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Interview. Hadja Andrée Touré : ‘’nous avions subi toute la vie de mon mari, le complot permanent. C’est la même chose qui se répercute sur son fils maintenant’’

Dans cette interview qu’elle a bien voulu accorder à Mediaguinee, Hadja Andrée Touré, 85 ans, la veuve du premier président de la Guinée (feu Ahmed Sékou Touré), est revenue essentiellement sur la condamnation de son fils Mohamed Touré et de sa belle-fille par la justice américaine pour ‘’esclavagisme’’ et les conditions d’acquisition de leur maison à Dallas.

Mediaguinee : Votre fils Mohamed et son épouse Denise Cross Touré ont été récemment condamnés par la justice américaine. Vous, en tant que mère de famille et épouse de l’ancien Président Ahmed Sékou Touré, quelle réaction faites-vous par rapport à cette décision ? 

Mohamed était allé aux Etats-Unis dans le but de ramener ses enfants qui ont fini les études, les grands, pour qu’ils viennent travailler en Guinée

Hadja Andrée Touré : Je vous remercie de votre visite. Cette question est très importante, parce que moi-même ça m’a surprise. En réalité, Mohamed était allé aux Etats-Unis dans le but de ramener ses enfants qui ont fini les études, les grands, pour qu’ils viennent travailler en Guinée. C’est ce qui a motivé son voyage aux Etats-Unis. Il voulait prendre ses enfants, les ramener en Guinée, afin qu’ils viennent travailler en Guinée, parce que ses enfants ont fait des études aux Etats-Unis. Hélas ! Arrivé là-bas, nous avions été surpris de voir que Mohamed avait été arrêté et qu’on en avait fait une telle publicité : Mohamed Touré, le fils de Sékou Touré, est en prison aux Etats-Unis. C’est ainsi que moi j’ai appris que mon fils avait été arrêté. Pour quelle raison ? Je n’en sais rien. De toutes les façons, moi je n’ai pas pris tout cela en considération car je sais que nous avions subi toujours, toute la vie de mon mari, ce qu’on appelait le complot permanent. Et c’est la même chose qui se répercute sur son fils maintenant. Donc, j’aimerais vraiment savoir ce que la justice américaine a eu à reprocher à Mohamed Touré. Moi je suis restée très tranquille parce que je sais que mon fils n’a rien fait. Mohamed était très inquiet pour moi et il a dit ‘’comment maman va prendre ça ? Comment elle va réagir ?’’ Je dis ‘’mon fils, je ne donnerai pas la chance aux ennemis de me voir en train de pleurer. Je dis ‘’je ne le ferai pas parce que tu n’as rien fait. Etant donné que tu n’as rien fait, je sais que la vérité triomphera. C’est ce qui a tranquillisé mon fils.

C’est le président Houphouët-Boigny qui a offert la maison de Dallas à Mohamed après son mariage

Mediaguinee : Que pensez-vous de l’acquisition de la maison de Dallas ?

Hadja Andrée Touré : La maison de Dallas, ils ont voulu aussi en faire un problème. Elle avait été offerte par moi-même à son épouse après son mariage. Parce que nous, après la mort de son père, nous avons fait la prison ici. A la sortie de la prison, les amis sont intervenus pour nous faire sortir. D’ailleurs, Mohamed ne voulait pas se retirer, il a dit comme prétexte que nous allons nous soigner. Mohamed a dit ‘’maman, toi tu t’en vas, moi je vais rester ici’’. J’ai dit ‘’écoute mon fils, je ne suis pas folle pour te laisser ici’’. Parce que je sais qu’à notre sortie, Mohamed avait été menacé par celui qui était gouverneur de Faranah à l’époque. Il a dit ‘’Mohamed, ne crois pas que tout est fini ; on peut encore te prendre’’. Moi, je n’ai pas oublié cette parole sortie de la bouche d’un grand responsable après ma sortie de prison. Je lui ai dit ‘’écoute, si tu ne pars pas, moi aussi je ne pars pas, je reste’’. C’est ainsi que je l’ai obligé de partir avec moi. Nous étions invités par le Roi Hassan II et le Président Houphouët-Boigny. A notre sortie, c’est l’ambassadeur du Maroc qui est venu nous prendre à la maison pour nous emmener à l’aéroport. Nous avons été reçus d’abord par Hassan II et nous sommes restés très longtemps. Et pendant tout ce temps, le président Houphouët ne faisait qu’appeler son ambassadeur pour dire ‘’mais qu’est-ce qui se passe, il faut qu’ils viennent.’’. Moi, je voulais d’abord rencontrer Sa Majesté pour le remercier pour toutes les démarches qu’ils ont menées mais je n’ai pas eu l’opportunité-là malheureusement, car il était très pris. Alors, j’ai dû écrire une lettre lui disant mes remerciements. Comme je suis invitée par le Doyen aussi (Houphouët, ndlr), je l’informe que je vais répondre à cette invitation mais que je suis toujours à sa disposition. C’est ainsi, nous sommes allés vers Abidjan où nous avions été reçus par le Président Houphouët-Boigny. Quand j’ai rencontré le président, il m’a demandé ce que je veux. J’ai dit ‘’moi, ma préoccupation d’abord c’était de voir Mohamed loin du contexte guinéen’’, parce qu’Abidjan-Conakry c’est très proche. Parce que les gens venaient raconter du n’importe quoi et moi je voulais qu’il soit éloigné de ce contexte-là. Mohamed avait fini ses études ici, il travaillait, il était fonctionnaire parce qu’il a fait les finances. Il m’a dit où est-ce que vous voulez qu’il aille? J’ai dit moi, que ça soit aux États-Unis ou au Canada, l’essentiel est qu’il soit loin du contexte guinéen. C’est moi qui avais demandé au Président Houphouët-Boigny et le président l’a envoyé aux États-Unis. Et c’est là-bas qu’il a rencontré sa femme et les parents de celle-là. Parce que le père de sa femme a travaillé avec mon mari comme ministre. Ils se sont rencontrés, ils ont discuté et le mariage avait été célébré au Canada, à l’ambassade de la Côte d’Ivoire au Canada parce que Mohamed avait déjà la nationalité ivoirienne. Le Président Houphouët-Boigny m’a expliqué ‘’je lui ai donné cet honneur pourvu qu’on ne l’embête pas au niveau de la Guinée’’. Je dis que mon mari était panafricain. Donc, s’il célèbre son mariage là-bas, ça serait la même chose. Le président Houphouët-Boigny lui a offert cette maison (la maison de Dallas, NDLR) après le mariage.

Son arrière-grand-père, son père, tout le monde s’est battu contre l’esclavagisme. Et ce n’est pas lui qui viendra rétablir ça… Cette fille dont on dit qu’il l’a prise comme esclave, c’est une cousine à sa femme

Mediaguinee : Que signifie à vos yeux le fait d’accuser votre fils d’esclavagisme alors que son père, toute sa vie durant, a combattu ce fléau ?

Hadja Andrée Touré : Vous savez, l’ennemi, il est capable de dire n’importe quoi. Parce que tout le monde connaît Sékou Touré, il est connu. On sait comment Mohamed d’ailleurs l’a défendu ! Au tribunal, il a dit ce qu’avait été d’abord son arrière-grand-père l’Almamy Samory Touré qui a combattu les Français quand ils voulaient coloniser la Guinée. Il s’est battu, il y a un cimetière d’ailleurs là-bas où il y a beaucoup de Français, qu’il a tués pendant ces combats-là, qui sont enterrés. Son arrière-grand-père, son père, tout le monde s’est battu contre l’esclavagisme. Et ce n’est pas lui qui viendra rétablir ça… Cette fille dont on dit qu’il l’a prise comme esclave, c’est une cousine à sa femme. Et comme ici, dans nos traditions, on le sait, après le mariage, c’est les parents de la fille qui ont confié leur fille à l’épouse de Mohamed, pas à Mohamed même.  « C’est ta sœur, prends-la. On veut que tu lui donnes une bonne éducation, qu’elle soit une bonne épouse. Tout ce qu’on te demande seulement quand elle aura l’âge de se marier, qu’elle vienne, elle va se marier ». C’est ainsi qu’on lui a confié cette fille-là, Diéna, qui est devenue aujourd’hui l’ennemie numéro 1 de sa femme.

Mediaguinee : Peu avant la sentence, Mohamed Touré avait dit à la cour que la vérité triomphera dans ce qui l’oppose à Diéna Diallo. Comme lui, est-ce que vous êtes optimiste ?

Hadja Andrée Touré : Moi, je suis optimiste. Très, très optimiste, parce que je sais qu’il n’a rien fait et j’en suis convaincue. Je lui ai dit ‘’reste tranquille, personne ne te dira qu’il m’a vue les larmes aux yeux, je dis je ne donnerai pas ce plaisir aux ennemis’’.

Le père de Diéna Diallo, le matin il fuit, il va dans son champ et ne rentre seulement que la nuit. Moi, ça me suffit déjà

Mediaguinee : Y a-t-il un point sur lequel vous aimeriez revenir dans ce dossier qui n’a pas fini de révéler tous ses secrets ? 

Hadja Andrée Touré : Vous savez, le père de Diéna, Foulakaly, celui qui a confié sa fille, aujourd’hui, il est malheureux dans son village, parce que tout le peuple de Mandiana lui reproche ceci : ‘’Foulakaly Diallo, c’est ta fille qui a mis le fils de Sékou Touré en prison ?’’. C’est ce qu’on dit aujourd’hui à son père. Le père, le matin il fuit, il va dans son champ et ne rentre seulement que la nuit. Moi, ça me suffit déjà.

Tous ces pays qui ont beaucoup de richesses rencontrent des difficultés. Il faudrait que les Guinéens restent unis, solidaires, qu’on ne vienne pas détruire notre pays

Mediaguinee : Nous sommes à la fin de l’entretien. Avez-vous quelque chose à ajouter ? 

Hadja Andrée Touré : Moi, ce que je veux ajouter, c’est qu’il faudrait que le peuple de Guinée reste très uni pour que nous ayons beaucoup de force, parce que la Guinée est très riche, a beaucoup de richesses. Et tous ces pays qui ont ces richesses-là rencontrent beaucoup de difficultés. Il faudrait que les Guinéens restent unis, solidaires, qu’on ne vienne pas détruire notre pays. Parce que personne ne le reconstruira pour nous ! Si quelqu’un vient nous dire ‘’cassez votre case-là, je vous construis un étage’’, attendons d’abord qu’il fasse l’étage avant de casser la case. Alors, vraiment, ce que je demande au peuple de Guinée, c’est de rester solidaire, c’est de rester uni. Sinon, notre pays va à l’échec. Je vous remercie.

Réalisée par Maciré Camara et Mamadou S.

 

 

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