Climat: l’Accord de Paris à marche forcée à New York

Plus de 150 pays vont signer l’Accord de Paris sur le climat le 22 avril lors d’une cérémonie au siège des Nations unies. Plusieurs Etats ont annoncé leur intention de le ratifier au plus vite

Mois de mars plus chaud que jamais, calotte glaciaire du Groenland qui fond à grande vitesse et coraux australiens qui dépérissent massivement… Autant de phénomènes actuels qui rappellent l’urgence de la crise climatique. Pour tenter d’y répondre, les représentants de plus de 150 pays se retrouveront vendredi 22 avril au siège des Nations unies à New York pour signer l’Accord de Paris sur le climat, conclu en décembre dernier lors de la COP21.

Largement salué lors de son adoption, cet accord engage près de 200 pays à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, afin de limiter le réchauffement planétaire à + 2 °C au maximum d’ici la fin du siècle, et si possible à 1,5°C. L’élan autour de ce texte semble se confirmer aujourd’hui, avec plusieurs Etats décidés à ratifier le texte au plus vite. Mais des obstacles restent à franchir avant son adoption finale et sa traduction en actions concrètes.

«La dynamique autour de la signature de l’Accord est excellente: jamais on a vu un aussi grand nombre de pays faire le déplacement pour la cérémonie d’ouverture à la signature d’un accord international», souligne Patrick Hofstetter, responsable climat et énergie au WWF Suisse. De nombreux chefs d’Etats et de gouvernements, dont le président français François Hollande et le secrétaire d’Etat américain John Kerry, ont prévu de se rendre à New York, tout comme la conseillère fédérale Doris Leuthard. Après cette journée de cérémonie, le texte restera encore ouvert à la signature pendant une année.

Première étape

Hautement symbolique, la signature de l’Accord de Paris n’est pourtant qu’une première étape: les Etats devront encore ratifier le texte au niveau national. En effet, selon les termes discutés à Paris, l’Accord n’entrera en vigueur qu’une fois qu’il aura été ratifié par au moins 55 pays représentants 55% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Or le processus de ratification peut prendre des voies variées selon les pays (décret présidentiel, vote par le parlement, etc) et nécessite dans certains cas beaucoup de temps. Ainsi en Suisse, le texte doit être ratifié par le parlement, ce qui ne devrait pas aboutir avant 2018. Au niveau européen aussi, la ratification s’annonce laborieuse.

Mais plusieurs pays poussent actuellement en faveur d’une adoption rapide de l’Accord. De petits Etats insulaires comme les îles Fidji et l’archipel de Palau, particulièrement menacés par les changements climatiques et la montée du niveau des océans, ont ratifié l’Accord avant même sa signature. Mais surtout, la Chine et les Etats-Unis, deux poids lourds des émissions de CO2, ont annoncé récemment leur intention d’adopter le texte au plus vite, si possible cette année. «Combinés, ces deux Etats représentent 38% des émissions globales, ce qui accélère nettement les efforts nécessaires pour parvenir au seuil nécessaire à l’entrée en vigueur de l’accord», indique Eliza Northrop, du World Resource Institute.

D’autres pays représentant des émissions conséquentes comme le Mexique ou le Canada pourraient rejoindre le mouvement. Alors, à quand l’entrée en vigueur? «On tablait à l’origine sur 2018, mais elle pourrait en fait intervenir en 2017, voire cette année déjà», estime Franz Perrez, l’ambassadeur en charge des négociations climatiques pour la Suisse. Les engagements des Etats dans le cadre de l’Accord ne débutant qu’en 2020, pourquoi vouloir une adoption rapide? «Ce serait d’abord un témoignage de la motivation des pays à avancer. L’autre avantage est que les signataires ne pourraient pas quitter l’accord pendant 4 ans, ce qui est intéressant notamment en vue des élections présidentielles à venir aux Etats-Unis», relève le diplomate.

Engagements insuffisants

Malgré cette dynamique positive, les défenseurs de l’environnement mettent en garde contre tout excès d’optimisme. «Il a un fossé dangereux entre ce que les gouvernements signent, ce qu’ils font et l’ambition nécessaire pour éviter les pires impacts des changements climatiques», dénonce May Boeve, la directrice de l’organisation de défense du climat 350.org. En effet, les engagements de réduction des émissions de CO2 annoncés par les pays à la COP21 ne sont de loin pas suffisants pour contenir le réchauffement de la planète à +2 °C, au-delà duquel les scientifiques prévoient des effets dramatiques.

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) estime qu’il faudra réduire les émissions de 40 à 70% entre 2010 et 2050 pour rester en dessous de 2 °C. «Le seul moyen d’y parvenir est de conserver le charbon, le pétrole et le gaz sous terre» poursuit May Boeve. D’autres mesures telles la promotion des énergies renouvelables, la lutte contre la déforestation et la mise en place d’un marché de crédits carbone sont également mis en avant. «Les actions prises par les Etats avant 2020 sont très importantes», a souligné la négociatrice française Laurence Tubiana, appelant les pays à prendre au plus vite de nouveaux engagements de réduction de leurs émissions.

Le Temps

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