophone aujourd’hui qui est la CEDEAO, qui ont pris part à ce débarquement pour sauver une nation et son peuple : la France. Donc, cette date est très importante dans ma vie car mon père a été tirailleur. Il s’appelle Pathé  Foula Diallo, il a le matricule 45813. Il a pris part, même si ce n’est pas au Var, il a pris part en Normandie, il a pris part à d’autres champs de bataille. Donc, c’est une date historique pour nous et surtout le fait que Monsieur le Président de la République de Guinée ait pris part à cet événement. Nous espérons que ça pourra faire quelque chose pour le peuple de Guinée. Donc, c’est une date très importante pour moi. Je n’y ai pas pris part car en ce moment je n’étais pas encore né mais par l’histoire j’ai su que c’était une date historique, c’est ce que je retiens de cette date. 

Mediaguinee : Comment s’est passé l’enrôlement de votre père ? Dites-nous en plus ?

Amadou Lamarana Diallo : Mon père a été enrôlé, il a été appelé, il a été engagé. Ca, ce sont les appellations qui étaient là. Mon père, au moment de son enrôlement, n’avait pas d’enfants à ma connaissance. C’est après qu’il a fait des enfants. Il est revenu, il s’est marié avec ma maman. Sur l’extrait de mariage de mon père et de ma maman, c’est le cachet qui se trouve à l’Elysée aujourd’hui qui est sur le papier. Donc le mariage a été conçu administrativement. Mon père était citoyen de Saint-Louis ; ca veut dire qu’il était Français déjà. Et dire qu’il avait des enfants, non. C’est après qu’il est revenu et il s’est marié. Il était revenu en Afrique après les années de l’indépendance, après le massacre de Thiaroye. Quand les anciens combattants ont demandé au gouvernement français, à l’époque à Charles de Gaulle, de réaliser sa promesse, il y a eu un bombardement dans le camp de Thiaroye, il y a eu des pertes en vies humaines. Et mon père était revenu quand Sékou Touré a fait un appel aux anciens combattants de revenir, que la Guinée a eu son indépendance. Pour la petite histoire, pour ceux qui ne le savent pas, il y a eu un contrat entre l’Afrique et De Gaulle. De Galle a dit le 18 juin 1944 sur les ondes de la radio BBC, ‘’venez nous aider, quand nous serons libres, nous allons vous rendre votre liberté’’. C’est ensuite qu’il y a eu beaucoup de personnes qui se sont engagées. Donc ils sont à la base de l’indépendance. Le plus souvent on appelle le massacre de Thiaroye l’évènement des années de l’indépendance. C’est suite à cela qu’il y a eu l’indépendance. Qu’est-ce qui s’est passé dans le camp Thiaroye ? Ces anciens combattants ont dit ‘’écoutez, De Gaulle nous avait promis, il a dit que quand ils seront libres, ils allaient nous rendre notre liberté et nos pécules. Maintenant qu’est-ce qui ne va pas ? Il faut qu’il nous rende notre liberté et nos pécules’’. La nuit du 1er décembre 1944, les Français sont venus assassiner au moins 35 personnes au camp Thiaroye. Des organisations, comme l’Association des enfants de tirailleurs sénégalais de Guinée, sont en train de se mobiliser pour aller vers la revendication de ces droits, pour savoir qu’est-ce qui s’est passé réellement au camps Thiaroye et combien de personnes sont tombées cette nuit. Donc, mon père était revenu comme d’autres personnes et ils ont formé l’armée guinéenne…

Mediaguinee : Parlez-nous du retour de votre père. N’avait-il pas été affecté par la guerre ?

Amadou Lamarana Diallo : Etant enfant, j’ai perdu mon père très tôt. Tout ce que je suis en train de dire de lui, c’est d’après ma maman et les documents que j’ai trouvés. J’ai cherché à reconstruire les traces de mon père. J’étais parti une fois en vacances, j’ai trouvé ma mère. Elle me montrait les documents de mon père. J’ai regardé, j’ai vu le carnet militaire de mon père qui parlait des tirailleurs. J’ai dit alors s’il y a ça, je ne suis pas seul. Je suis revenu à Conakry pour maintenant créer l’Association des Enfants des Tirailleurs Sénégalais de Guinée. J’ai cherché à mobiliser tous ceux qui ont pris part à cette guerre. Et aujourd’hui, je crois que nous sommes au nombre de mille et quelques adhérents. Malgré que ces personnes qui sont venues se présenter à l’Association ne soient pas tellement actives. Et pourquoi ne sont-elles pas actives ? C’est parce qu’elles ne bénéficient pas de leurs droits. Voilà le problème guinéen. Et pourquoi nous n’en bénéficions pas ? Ça, c’est autre chose. Mon père, réellement, je l’ai pas bien connu. Je n’ai pas grandi devant lui. J’ai grandi avec ma maman qui m’a parlé un peu de mon père. Tout ce que je suis en train de faire c’est à partir de la documentation que j’ai trouvée derrière lui… 

Mediaguinee : Concernant cette Association des Enfants des Tirailleurs Sénégalais, en quoi est-ce qu’elle consiste concrètement ?

Amadou Lamarana Diallo : L’Association des Enfants des Tirailleurs Sénégalais de Guinée. Pourquoi d’abord cette dénomination de « Tirailleurs » ? J’ai même été en prison par rapport à ça. D’autres n’en voulaient pas. Ils disaient que c’est pour réveiller les morts. Et dans la réflexion, au lieu de dire association de Tel, il fallait trouver quelque chose qui pouvait rappeler à tout le monde ce qui s’est passé. C’est pourquoi j’ai pris la dénomination « Association des Enfants des Tirailleurs Sénégalais de Guinée AOF ». Ça concernait l’Afrique Occidentale Française. Il y a eu les pionniers du Maroc, il y a d’autres appellations, les Harkis et autres. Et tout cela est parti de certains pays. Mais pour nous Afrique Occidentale, on les appelait les Tirailleurs. C’est le commandant Faidherbe, quand il a été gouverneur de l’AOF, qui a créé cette armée pour pouvoir sauvegarder les intérêts français en Afrique. Et ce sont eux qui ont fait le combat. En un mot, ils ont combattu contre leurs propres parents et ils ont aussi combattu les Nazis, parce que, pour que la France puisse s’installer en Afrique occidentale, il a fallu qu’ils utilisent les Tirailleurs.

Medaiguinee : Parlant de votre Association, depuis combien d’années a-t-elle été créée et comment se porte-t-elle aujourd’hui ?

Amadou Lamarana Diallo : L’association a été créée en 1996. Son objectif principal, c’est défendre et protéger les droits des Tirailleurs sénégalais et de leurs familles aujourd’hui. Ce que nous avons eu à faire d’abord, c’était la sensibilisation et l’information des autorités. Je crois qu’aujourd’hui, dans la sous-région et même en Occident, l’association est reconnue. Durant des années, on ne faisait que donner des informations, écrire aux institutions, écrire aux Etats. En République de Guinée ici, certains m’appellent même ‘’Tirailleur sénégalais’’. Les autorités de ce pays, dès que tu dis ‘’Tirailleur’’ devant un ministre, il te dira oui… On nous a fait dépenser de l’argent pour l’organisation de la Journée nationale des tirailleurs qui devait avoir lieu à Kindia. Et pourquoi Kindia a été choisi ? Parce qu’il n’y avait que deux (2) camps lors des recrutements : le camp de Kindia et celui de Kankan. Ceux de la Basse Guinée et de la Moyenne-Guinée devaient venir à Kindia ; ceux de la Haute-Guinée et de la Guinée Forestière devaient être recrutés à partir du camp de Kankan. Les ministres ont été informés, du gouvernement du Général Lansana Conté jusqu’au gouvernement du président Alpha Condé. Ils sont informés. Mais par jalousie ou par méchanceté je ne sais pas… Sinon, c’est un problème qui intéresse tous les Guinéens. Et si aujourd’hui on parle de démocratie, on parle de l’indépendance, c’est grâce à ces personnes qui ont versé leur sang et dont certains sont restés sur le champ de bataille. Aujourd’hui, le Sénégal a organisé sa journée nationale, le Burkina-Faso a organisé la sienne. Tous ces autres pays ont organisé leur journée nationale. Le Centenaire a été organisé partout en Afrique, partout dans le monde, sauf en Guinée. Mais pourquoi ? Ces gens-là, pourquoi aujourd’hui on les néglige et on profite de leurs dûs. Je vais vous raconter une anecdote. Au temps de feu Général Lansana Conté, il y a eu un dédommagement. Ce dédommagement a servi à quoi ? Il a servi à entretenir le gouvernement et les membres du gouvernement, les motos ‘’maire-fakhè’’ et tant d’autres… Avec le contentieux financier France-Guinée, le président vient de prendre un décret, le 10 août passé, qui concerne les anciens combattants. Qu’est-ce qui s’est passé ? Quand la délégation guinéenne est partie, on leur dit ‘’qu’est-ce que vous voulez ?’’ Le premier problème qui a été posé, c’était le problème de régularisation des pensions des anciens combattants. Mais jusqu’à nos jours, il y a eu des anciens combattants qui sont revenus et qui n’ont jamais touché leur perdiem, jusqu’à leur mort. Leurs enfants continuent à souffrir, leurs veuves continuent à souffrir. J’ai un dossier dans mes mains. Un vieux a été prisonnier de guerre pendant six (6) ans et quelques mois dans les mains des Allemands. Il est blessé de guerre mais jusqu’à présent, jusqu’à sa mort il n’a même pas bénéficié d’un franc. Moi qui vous parle comme ça, mon père ni ma maman n’a bénéficié de quelque chose jusqu’à aujourd’hui. Ils ne sont pas en vie. Mais qu’est-ce que nous leur demandons ? Nous demandons tout simplement d’assister ces veuves et ces familles pour qu’ils puissent oublier un peu ce que leurs papas pouvaient leur apporter. Dans les autres pays, il y a des bourses d’études. En République de Guinée, nous ne sommes pas considérés, mais cela dépend de nos gouvernants. Je lance un appel au président Alpha Condé. Dans ce dossier, il est le seul qui est en train de chercher aujourd’hui à réparer certaines erreurs qui ont été commises par le passé. S’il le fait, il aura la bénédiction de tous les Guinéens, notamment des familles des anciens combattants. Nous réclamons un droit légitime qui nous a été accordé par l’histoire. C’est lui seul qui peut nous aider, les autres ne pourront pas nous aider. Moi, j’ai été nommé par feu le Général Lansana Conté comme chargé de la communication de l’Office national des anciens combattants. Mais les gens ont tout fait pour que je sois suspendu. Par un décret présidentiel, j’ai été suspendu parce que j’avais sollicité qu’on arrive à mettre les choses au clair. Mais hélas, c’est la Guinée !

Réalisée par Maciré CAMARA

+224 628112098

 

 

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