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Culture

Culture : Les raisons d’une autre « re-immortalisation » de Aboubacar Demba Camara

Enfin une statue plus ressemblante à Demba à Saraya ! Un acte qui réchauffe et ravive les souvenirs de plus de 46 ans. Qui fera mieux dans son pays ? Revenons brièvement sur un parcours hors du commun.

A la nationalisation de l’orchestre Bembeya jazz de Beyla, Conakry a été divisée entre ceux qui l’ont accueilli avec enthousiasme et les autres, les’’anciens’’, les conservateurs, qui ne pouvaient pas supporter que des « broussards » viennent jouer aux ‘’imposteurs’’. Parmi ces conservateurs, un témoin de l’Histoire, un intellectuel, devant lequel baisser pavillon ne fait rougir personne en Guinée. Mais il s’agit, ici, d’une vérité historique, et certains historiens voient parfois les choses à travers un prisme. Aujourd’hui, on règle les comptes.

Ainsi donc, il n’a suffi que plus d’un an, ou moins de deux ans, pour que Demba et Sékou Bembeya mettent les pendules à l’heure, pour imposer la suprématie du Bembeya dans la capitale. On était à une encablure du Jardin de Guinée, on a entendu Balla et ses Baladins pendant des années, on a entendu Kélétigui et ses tambourines, et quand le Bembeya a investi ce dancing, la devanture était toujours attroupée de monde avec des files de véhicules. On a vu ça.

Dans les années 69-70, le Bembeya était à la une sur la Voix de l’Amérique, il a remporté la médaille d’argent au festival panafricain d’Alger, la réplique du festival des arts nègres de Dakar, qu’à cela ne tienne, la BBC le désignera en 73 meilleur orchestre africain. Malgré tout ce qui saute aux yeux et aux oreilles, il n’était pas prophète en son pays. Les conservateurs avaient la rancune obstinée et dure. Ce qui est plaisant de dire, ici, c’est que c’est Ansoumane Bangoura, lui-même, qui me l’avait avoué, un jour qu’on était chez Drizo, en 2011-12.

Pour parler de cette culture et de ce Syli National, nos deux passions de jeunesse, on va tout dire, aujourd’hui.

A l’occasion de la projection du Film sur le Bembeya Jazz National au Centre Culturel Franco-Guinéen, film réalisé par un Burkinabé, du nom de Abdoulaye Diallo — mais vous figurez-vous que c’est un autre qui l’a fait, pas un Guinéen— Jeannot, l’actuel directeur national de la culture, il ne l’était pas encore, m’avait confié qu’il est sur le point de sortir deux CD de tous les morceaux du Bembeya.  A mon scepticisme, il a insisté sur « tout-tout », il l’a dit avec une telle assurance que je lui avais posé la même question qu’à « Blo », un DJ depuis Kindia, qui se promenait avec un sac plein de musique, et qui voulait avoir 50000 FC s’il m’apportait ce que je voulais : « Dans tes CD, il y a ‘’Beyla’’ première version et Sabor de la Guajira ? Jeannot n’avait pas tardé d’une fraction de seconde, il avait sursauté et avait éclaté en rigolade : « Mais, laisse-moi te surprendre ! ». A la parution des CD, les deux morceaux n’y étaient pas.

Un autre épinglé est Drizo. Pour me faire venir chez lui, dans les années 2000, m’avait assuré qu’il possédait tout, alors il n’avait rien. La prochaine fois que je rencontrerais Jeannot Williams, je lui demanderai « La megratomasa », à supposer qu’il connaisse le morceau. Demba y fait une modulation de voix et Sékou de guitare…

Pourquoi les guinéens sont devenus plus nostalgiques qu’avant ?

Des émissions rétro sont entendues dans beaucoup de radios. De plus en plus d’auditeurs appellent pour témoigner, parce qu’il n’y a rien de potable actuellement. Les gens se retournent sur le passé. Il suffit de regarder PARADE ou Koloma-matin avec les artistes invités pour soupirer de dépit. Le mal est que personne n’est là pour dire ce qui ne va pas dans ces prestations, et l’artiste sans talent en question se croit déjà vedette. Si la RTG cherche de l’argent sur le dos de ces amateurs et tout-venant sans voix, elle ne gagnera rien. Voilà pourquoi les gens se retournent sur le passé.

C’est là qu’il faut mettre les points sur les premiers « i ».

Chaque musique, qu’elle soit du passé, du présent ou du futur, elle est un repère de souvenir personnel profondément ancré en quelqu’un. Il faut que les animateurs des émissions rétro aient cette culture pour ne pas s’inviter intempestivement dans ces souvenirs pendant leur émission. Il ne faut pas qu’ils se confondent en DJ…

On imaginerait mal un animateur de musique classique qui se mette à raconter ses amitiés personnelles pendant la diffusion d’un Mozart. Les émissions rétro ne sont pas des émissions d’animations. Elles sont d’écoute et elles ont leurs exigences.

La raison nostalgie n’est autre que le vague à l’âme causé par la stagnation, l’arrêt, l’immobilisme la culture est au point mort en Guinée. C’est dans ces conditions que Bantama Sow veut reverser l’argent du football à la Culture, quelle trouvaille ! On n’a pas vu et entendu ça, encore ! C’est une démission !

La Culture guinéenne a été longtemps abandonnée et laissée à elle-même, elle a même failli être assassinée. Qui se souvient encore de ce mouvement »Rap-attack ! » et qui se souvient de celui qui a freiné et annulé ce mouvement ? C’était le premier sauvetage de la culture guinéenne. Il faut lever le chapeau à Isto Kéira et à Djéssira Condé, qui ont compris…

L’immortalisation de Demba, une fois de plus, cet appel à un sursaut national, prouve à suffisance que la culture guinéenne ne se porte pas bien. Les quinzaines artistiques ont englouti un budget colossal et n’ont servi à rien.

Ce qui fait tomber les bras, actuellement, il faut le dire et le redire que personne ne peut remplacer et imiter Miriam Makeba. Elle a déjà son répertoire intouchable. Il n’y aura plus de « Mama Afrika » sur ce continent. Pourquoi se donner toute cette peine de reprendre tout ce répertoire, au lieu d’en créer ? Cautionner cela avec fanfare est une aberration, un ridicule, on en a même un frisson d’horripilation dans le dos. Mais la personne qui a repris le répertoire de Miriam Makeba a un certain talent, que ne l’emploie-t-elle pour ses propres créations que de reprendre l’autre ; qui va la produire ? Est-ce pour faire ça-là, seulement, qu’il faut détourner les sous destinés au football ?

On n’imite pas les vrais génies comme Michael Jackson, comme Bruce Lee, comme Maradona, comme Miriam Makeba, comme on n’imite pas Demba, Sékou Bembeya, l’homme aux doigts de diamant et Boubacar Bah, l’homme aux doigts de fée, dont la dextérité et l’aisance laissent pantois les guitaristes.

Combien de chanteurs se sont succédé après Demba ? Même à deux, à trois ou à plusieurs, le vide laissé par lui ne peut pas être comblé, ne peut plus être comblé.

Mais aussi et après tout, Kouyaté Sory Kandia mériterait aussi une telle reconnaissance. Il est frustrant que le seul disque d’or guinéen, le seul prix Charles Gros n’ait pas autant de reconnaissance des Guinéens.

Ceci dit, un peuple qui regarde trop en arrière est un peuple qui n’a aucune perspective devant. Pourquoi avait-on fêté indéfiniment, pendant plus de 40 ans le seul triplé du Hafia 77 ?

Si on continue de célébrer Demba et le Hafia, c’est que la Culture et le Sport se sont embourbés et sont dans le même pétrin, au même moment, Pourquoi?

Un sujets à réflexion !

Moïse Sidibé

+224 626 65 65 39

 

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