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International

La violente dispersion du sit-in fait 30 morts à Khartoum, condamnations internationales

La dispersion dans le sang du sit-in des manifestants par les militaires lundi à Khartoum a fait au moins 30 morts et des centaines de blessés selon des médecins proches de la contestation, violences qui ont suscité des condamnations de la communauté internationale.

Le Conseil militaire de transition a lui démenti toute « dispersion par la force » du sit-in.

« Il n’y a plus rien à part les corps des martyrs que nous ne pouvons pas sortir », a avancé l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), fer de lance de la contestation.

Dans son dernier bilan provisoire, le Comité central des médecins, proche de la contestation, compte « plus de 30 morts » et « des centaines de blessés ».

L’organisation a évoqué des « difficultés à comptabiliser le nombre réel de morts à cause de l’encerclement des hôpitaux » par les forces de sécurité. « Des médecins ont été frappés et arrêtés », selon elle.

En réaction, l’Association des professionnels soudanais (SPA), acteur clé de l’ALC, a appelé la population à sortir mardi, jour de la fête de l’eid de fin du ramadan selon elle, pour « prier pour les martyrs » et pour « manifester pacifiquement » après la prière.

La date officielle de l’eid el-Fitr a néanmoins été fixée à mercredi 5 juin, selon l’agence de presse Suna.

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a condamné lundi l’usage excessif de la force par les autorités soudanaises et a appelé à une enquête indépendante.

Depuis le 6 avril, des milliers de manifestants campaient devant le siège de l’armée appelant les militaires à renverser le président Omar el-Béchir. Depuis son éviction par l’armée le 11 avril, les manifestants exigent un pouvoir civil et le départ des généraux.

Les rues de Khartoum étaient calmes lundi soir.

– « Opération conjointe » –

Dans l’après-midi, le nombreux paramilitaires des Forces de soutien rapide (RSF) ont été déployés le long des principales routes de Khartoum. Circulant en pick-up, lourdement armés, ils surveillaient les entrées des ponts sur le Nil.

A l’aube, des tirs provenant du lieu du sit-in ont été entendus par un journaliste de l’AFP, qui avait fait état d’un déploiement important des forces de sécurité dans les rues de la capitale.

La SPA a annoncé dans un communiqué « une tentative du Conseil militaire de faire disperser le sit-in par la force ».

« Nous n’avons pas dispersé le sit-in par la force », a démenti le porte-parole du Conseil militaire, le général Chamseddine Kabbashi, à la chaîne de télévision Sky News Arabia.

Les forces armées et des RSF ont mené « une opération conjointe pour nettoyer certains sites » près du sit-in, a déclaré le Conseil militaire dans un communiqué publié en fin d’après-midi, pointant des « activités illégales » sur ces lieux.

Il a assuré que les RSF comme les forces régulières étaient « ralliées à la volonté de changement » des manifestants, appelant à la reprise des négociations.

Le Conseil militaire avait récemment dénoncé des débordements autour du sit-in, les qualifiant de « menace pour la sécurité », et promis d’agir « avec détermination ». La SPA l’avait accusé « de s’employer à disperser le sit-in pacifique ».

L’ALC a annoncé lundi interrompre « tout contact politique » avec le Conseil militaire. Elle a appelé à « la grève et la désobéissance civile totale et indéfinie » pour « renverser le régime ».

Les relations entre les deux camps se sont tendues à la suite de l’échec le 20 mai des négociations, chaque partie souhaitant diriger la transition post-Béchir.

– « Soutien urgent » –

Selon le Comité central des médecins soudanais, les forces de l’ordre ont par ailleurs tiré à l’intérieur de l’hôpital Charq al Nil, près de Khartoum.

Juchés sur leurs pick-ups, plusieurs hommes en uniformes des RSF encerclaient aussi le Royal Care Hospital dans la capitale, où des dizaines de blessés étaient pris en charge dans le hall.

Le Comité des médecins a demandé le « soutien urgent » d’organisations internationales.

En réaction à la dispersion du sit-in, l’ALC a appelé dans un communiqué à des « marches pacifiques ».

Des manifestations ont eu lieu à Kassala, Gedaref, Port-Soudan (est), Sennar et Atbara (centre) où, selon des témoins, des manifestants bloquaient les rues.

A Port-Soudan, des manifestants scandaient des slogans pour « le renversement du Conseil » militaire, selon un habitant.

Dans un communiqué, Amnesty International a appelé la communauté internationale à « examiner toutes les formes de pression pacifique, y compris des sanctions ciblées » contre les autorités, les militaires étant « responsables de la violente attaque de ce matin contre des manifestants endormis ».

Washington a condamné la répression « brutale et coordonnée, menée par les RSF », exhortant à la formation d’un gouvernement civil, condition pour l’établissement de meilleures relations entre les deux pays.

Pour Londres, le Conseil militaire porte « l’entière responsabilité » de cette « action scandaleuse ».

L’Union africaine et la France ont de leur côté condamné « les violences », sans accuser directement les militaires, appelant à la reprise du dialogue.

Soutiens du Conseil militaire, l’Egypte et les Emirats arabes unis n’ont pas condamné les violences mais ont appelé à la reprise du « dialogue ».

« L’expérience de la région nous a appris qu’une transition ordonnée et préservant l’Etat et ses institutions est le seul moyen d’éviter des années de chaos et de déperdition », a tweeté le ministre émirati des Affaires étrangères Anwar Gargash.

L’Egypte, les Emirats et l’Arabie saoudite sont accusés par les manifestants d’appuyer une « contre-révolution » menée par les généraux. Les trois pays sont hostiles aux soulèvements populaires dans la région.

AFP

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  1. CONDÉ ABOU

    4 juin 2019 at 2 h 15 min

    Sans une condamnation internationale forte et des sanctions dures venant de la part du Conseil de Sécurité des Nations Unies et des États Unis et de l’Angleterre ancienne puissance coloniale, il va être difficile d’obtenir un retour des militaires Soudanais dans les casernes de manière à remettre prioritairement le pouvoir à un Gouvernement Civil.
    Jeune Afrique en a fait plusieurs analyses approfondies de la situation politique sur le terrain et qui est en train de pourrir.

    L’Armée Soudanaise a clairement le soutien fort de l’Egypte qui ne veut pas du tout de mouvement de contestation populaire à ses portes, mais surtout celui de de l’Arabie Saoudite et ses alliés inconditionnels du golfe persique. Le Soudan est un des plus grands soutiens de l’Arabie Saoudite dans la guerre sans pitié qu’elle mène depuis 2015 au Yémen en l’absence de tout mandat des Nations Unies dans ce conflit.

    Selon Jeune Afrique, des sources variées font état de la participation de plus de 10.000 ressortissants Soudanais à la guerre au Yémen depuis son déclenchement.

    Résultats :
    Quel est le deal entre les militaires Soudanais et l’Arabie Saoudite, l’Egypte, et les monarchies du golfe, à l’exception du Qatar ?

    Dans un pays en faillite économique et financière comme le Soudan d’Omar El Bechir, et après avoir perdu l’immense manne pétrolière du Soudan du Sud, il faut bien comprendre que l’Arabie Saoudite et ses alliés inconditionnels soutiennent l’Armée Soudanaise dans la crise actuelle qui endeuille le Peuple Soudanais.

    Toujours selon Jeune Afrique, le Général Abdel Fattah al-Burhane, Chef du Conseil militaire de transition au Soudan, s’est rendu Samedi dernier au Caire pour son premier déplacement à l’étranger depuis qu’il a pris les rênes du pouvoir dans son pays, a-t-on appris de source aéroportuaire.

    Les nouveaux maîtres du pouvoir à Khartoum suivent la voie esquissée par Omar el-Béchir avec le Golfe persique. Le Général qui dirige le Conseil militaire de transition a annoncé que les troupes Soudanaises restaient engagées au Yémen, aux côtés des forces de la coalition dirigée par l’Arabie Saoudite. De son côté, l’Arabie saoudite enverra une aide humanitaire au Soudan.

    En fait, le changement de pouvoir au Soudan ne semble pas avoir ébranlé l’influence de certains de ses alliés Arabes, comme l’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis particulièrement.

    Peu après la destitution du Président Omar el-Béchir le 11 Avril dernier, l’Armée Soudanaise, par la voix du Lieutenant Général Mohamad Hamdan Daglo, a notamment décidé de maintenir sa participation à la coalition emmenée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis au Yémen, a annoncé l’Agence de presse Soudanaise Suna. L’envoi de ces troupes avait été décidé par Omar el-Béchir en 2015.

    Le Général Abdel Fattah al-Burhane, qui a pris la tête du Conseil militaire de transition, a lui-même été commandant des forces terrestres Soudanaises déployées au Yémen, selon les médias Soudanais. On lui prête également de bonnes relations en Arabie Saoudite.

    Dès la prise de pouvoir par Abdel Fattah al-Burhane, le 12 Avril, Riyad et Abu Dhabi se sont empressées de lui apporter leur soutien. L’Agence de presse officielle Saoudienne (SPA) faisait même état d’envoi d’une aide humanitaire de la part du Royaume à la République du Soudan.

    Alliés clés de la crise politique actuelle du Soudan, selon Jeune Afrique

    Omar el-Béchir avait compté sur ses alliances multiples pour sortir de la crise politique, sur fond de tensions économiques. Les Émirats Arabes Unis avaient, selon un officiel Soudanais, apporté au mois de Janvier un financement à hauteur de 300 millions de Dollars US, sans compter une aide en pétrole.

    À la même période, durant un déplacement à Khartoum, alors en pleine insurrection, le Ministre Saoudien du Commerce avait souligné que le Royaume avait aidé le Soudan à hauteur de 2 milliards de Dollars durant les quatre dernières années. L’année 2018 a été celle d’une accélération du partenariat économique soudano-saoudien.

    Des Ministres Saoudiens avaient ainsi visité le Soudan pour des investissements dans l’agriculture, un des principaux secteurs d’investissement des pays du Golfe dans le pays, avec les télécommunications et le BTP.

    Dans la crise qui s’enlise en ce moment au Soudan, une condamnation internationale forte et des sanctions dures, sont la seule solution pour faire plier la Junte militaire devant la contestation populaire.

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