Interview/ Baïdy Aribot, député de Kaloum : « ceux qui caressent l’idée d’un troisième mandat n’aiment pas le président Alpha Condé »

 La polémique entre l’UFR et l’opposition dite républicaine continue autour de certains démembrements de la CENI. Comment justifiez-vous la position de votre parti ?

Cette histoire qui, à mon avis, n’a pas sa raison d’être, a été montée en épingle par l’UFDG qui pense ainsi détourner l’attention des Guinéens de la profonde crise qu’il traverse. Les autres formations de ce qui reste de l’opposition dite républicaine, accrochées aux basques de l’UFDG, suivent naturellement comme des moutons de panurge.

La composition des démembrements de la CENI est l’un des résultats des accords signés juste avant la dernière présidentielle, avec une implication déterminante du président Sidya Touré qui a été saluée par toutes les parties. A ce que je sache, ces accords sont toujours valables, d’ailleurs il y en a qui réclament leur application intégrale. Au nom de quoi M. Cellou Dalein Diallo et ses lieutenants peuvent-ils exiger  que l’UFR renonce à ce qui lui revient du fait desdits accords ? Ont-ils par ailleurs l’autorité légale pour coller à quelqu’un l’étiquette d’opposant ou d’élément de la mouvance présidentielle ?

Comme argument ils citent la charte des partis politiques et le fait qu’un responsable de votre parti est membre du gouvernement, ainsi que la nomination du président de l’UFR comme Haut représentant du chef de l’Etat.

Ecoutez, les exemples ne manquent pas. En Afrique et même ailleurs, l’on a vu des personnalités de l’opposition intégrer des gouvernements, ce qui n’a pas fait dire que leurs partis étaient ainsi exclus de l’opposition. Il peut s’agir d’un « gouvernement d’ouverture », comme on l’a vu avec Diouf et le PDS de Wade au Sénégal. Ou simplement du choix porté sur une ou deux personnes, comme par exemple la présence de Kouchner du PS dans un gouvernement de droite sous Sarkozy. Il y a également le cas de Morgan Tsvangirai, farouche opposant à Robert Mugabé qui fut pourtant Premier ministre de ce dernier.

De toutes les façons, puisqu’ils ont décidé de saisir la justice, tout le monde devrait retrouver la sérénité et attendre de voir. 

De plus en plus les attaques verbales se multiplient avec vos anciens alliés de l’opposition, le divorce est-il consommé ?

Le divorce est effectif d’où notre positionnement actuel. Mais il ne s’agit pas de questions de personnes, A l’UFR on n’a rien contre la personne de tel ou tel leader de l’opposition dite républicaine. Après avoir fait un long parcours ensemble, enregistré un certain nombre d’échecs, il était tout à fait normal que l’UFR tire les leçons, adopte une autre stratégie pour ne pas continuer à tourner en rond.   

Peut-on s’attendre à un rapprochement avec Bah Oury, au moment où l’UFDG est en crise ?

Pourquoi pas ? Encore une fois nous n’avons pas de problèmes personnels avec les gens. Nous sommes disposés à travailler avec tout le monde, y compris donc M. Bah Oury, pourvu qu’il y ait une convergence d’idées et que la finalité soit le bien-être des Guinéens. Le jour où il y aura une convergence en matière de vision, de stratégie, il n’est pas à exclure que l’on chemine ensemble.

Que pensez-vous de cette crise qui secoue l’UFDG, marquée ces derniers jours par la mort en détention d’un élément de la garde de Cellou Dalein Diallo ?

Il est vrai que les contradictions internes sont inhérentes à la vie d’un parti politique. Mais, sans vouloir m’immiscer dans les affaires internes de l’UFDG, il faut reconnaitre que le drame survenu à son siège est d’une gravité extrême. Au-delà de ce parti, cela interpelle toute la classe politique qui doit bannir la violence en son sein. En attendant, la justice fait son travail pour identifier le ou les auteurs du meurtre du journaliste Mohamed Koula Diallo.

Toutefois, je  déplore la mort de cet élément du service de sécurité de l’UFDG. J’ose croire que toute la lumière sera faite sur les circonstances de ce décès, et s’il y a eu des manquements à quelque niveau que ce soit, il faudrait que des sanctions suivent. Il y va de la crédibilité de notre justice.

Le week-end a été marqué par « l’intronisation » du patriarche de la Basse Guinée à Kindia. On a noté votre absence et celle du président de l’UFR à cette cérémonie. Peut-on en connaitre les raisons ?

Je suis député et responsable de parti. Mon action se situe essentiellement dans la sphère politique. Outre le fait que l’on préparait, avec les autres membres du bureau de l’Assemblée nationale, la plénière du lundi, j’ai estimé que ma présence n’était pas forcément nécessaire là-bas.

Au-delà, il faut dire que je n’ai rien contre les coordinations régionales qui dans les conditions normales ont un important rôle à jouer. Mais je crois qu’elles ne doivent pas venir sur le terrain politique, qu’elles ne doivent pas marcher sur les platebandes du monde politique.

Selon certaines rumeurs, le choix de ce patriarche en la personne d’El hadj Sékhouna de Tanènè, aurait des relents de clientélisme politique. Comme on l’a vu à la fin du deuxième mandat du général Conté, il y aurait des velléités de permettre au président Alpha Condé de briguer un troisième mandat en 2020.

Bon, puisque pour le moment il ne s’agit que de rumeurs je ne voudrais pas faire des commentaires là-dessus. Mais il serait surprenant que quelqu’un comme le président Alpha Condé qui revendique plus de quarante ans de lutte pour la démocratie en Guinée, torde le cou au principe de la limitation du nombre de mandats présidentiels. Il devrait d’ailleurs comprendre que ceux qui développent de telles idées saugrenues ne l’aiment pas vraiment. Ce qu’il faut aujourd’hui, afin qu’il puisse faire de son mieux pour le bien de la Guinée et des Guinéens,     c’est l’accompagner dans ce second mandat qui, selon la constitution, est le dernier.

Réalisée par Madjou Bah

 

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