Entretien avec Waliya Yohanna Joseph, écrivain nigérian fasciné par la langue française

Dans le cossu hôtel Caledonian Suites de Maitama,  à Abuja, le Nigerian Waliya Yohanna Joseph, écrivain à la belle plume, s’est prêté aux questions de Mediaguinee et de Mahamane Bashir Sabo du Niger. Ce volontaire de l’écriture contemporaine est aussi un passionné de la langue française. Confronté malheureusement à un problème d’édition de ses nombreux livres, Waliya, ce fils de Jilang (Kafin-Hausa) dans l’Etat d’Adamawa, veut briser les frontières pour faire passer son message d’espoir. Décidé donc à changer de cap, il invite dans cet entretien les Africains à penser eux-mêmes car leur continent est bien celui de l’avenir. Sensible à toute forme d’injustice, Waliya croit fermement à l’avènement d’un monde meilleur. ‘’Quand l’Afrique se lèvera’’… Entretien.

Mediaguinee : Quand est-ce que vous avez commencé votre carrière de littéraire ou d’écrivain ?

Waliya Yohanna Joseph : J’ai commencé ma carrière d’écrivain en 2009. Mon premier livre ‘’The Sin Against The Holy Ghost’’ (pourquoi le péché contre le Saint-Esprit) a été publié et lancé en vente le 29 novembre 2009. Cela fait aujourd’hui près de 10 ans.

Pouvez-vous nous traduire le titre de ce premier livre en français ?

J’ai au total onze livres à mon actif. Mais je voudrais juste vous parler de ceux qui sont en français. Il y a ‘’Les Dieux et leurs Subalternes ont Tort ’’. Ça, c’est un recueil de poèmes, c’est-à-dire la poésie philosophique. Dans ce livre, on parle de la politique, de l’amour, de la religion et de la tolérance. Bref, beaucoup de choses sont développées dans ce livre, parce que c’est un poème comme je le disais. Mon livre en français s’appelle ‘’la récolte de vie’’. Ce livre est une pièce de théâtre que j’ai lancée en vente 2013. J’ai aussi deux autres livres qui sont ‘’souffrance c’est une grandeur’’ et ‘’quand l’Afrique se lèvera’’. En plus de ça, je suis actuellement en train d’écrire un cinquième livre en français qui s’appelle ‘’hégémonie disparue’’.

Vous êtes Nigérian et vous voulez que vos différentes publications soient traduites en français. Qu’est-ce qui vous motive aujourd’hui à faire ce choix ?

Depuis mon enfance, j’avais envie de parler le français. Parce que mon rêve était de devenir un grand homme de lettre ou un grand littéraire. Je lisais des livres de français dans le but de connaitre mieux cette langue. Donc, je dirai que c’est un problème de passion avant tout. Philosophiquement, je veux répandre mon idée dans le monde entier. J’ai écrit en français plus qu’en anglais. Et comme je veux que mes écrits soient consommés partout, raison pour laquelle je souhaite vivement écrire aussi en français. Et cette langue française fait partie des langues les plus parlées du monde. Aussi, quand j’étais à l’école, je gagnais de bonnes notes en français. Cela aussi me motive à écrire en Français. Quel est le message que je veux donner au monde ? Je voudrais dire au monde que l’Afrique qu’on a rejetée, l’Afrique qu’on a écartée, un jour viendra, la plus grande partie en matière d’économie, de culture et de la technologie viendra de cette Afrique. Pour être clair, je voudrais dire que l’Afrique, ce n’est pas comme avant. Les choses sont en train d’être changées et l’Afrique va se réveiller pour dominer même le monde entier. La plupart des populations africaines sont jeunes et c’est le continent de l’espoir. Il faut que le monde respecte l’Afrique, parce que sans cette Afrique le monde ira très mal.

Qu’est-ce qui vous fait croire qu’un jour l’Afrique dominera le monde, connaîtra la prospérité et le développement?

Vous savez que la souffrance est un mal qui mobilise les gens à réagir. Quand l’Afrique se voit toujours dans la pauvreté et dans la guerre, c’est sûr qu’elle dira à un moment donné qu’elle est fatiguée. Donc, les jeunes vont se réunir pour bâtir une nouvelle Afrique. Ce n’est pas l’Afrique sous le joug de la métropole. Maintenant, on parle de ‘’supra-négritude’’. On connait notre valeur. Aujourd’hui, il y a beaucoup de logiciels fabriqués en Afrique. L’Africain fait assez de choses. On fabrique aujourd’hui des voitures au Nigéria et ce sont des noirs qui font ça. Les blancs n’ont même plus de matières premières chez eux. Raison pour laquelle ils viennent toujours vers l’Afrique.

Le Nigéria est un grand pays de littéraires. Beaucoup d’écrivains avant vous ont écrit sur l’Afrique, sur les perspectives et l’avenir du continent. Qu’est-ce que vous, vous voulez apporter de nouveau dans vos écrits ?

L’idéologie qui me diffère des autres écrivains, c’est que j’ai toujours écrit pour les jeunes. On peut parler de la politique. La plupart des écrivains post-contemporains parlent de migration. C’est-à-dire que eux, ils parlent que l’Afrique va toujours vers l’Europe. En Afrique, il y a beaucoup de jeunes qui comptent s’établir en Afrique parce qu’il y existe beaucoup d’opportunités. Ce qui m’a animé de parler au monde, c’est que les pays qui sont ‘’très développés’’ n’ont rien encore à offrir au monde. Et nous, nous avons beaucoup d’opportunités qu’on peut exploiter. Je parle aux jeunes, je leur dis de se réveiller,  de travailler pour apporter le développement en Afrique. Il y a la décadence culturelle en Europe. Mais, en Afrique nous disons non. On garde notre culture. Aujourd’hui, c’est l’Afrique seulement par exemple qui respecte le mariage. Chez nous en Afrique, nous disons à ceux qui copient à ailleurs que nous sommes fatigués.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans ce travail d’écrivain ?

J’avoue qu’il y a beaucoup de difficultés. Mais, il nous faut de la discipline. Comme je suis anglophone, chez nous dans les pays anglophones, il y a très peu de personnes qui lisent les romans en français. Deuxièmement, j’ai un ‘’coaching’’ qui connait bien écrire. Un grand éditeur qui est bon en matière de la langue française. Qui peut même m’aider à maximiser mon don, parce que je sais que je suis doué en matière de la langue. Mais il faut trouver quelqu’un qui peut m’encourager et me soutenir pour devenir un grand écrivain.

Quel message avez-vous à lancer aux jeunes et à ceux qui doivent vous aider, bref à tout le monde…

Comme dit Molière : ‘’donner pour donner’’. Toujours, en Afrique, on dit que tout est gratuit sur fond d’estime. Donc, je cherche quelqu’un avec qui on peut tous bénéficier des retombées de mes écrits. Même s’il me dit qu’il peut corriger tous mes livres en lui accordant les 10%, je vais accepter ce principe parce que tout le monde a besoin de vivre. Les gens font leur travail de manière professionnelle pour trouver de quoi manger. Donc, on doit se soutenir. Je vais chercher des gens qui peuvent travailler avec moi et qui peuvent corriger mes écrits. Et surtout des gens qui peuvent me critiquer de manière constructive.

Par Mamadou Savané, de retour d’Abuja

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