Sans compassion ni attention, le père de l’enfant décapité à Lansanayah pleure toujours : ‘’qu’a-t-on fait du sang de mon unique fils ?’’

Depuis ce jour fatidique du 5 mars 2018 où le petit garçon de 8 ans Emmanuel Gana Yomalo a été assassiné, son père Augustin Gana Yomalo a du mal à retrouver le cours normal de la vie. Il pleure, pleure encore son enfant dont le seul crime a été de naître dans un pays appelé la Guinée. Rencontré la semaine dernière, le père du petit garçon, natif de Lola, en Guinée forestière, est encore sous le choc. Il confie sur fond d’amertume que depuis que son enfant a été décapité, le corps est encore à la morgue. Pis, sans aucune compassion de la part du gouvernement guinéen qui a d’autres chats à fouetter.

Après avoir brièvement relaté ce qui fut ce 5 mars à Conakry pour sa famille, Augustin Gana Yomalo affirme que depuis le transfert du dossier par la Direction Nationale de la Police Judiciaire (DPJ) au tribunal de première instance de Mafanco, il est sans nouvelles de la suite… de l’affaire.

« Le lendemain du meurtre de Junior, nous avions été convoqués à la DPJ. Arrivés là-bas, on nous a montré le visage du meurtrier, un certain Mamadou Barry, qui n’avait pas nié les faits. Ensuite, on nous a donné une équipe du bureau judiciaire avec quatre pick-ups pour mener des enquêtes. On est d’abord allés à la morgue où ils ont pris des photos puis on s’est rendus sur les lieux du crime (…). Depuis ce jour du 6 mars, la DPJ avait promis de nous entendre. Alors à cet effet, nous avons trouvé un avocat et nous avons effectué le déplacement là-bas. Mais cela a coïncidé avec les multiples manifestations de l’opposition républicaine et donc on nous a demandé d’attendre. On est restés donc dans cette attente jusqu’au lundi 24 mars où on devait être reçus pour être auditionés mais ce jour-là, on a appris que le dossier a été déféré au tribunal de première instance de Mafanco. Ce n’est que le 29 mars que la justice nous a entendus. Arrivés là-bas, on nous a interrogé et on a donné notre version des faits. On nous a dit qu’il y a des pièces qui manquaient au dossier, notamment les photos du corps de l’enfant qui manquaient au dossier. On a donc appelé la DPJ qui nous a dit qu’ils étaient en train de constituer un album pour la police scientifique, c’est pourquoi ils n’ont pas complété le dossier mais qu’ils allaient l’emmener », relate le père, visiblement très abattu.

Junior (à droite) et son bourreau présumé

Je ne dirai pas que je suis déçu mais surpris du fait que l’on a senti l’absence de l’État à côté de nous jusqu’au jour d’aujourd’hui

Poursuivant, il dit que depuis ce jour 29 mars, ils (sa famille et lui, ndlr) n’ont reçu aucune convocation ni autre information concernant le dossier. À cela, Augustin Gana Yomalo affirme qu’au moment de l’audition, le procureur lui aurait laissé entendre que le présumé coupable n’avait pas encore été auditionné à cause du fait que ce jour avait aussi coïncidé à la grève des gardes pénitenciers.

Aujourd’hui, M. Yomalo souhaite que les autorités, notamment celles judiciaires, accélèrent le dossier pour que justice soit rendue à Junior. « Je sais qu’il n’a rien fait de mal et il ne méritait pas un tel sort. Quant aux autorités politiques, je ne dirai pas que je suis déçu mais surpris du fait que l’on a senti l’absence de l’État à côté de nous jusqu’au jour d’aujourd’hui. Ce combat-là, ce n’est pas pour Junior seulement mais au moins pour que les autres enfants ne subissent pas le même sort que lui ».

Même réaction de François Gono Condé, président de la Coordination préfectorale de la Jeunesse de Lola et de la Jeunesse Forestière qui lui, lève le voile sur la santé du criminel présumé.

Il est à la fois curieux, frustrant et inquiétant que de tels actes, commis en pleine journée dans notre pays et de surcroît dans la capitale, n’attirent pas la compassion de l’Etat

« Les parents de Mamoudou Barry alias “Moudji” ont avancé l’argument d’une quelconque dépression mentale dès la commission de cet acte ignoble mais c’est une tentative de protéger ce criminel endurci, adepte de pratiques rituelles d’un autre âge. D’ailleurs, le sang de l’enfant n’ayant pas été retrouvé, cela renforce la thèse d’un crime rituel et l’on se demande si ceux qui avancent cet argument ne sont pas associés à ce crime », peste-il. Et d’enfoncer le clou : « il est à la fois curieux, frustrant et inquiétant que de tels actes, commis en pleine journée dans notre pays et de surcroit dans la capitale, n’attirent pas la compassion de l’Etat. Pourtant, il revient à l’Etat de donner un sens à la vie humaine ! Il est vrai que la procédure judiciaire est en cours, mais je pense que parallèlement à cela, l’Etat devait adopter une démarche sociale qui marque sa présence auprès de la famille de la victime. Malheureusement, à l’heure où je vous parle, aucun commis de l’Etat n’a effectué un déplacement auprès de la famille. En conséquence, la communauté de Lola et celle forestière, entourées de toutes les personnes sensibles à cette question se sentent fortement frustrées par la banalisation de la vie humaine dans notre pays. Le corps de Junior est abandonné à la morgue de l’Hôpital Ignace Deen, sans entretien ; c’est déplorable. Nous demandons simplement un acte consolateur de la part de l’Etat auprès de cette famille. En ce qui nous concerne, nous userons de tous les moyens légaux pour que ce criminel, qui ne serait pas d’ailleurs à sa première forfaiture, soit conséquemment puni par la loi ».

Nous voulons qu’on nous situe par rapport au sang de l’enfant. Où le sang de l’enfant est passé ?

Junior dont le corps est encore à la morgue de l’hôpital Ignace Deen est l’aîné d’une famille de trois enfants dont deux filles. « Il n’a pas encore été enterré. L’un des avocats a parlé avec le procureur et ce dernier a dit qu’il va faire libérer le corps. Mais nous, nous voulons qu’on nous situe par rapport au sang de l’enfant. Où le sang de l’enfant est passé ? «, se demande-t-il, les larmes aux yeux.

Maciré Soriba Camara

628 11 20 98

 

 

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