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Sport

Football guinéen : comment sortir de l’ornière ?

Questionnement prétentieux, certes, mais l’aberration en Guinée est telle que rien n’est plus aberrant pour l’idiot du village. Une maxime des Basse-côtiers — et les rênes du football guinéen se trouvent entre leurs mains— dit : « Si pressé de te coucher, va falloir d’abord t’asseoir ».

Le mal guinéen, c’est de toujours lire dans les pages moisies du passé, de continuer à dire et à penser que la Guinée est un pays du football. On en frémit.

Sans infrastructures populaires comme dans les années des comités, sections et fédérations, pendant lesquelles chaque quartier avait son terrain de football de proximité, chaque section avait son grand terrain de section, où les compétitions inter-quartiers créaient une émulation surchauffée, ces infrastructures populaires n’existent plus, tout a été vendu, désaffecté et privatisé. Les enfants démunis n’ont pas accès dans les Blues zones, les anciens terrains et stades de section qui ont résisté à la privatisation sont pris d’assaut et occupés toute la journée. Dans ces conditions, l’explosion des talents est problématique. Les jeunes qui sont réduits à des jeux de salon sur le goudron avec de petites cages comme buts ne seront jamais des footballeurs de compétition.

Sans une réforme du football de base dans les écoles et université, sans une politique forte des clubs formateurs pour garder et disposer à leur gré de leurs talents, sans limiter la fuite et le trafic des muscles, cet esclavage moderne que personne ne condamne, la Guinée et tous les pays pauvres du « continent des singes devenus esclaves et des grands enfants » ne feront que le jeu des riches et puissants du Nord. On le redit : l’aberration a dépassé tout entendement.

Qui n’est pas impuissant devant l’aliénation quand il voit des natifs du continent devenir des locuteurs natifs d’autres pays d’Europe, qui n’acceptent de venir jouer pour leur pays que quand ils sont considérés comme épaves, quand ils ne sont plus retenus par les sélections de ces pays ? Et quand ces épaves reviennent au bercail, qui n’est pas résigné de voir qu’aucun intellectuel et nationaliste n’existe pour dissuader les journalistes légers et les dirigeants sans charisme de les prendre pour des messies ? Stoïcisme aberrant.

Ce qui est encore plus aberrant, c’est que la CAF obséquieuse se prosterne et joue à ce jeu d’autodestruction devant l’Europe. En laissant libre cours à l’UEFA de naturaliser des talents africains à sa guise, elle a démissionné de sa véritable et sainte vocation de remporter une coupe du monde et de faire jeu égal avec les autres continents.

Le monde ne sera plus ce qu’il était dans les années 70-80. Salir Kéita, Domingo, a fait la fierté de ce continent. En refusant de se naturaliser français pour endosser le maillot du Coq sportif, il a été traité de tous les noms, mais il est resté lui-même, Malien. Les jeunes de maintenant ne voient que l’argent, mais le cas de Neymar fait tomber les bras. Reste à savoir comment il va savourer les millions de dollars acquis avec une conscience en tourmente. Est-ce que l’argent fait le bonheur, chez lui, quand il est seul avec sa conscience ? la question reste posée.

Si la CAF s’est inféodée, la Guinée doit élaborer un cadre juridique propre à elle pour empêcher toute escapade de ses natifs. Elle fera école.

On ne parle pas de club, mais quand il s’agit de nation, il faut changer totalement les choses. Aussi, personne ne peut s’opposer qu’un natif d’Europe joue pour l’Europe, fût-il de père et de mère africains, mais quand un club africain a formé un Africain, de grâce, ayez la décence de ne pas le débaucher.

Les dirigeants du football africain ne savent pas ce qu’ils cherchent. Après la série de matches de la semaine passée, on a été conforté de constater qu’on savait, à savoir que les propriétaires des clubs de football guinéen font exactement comme ceux d’Angleterre : recruter tant que faire se peut les joueurs d’autres pays, et ils pensent, malgré eux et malgré tout, que la Guinée est un pays du football. Aberration.

Dans ce cas, on aimerait savoir comment Lappé Bangoura va faire pour former le Syli local, quand la majeure partie des joueurs opérant au haut niveau nationaux sont des étrangers. La question qu’on se pose, personnellement, est de savoir quel est le club qualifié au niveau africain aligne le plus grand nombre de joueurs nationaux ?

Autre chose, pourquoi les joueurs guinéens en fin de carrière sous différents cieux ne viennent-ils pas renforcer nos clubs et le Syli local. On a appris que Ismaël Bangoura s’est fait épingler pour avoir « joué au noir » en Arabie Saoudite, alors qu’il percevait les RMI, allocation de chômage en France. Pourquoi ne fait-on pas appel aux autres qui sont dans la même situation ?

On a entendu Fodé Mansaré, celui qui a rayé de la carte du football le rugueux défenseur sénégalais, Ferdinand Koly (dont le père, Alpha Mansaré, a été un coéquipier, au XXème siècle, au quartier Mayörè, où le petit serait né) avait demandé à Lappé de le faire jouer pour 15 minutes avec le Syli National, il n’a pas été écouté ni entendu. Ce Fodé Mansaré pourrait, probablement, faire les beaux jours d’un club guinéen. C’est une donnée sans garantie, mais il s’agit de le revoir à l’entrainement pour se faire une idée.

Beaucoup d’autres éprouvent à la fois le secret désire de revenir et la viscosité, la gêne, voire le complexe. Si on le leur demandait. Ils ne sont pas finis.

Mais ça, c’est un prêche dans le désert car, même les joueurs nationaux qui avaient participé à la qualification du Syli pour Le Caire, les Sadio Diallo, Landel, konkolè, Ibrahima sory Sankon, Florentin Pogba et autres, les dirigeants du football guinéen les avaient préférés les bi-nationaux. Cela a été fait à dessein, dessein que les enquêteurs sont en train de décortiquer. Payer les matches amicaux perdus… rien n’est plus révoltant !

On a envie de demander les sentiments et les avis des lésés et frustrés cités plus haut sur cette mésaventure, et aussi leur récrimination pour qu’ils aident les enquêteurs en manque d’inspiration de voir plus clair.

Moise Sidibé

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  1. CONDÉ ABOU

    14 août 2019 at 5 h 36 min

    Je me permets de saluer la profondeur de votre réflexion mon Cher Moise Sidibé. Vous maîtrisez parfaitement le sujet.

    Mais ceci dit, en tant que profane, j’observe que la Guinée a de graves problèmes en matière de développement du sport sur le long terme:

    (1)Un exemple. L’organisation de la CAN 2025 a déjà fini de diviser pour du bon les plus hautes autorités en charge de la préparation de l’évènement, et tout le monde fait comme si tout va bien. Non, le projet de la CAN 2025 a déjà tout plombé, et rien ne va.

    Absolument rien ne va depuis les derniers actes administratifs qui ont recomposé le Comité d’organisation, et c’est très dommage pour le tout pays. Comment voulez-vous que l’on ferme les yeux sur cette triste réalité ?

    Personnellement j’en suis très pessimiste, pour la bonne raison que les autres pays Africains (Gabon, Guinée Équatoriale, Egypte, etc..) n’ont pas fonctionné dans la guéguerre impitoyable que l’on observe en Guinée entre la Féguifoot, le Ministère du Sport, et le sommet du Gouvernement. Il est impossible que l’attelage actuel puisse fonctionner dans la perspective de 2025, avec la guerre d’ego actuelle qui se développe inutilement aujourd’hui en Guinée.

    (2)L’évolution des brillants sportifs Guinéens en Europe, y compris sur la base de la naturalisation, n’est pas du tout un péché dans les conditions actuelles du marché international du football. Ils doivent chercher à vivre mieux et gagner beaucoup d’argent. C’est leur droit absolu de le faire. Vous voyez le sort des anciennes gloires du sport et des arts en Guinée. Pourquoi, voulez qu’ils terminent leur carrière dans la pauvreté absolue et la mendicité ?

    De toutes façons, beaucoup parmi eux réinvestiront leurs ressources et leurs épargnes en Guinée, quoi qu’il arrive durant leurs carrières sportives en Europe et ailleurs au Moyen Orient.

    Il suffit de regarder les immenses investissements du jeune Asamoah Gyan au Ghana, ceux de Didier Drogba, Yaya Touré en Côte D’Ivoire et j’en passe.

    J’aurais souhaité en toute franchise, qu’il y ait autant sinon plus de jeunes sportifs Guinéens riches et investisseurs à l’instar d’un Seydouba Bangoura. Pourquoi pas ?

    L’on ne peut pas du tout reproduire en 2019-2020, les schémas des années 60 et 70 qui fonctionnaient en Afrique.

    À mon avis, ce n’est pas eux qui sont la source de nos problèmes. C’est le management du sport en général et en particulier du football qui est mauvais de bout en bout.

    (3)Je me pose la question de savoir comment le sport en Guinée, en dehors de toute démagogie peut-il atteindre les niveaux du Ghana, de la Côte D’Ivoire, du Sénégal, du Maroc et de l’Algérie, avec un sous-investissement chronique et misérable dans les infrastructures sportives ?

    Ayons le courage de comparer ce qu’il y a comme infrastructures sportives en Guinée et ce qu’il y a chez nos concurrents. Le retard de la Guinée, est criard et c’est très dommage, puisque nous n’arriverons jamais au niveau du Ghana, et de la Côte D’Ivoire avec le niveau actuel des infrastructures sportives sur la base desquelles, la Guinée fonctionne aujourd’hui.

    C’est un retard indescriptible que la Guinée a accumulé depuis des décennies et il fait partie des plus graves problèmes de ce pays. Pendant ce temps, l’on continue de regarder dans les années 60 et 70 comme si la Guinée n’a plus rien à donner au sport Africain et universel. Comme pour se donner bonne conscience et dans quelle logique absurde !

    Que Dieu sauve ce pays. Mais tous les pays Africains que je viens de citer, regardent la Guinée d’en bas, avec la guéguerre de leadership qui continue de ruiner de façon impitoyable les relations entre les hauts dirigeants du monde sportif. Comme si c’était la meilleure façon d’aider ce pays ! Incroyable.

    Merci Cher Moise Sidibé pour la pertinence de l’analyse et merci pour la courtoisie de Médiaguinée.

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