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Interview. Bébé Sodia dans la dèche : ‘’lorsque je tournais les films, je n’étais pas payée’’ (vidéo)

Elle a retenu l’attention du grand public guinéen et africain dans les temps. Bébé Sodia, de son vrai Fanta Kourouma, a une vie peu enviable ces dernières années. De la vedette du cinéma, la native de Senko, dans la préfecture de Beyla, âgée d’une cinquantaine d’années, est devenue revendeuse de charbon et d’essence au quartier Sonfonia-Casse, en haute banlieue de Conakry. Devant un magasin exposé en bordure de rue, servant de logement pour elle et huit orphelins dont la plupart jetés par leurs parents, l’actrice du célèbre film des années 90  »Bily ani Bébé’’ a accordé lundi un entretien à Mediaguinee. Émouvant…

Mediaguinee : Bébé Sodia, vous avez été une grande vedette du cinéma guinéen dans les temps. Aujourd’hui, de cette vie de star, vous êtes devenue revendeuse de charbon. Qu’est-ce qui s’est passé ?  

Bébé Sodia : Vous savez, chaque chose en son temps. Lorsque je tournais les films, je n’étais pas payée. Aujourd’hui, je suis dans une situation difficile.  Je n’ai pas les moyens et il n’y a personne pour m’aider sauf le Bon Dieu. J’ai beaucoup d’orphelins qui vivent sous mon toit. Et, c’est à cause de mes films que tout cela est arrivé. Parce que je jouais des rôles qui consistaient à prendre les enfants jetés par les gens. Donc, beaucoup de femmes viennent jeter les enfants chez moi en mon absence. Certains parmi eux sont envoyés ici après le décès de leurs mamans.

Mediaguinee : Depuis des années, vous avez disparu du petit écran. On se rappelle votre film qui jouait chaque mardi à la télévision nationale. Est-ce qu’on peut dire que vous n’avez pas pu gérer votre succès pour préparer votre retraite ? 

Bébé Sodia : C’est la Guinée. Sinon, je ne dois pas disparaître du petit écran. Je n’ai pas les moyens. C’est la RTG qui finançait nos émissions. Mais d’un seul coup, j’ai vu que c’est arrêté. Et jusqu’à présent, on n’a pas eu de solution par rapport à ça. Je n’ai pas les moyens, alors que j’ai beaucoup de charges. Donc, il me faut vendre du charbon pour pouvoir subvenir à mes besoins et prendre soin des enfants orphelins qui sont là. Moi aussi, je me suis vue dans ça parce que, je n’ai personne pour me soutenir. S’il y en avait, je n’allais pas être comme ça. Je suis là et si vous ne venez pas me chercher, vous ne pouvez pas me voir. Je suis en Guinée ici, je n’ai pas bougé pour aller quelque part. Je suis en Guinée.

Mediaguinee : Quand vous étiez célèbre, vous avez eu beaucoup de relations avec d’autres cinéastes guinéens, africains et des personnalités du pays. Qu’est-ce que ces relations vous ont apporté ?

Bébé Sodia : Mes relations n’ont fait de moi qu’une revendeuse de charbon, une gardienne d’orphelins. Au lieu d’avoir des relations dans d’autres pays, c’est tes compatriotes qui doivent d’abord te reconnaître. S’ils te reconnaissent, tu ne vas pas souffrir. Si je prends l’exemple sur les acteurs nigérians, il y a certains parmi eux que je dépasse, mais ceux-ci me dépassent aujourd’hui parce qu’ils n’ont pas été abandonnés par leurs compatriotes.  Mais les miens m’ont abandonnée. C’est comme ça je vais dire parce que je ne vois personne venir me chercher, sauf vous les journalistes. Sinon, je peux continuer aussi mes travaux. Vendre du charbon ne me fait pas mal parce que c’est la volonté de Dieu. Je ne peux pas jeter les orphelins qui sont là, c’est Dieu qui me les a donnés. Sinon  »Bily et Bébé », c’est l’une des premières séries guinéennes qui a eu la valeur et qui a vendu la Guinée à l’extérieur. Quand nous avons été invités au Mali, ce jour, personne n’a travaillé et on ne disait pas le nom d’une personne, mais on disait  »des artistes guinéens sont venus, nous allons les regarder ». Le Mali a beaucoup fait pour nous et même aujourd’hui, je crois que certains Maliens pensent à nous mais ne nous retrouvent pas, parce qu’ils ne nous voient pas à la télévision, ni dans la circulation. Moi-même, je ne peux pas être dans la circulation parce que quand je vois la façon dont je suis aujourd’hui, je ne peux pas circuler. Regarde-moi comment je suis aujourd’hui, j’ai honte de marcher dans la rue. Quand les gens me voient, je les entends dire  »regarde cette femme, une ancienne actrice, regarde comment elle est ». Mais bon, Dieu a voulu comme ça.

Mediaguinée : Chez vous ici à Sonfonia, nous voyons plusieurs enfants avec vous. Sont-ils tous les vôtres ?

Bébé Sodia : Dans ma vie, je n’ai qu’une seule fille. Tous ceux qui sont là sont des orphelins. Je ne connais pas leurs parents. Donc, je suis la seule à faire ma vie maintenant avec ces enfants. Et, c’est à cause de mon nom que j’ai eu ces enfants. C’est grâce à Dieu. Même si je n’ai rien, ils sont nourris à travers ce charbon. Donc, c’est ça ma vie.

Mediaguinee : Le monde du cinéma et vos fans sont sûrement étonnés de votre  » chute ». Quelles sont les difficultés que vous rencontrez aujourd’hui, non seulement dans votre vie quotidienne, mais aussi dans la gestion de ces enfants ?   

Bébé Sodia : J’ai beaucoup de difficultés aujourd’hui. Si tu n’as rien, tu n’es pas connu.  Même dans la foule, on t’ignore et tu n’es pas considéré.  Vous voyez vous-mêmes la situation que je vis aujourd’hui. Je ne peux pas parler de moi.  En tant qu’artiste, moi qui ai plusieurs fois représenté la Guinée, si tu me vois vendre du charbon aujourd’hui, est-ce que tu ne vas pas dire que c’est à cause de mon pays ? C’est à cause de mes compatriotes, parce que ce sont eux que je faisais rire. Comme ces gens-là me rejettent, tout le monde m’a rejetée. S’ils m’aidaient, c’est tout le monde qui m’aiderait. Si tu vois les gens acheter ce charbon aujourd’hui, c’est à cause de mon nom, parce que nous sommes nombreuses ici. Je n’ai pas les moyens, si ce n’est pas vendre le charbon. C’est dans ça que j’achète le savon, je prépare pour les enfants et je les habille. Je souffre et je ne peux pas tout dire. Personne ne m’aide à les nourrir. C’est Dieu qui m’aide.

Mediaguinee : Vous n’arrêtez pas de retenir vos larmes. Est-ce que vous avez des projets dans l’avenir au de-là de la situation que vous vivez aujourd’hui ?

Bébé Sodia : Quand vous m’envoyez un projet comme ça, je vais le faire bien, parce que c’est mon travail. A chacun son travail. Tu fais certains travaux parce que tu n’as pas de choix, comme vendre du charbon. J’ai beaucoup de projets que je veux faire et qui sont différents de la vente de charbon.

Mediaguinee : Vous n’arrêtez pas de pointer du doigt vos compatriotes qui, à vous entendre, sont en partie responsables de ce qui vous arrive aujourd’hui. Est-ce que vous avez des regrets ?  

Bébé Sodia : Ce que je regrette aujourd’hui, c’est la condition dans laquelle je vis. Parce que je ne sais pas quoi faire. Cette situation ne fait qu’empirer. Et c’est devenu une honte pour moi dans mon propre pays. Moi, je peux dire que j’ai été abandonnée, parce que le pays que tu as représenté est ton père et ta mère. Donc, si tes compatriotes t’abandonnent, c’est le monde qui te laisse.

Bébé Sodia avec sa fille unique

Mediaguinee : Pour finir, quel est le message que vous avez à lancer à l’endroit des jeunes cinéastes et le peuple de Guinée de façon générale ?   

Bébé Sodia : Le message que je lance aujourd’hui aux artistes est qu’ils doivent savoir que si l’on ne vous considère pas dans votre pays, ça sera comme la situation dans laquelle je vis aujourd’hui. Est-ce que moi je savais que j’allais devenir comme ça ? Est-ce que je savais que j’allais vendre ce pays et par après, je deviens comme ça devant tout le monde ? Je ne savais pas, mais aujourd’hui, j’ai compris ça. Ce que tu vois chez ton ami, il faut comprendre que c’est difficile. Et si ça t’arrivait aussi, ce serait la même chose. Je lance un appel à tous les fils et filles de Guinée de faire ce qu’ils peuvent pour moi, à cause de Dieu, à cause de mon travail et à cause du pays. Je n’ai pas de père ni de mère. Ces enfants qui sont là sont pour moi une famille. Je demande à tout le monde de voir ma situation. Si tu as pitié, tu fais pour moi à cause de Dieu. Il y avait 10 enfants ici, dont des jumeaux. Lorsque je suis tombée malade, ils sont aussi tombés malades. J’avais trop souffert à cause de cette maladie ; il y a de cela 4 à 5 ans. Ces enfants sont tombés malades et je suis partie dans une clinique où les médecins m’ont aidée. Mais la fille est décédée. Par la suite, le garçon aussi a succombé à sa maladie. La maman de ces jumeaux les a jetés à ma porte quand ils étaient malades.

Ce sont 8 enfants qui restent ici maintenant. Il y a même un qui est là. Je ne crois même pas s’il a eu 2 mois. Parmi eux, il y a un qui étudie dans une école privée dont le fondateur m’aide beaucoup. Si par exemple les autres paient 70 mille, moi je paie 30 mille. Et des fois, je ne paie même pas. Le problème, c’est comment nourrir les enfants. Ils ne mangent qu’entre 14h et 15h, parce qu’il faut vendre d’abord avant de préparer. On passe la nuit dans ce magasin. Je me couche à la porte et ils restent derrière moi. Quand j’étais vedette de cinéma, je ne logeais pas ici. Le loyer était cher là-bas. Je payais 300 mille. Finalement, je ne pouvais plus avoir ça. Je cherche la nourriture des enfants ou je paie la maison ? Et ici, c’est un magasin que j’ai pris pour me coucher avec les enfants. J’ai passé beaucoup d’années dans ce magasin avec les enfants. Le propriétaire du magasin aussi est très bon. Des fois, je ne paie même pas. Donc, c’est ce que je suis devenue.

Réalisée par Mohamed Cissé et Maciré Camara

+224 623-33-83-57/ +224 628-11-20-98

 

 

 

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