Görko Soussay, mon œil ouais ! (Par Ahmed Camara)

Au-delà de tous les anonymes qui sont morts pour la démocratie, les états-majors des partis politiques en Guinée ont tous payé le prix fort de leur engagement pour l’avènement d’une véritable démocratie sous la deuxième république.

Bâ Mamadou, Thierno Ousmane Diallo et Mamadou Barry de l’UNR ont été emprisonnés en 1998 pour avoir dénoncé et combattu les destructions d’habitations de Kaporo-rails. Destructions au cours desquelles des dizaines de leurs militants avaient trouvé la mort.

Le RPG, quant à lui, ne compte pas ses responsables tués depuis 1988. Non seulement des dizaines de jeunes ont perdu la vie ; tels que Sékou Traoré, étudiant tué le 22 novembre 1990, Mory Diabaté du Lycée Donka tué le 06 décembre 1990, David Goumou du collège Yimbaya et Lansana Bangoura de l’Université de Kankan tués le 13 février 1992, ou encore Mariame Keita, lycéenne à Mandiana tuée le 10 novembre 1993 et Souleymane Bagadjogo, tué le 25 novembre 1993 à Siguiri. Mais des responsables au plus haut niveau du parti ont également été tués. Il s’agit de Mamady Condé, tué le 17 juin 1991 au commissariat de police de Conakry 1, de Saran Koma, de Bangaly Kourouma « Söröti », de El-hadj Famany Doumbouya, de Kerfalla Diané, et de Mohamed Lamine Matty, tous abattus le lundi 28 octobre 1991 à Kankan par une fusillade des forces armées. Le même sort a été réservé à Fatoumata Kourouma, Moussougbé Condé et Saran Mara le 10 février 1993 à Faranah. Et que dire de Bö Lanciné Savané, mort le 25 mai 1993 à l’issue de la marche des Etats Généraux, de Lanfia Camara, mort en août 1993 à Kérouané, de Souleymane Diakité, tué le 10 novembre 1993 à Mandiana, de Idrissa Cissé et Abdoulaye Konaté, tués les 24 et 25 novembre 1993 à Siguiri ? La liste est longue et loin d’être complète.

A cette liste funèbre, il faut ajouter les 478 membres du parti, blessés, torturés ou arrêtés et qui ont perdu leurs biens, leur travail ou leur intégrité physique pendant ces décennies de lutte.

Tous ces militants victimes de répression ne sont pas de pauvres gamins débarqués de leur province natale pour tenter l’aventure à Conakry et qui finissent comme chair à canon à un politicien incapable de mener son propre combat. Ceux-là, personne ne leur a demandé d’être « prêts à mourir ». Ils se sont engagés en politique en toute responsabilité sachant ce que cela comportait comme risques pour eux-mêmes, leur famille et leurs biens. Ils étaient Secrétaires fédéraux, membres du Comité central ou du Bureau politique, cadres de l’administration ou du privé. Ceux-là ne sont pas morts pour une place de maire à Kindia, Boké ou Dubréka. Ils sont morts pour qu’aujourd’hui des partis comme l’UFDG aient le droit d’exister dans un pays démocratique. Le sacrifice de leur vie, de leur biens, de leur carrière, ils l’on fait pour une cause qui a triomphé sans quémander une quelconque compassion en dédiant un cimetière à leurs martyrs, sans crier à l’épuration ethnique, sans empêcher les autres guinéens de travailler ou circuler.

En Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo et la majorité des membres du FPI on fait la prison avant que ce dernier n’arrive au pouvoir. Au Sénégal, Abdoulaye Wade a également goûté à la détention ainsi que plusieurs membres de l’opposition sénégalaise. Il en va de même de tous les grands leaders africains qui se sont battus pour la démocratie dans leur pays. Etienne Tshisekedi, Morgan Tsvangirai et leurs partisans ont souffert dans leur propre chair et celle de leurs collaborateurs lorsqu’ils luttaient politiquement au Zaïre et au Zimbabwe. Tous ces leaders et leur état-major s’engageaient personnellement et physiquement pour leur cause. Ils menaient la lutte directement et se mettaient à la tête de toutes les protestations contre le pouvoir en place. Ils ne se réfugiaient pas dans des véhicules climatisés entourés de gardes du corps et bien loin de la tête des cortèges. Ils défilaient à pied, bras-dessus bras-dessous avec leurs militants, comme au bon vieux temps de la CODEM en Guinée lorsque Alpha Condé, Bâ Mamadou et Siradiou Diallo défiaient les forces de l’ordre pour imposer l’instauration de la démocratie en Guinée.

Le parti UFDG veut se poser en parti-martyr de la démocratie guinéenne. Il a encore beaucoup de chemin à parcourir. Et pour commencer, au lieu de se cacher derrière des adolescents manipulés, que Cellou Dalein Diallo, Ousmane Gaoual Diallo et Fodé Oussou Fofana, ramassent eux-mêmes les cailloux et les balancent sur les forces de l’ordre. C’est autrement plus difficile que de crier « tirez ! » en présentant sa poitrine aux policiers alors qu’on est entouré de ses gardes du corps et qu’on sait que de nombreuses caméras sont témoins de la mise en scène. Görko Soussay mon œil !

Ahmed Camara

 

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5 thoughts on “Görko Soussay, mon œil ouais ! (Par Ahmed Camara)

  1. Sylla

    Voilà.
    De plus,c’est un faux democratie. Regardez comment ce parti ethnique Bah Oury,leur propre militant qui a eu le courage de leur dire de changer de cap?
    Ce monsieur n’est là qu’au nom de l’ethnie sinon à mes yeux il reste un militant du pup tout simplement.

  2. Africain

    M. Camara,

    Rien n’empêche AC d’agir comme ADO en C.I ou comme Macky au Sénégal etc…, et de mettre CDD en prison qui pourrait offrir à ce dernier ce « label » pour ne pas dire ce « prix Nobel » que vous vantez dans votre article que les autres opposants africains ont eu.

    On ne peut reprocher à CDD de ne pas faire la prison POUR l’INSTANT comme les autres opposants à moins qu’il S’ENFERME LUI MÊME EN PRISON. Ce qui me fait penser à cette chanson du rappeur français MC SOLAR « la clé » et dont le début de la chanson est :

    « Je suis un simple militant à un niveau très local
    Ma permanence, elle ressemble à un bocal
    Seul dans mon parti (centriste radical)
    Écoule du bras gauche, kryptoné au libéral …. »

    avec ce refrain à la fin de la même chanson :

    « …Je me suis enfermé, pourtant j’avais la clé
    Période de camouflage, j’étais dans le maquis
    Je me suis enfermé, pourtant j’avais la clé… »

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