Jammeh en sursis: Nouakchott, Banjul, Dakar, Alpha Condé fait feu de tout bois…

Après plusieurs médiations menées sans succès en Gambie, les présidents mauritanien et guinéen tentaient encore vendredi de convaincre Yahya Jammeh de céder la place à son successeur Adama Barrow, avant l’expiration de l’ultimatum fixé par l’organisation ouest-africaine de la Cédéao, afin d’éviter une intervention militaire.

Les troupes de cinq des quinze pays de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) sont intervenues jeudi en territoire gambien, dans le cadre d’une opération baptisée « Restaurer la démocratie », pour forcer au départ M. Jammeh, qui n’entend pas transférer le pouvoir à M. Barrow.

Adama Barrow, élu au scrutin présidentiel du 1er décembre en Gambie, a prêté serment jeudi après-midi à l’ambassade gambienne à Dakar, ville où il est accueilli depuis le 15 janvier à la demande de la Cédéao.

Mais, pour permettre une « dernière médiation » afin de convaincre Yahya Jammeh de partir en exil, l’opération militaire a été suspendue, et la Cédéao a fixé à M. Jammeh un ultimatum jusqu’à vendredi à midi (heure locale et GMT), a expliqué jeudi à Dakar le président de la Commission de la Cédéao, Marcel Alain de Souza.

Cette nouvelle médiation serait une initiative commune de la Mauritanie, non membre de la Cédéao, et de la Guinée, membre de la Cédéao.

Le Mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz s’était déjà rendu mercredi à Banjul, où il s’est entretenu avec M. Jammeh et des responsables de l’opposition, puis à Dakar, où il a rencontré M. Barrow, accueilli depuis le 15 janvier dans la capitale sénégalaise à la demande de la Cédéao.

Le Guinéen Alpha Condé s’est rendu dans la nuit de jeudi à vendredi à Nouakchott, où il s’est entretenu à deux reprises avec son homologue mauritanien. Aucun n’a fait de déclaration publique.

« Les deux hommes ont ceci de commun d’être contre une intervention militaire en Gambie qui, pour eux, constituerait un précédent dangereux » dans la région, a dit à l’AFP une source diplomatique mauritanienne, sans plus de détails.

Condé devait se rendre à Banjul vendredi, puis Dakar, selon des diplomates en Mauritanie et en Gambie. Il n’était pas clairement indiqué que M. Aziz effectuerait le déplacement avec lui.

– ‘Dernière chance pour Jammeh’ –

« C’est la dernière chance pour Jammeh », a commenté à l’AFP un diplomate en poste à Banjul.

Selon des journalistes sur place, la nuit a été calme dans la capitale gambienne qui, après l’investiture d’Adama Barrow, a enregistré jeudi après-midi des manifestations de joie n’ayant pas été réprimés par les militaires présents.

Le chef d’état-major de l’armée, le général Ousman Badjie, longtemps considéré comme un pilier du régime de Yahya Jammeh, a même été vu participant à la liesse des partisans de M. Barrow.

L’opération « Restaurer la démocratie » a été lancée à partir du territoire sénégalais, dans lequel la Gambie est totalement enclavée à l’exception d’une étroite façade côtière, après le vote unanime d’une résolution au Conseil de sécurité de l’ONU.

Un total de 7.000 hommes de cinq pays – Sénégal, Nigeria, Ghana, Togo, Mali – sont mobilisés, a assuré Marcel Alain de Souza.

Les troupes africaines, entrées par plusieurs points du territoire gambien, ont avancé sans rencontrer de résistance de la part de l’armée ou de la police, a indiqué à l’AFP une source de sécurité gambienne.

Imprévisible et accusé de violations des droits de l’homme par de nombreuses ONG internationales, Yahya Jammeh, arrivé au pouvoir à 29 ans en 1994 par un coup d’Etat sans effusion de sang, dirigeait depuis le pays d’une main de fer.

Malgré les pressions internationales, et abandonné au fil des jours par sa vice-présidente et plusieurs de ses ministres, il s’est obstiné à demeurer en place tant que la justice n’aurait pas statué sur ses recours électoraux.

Le risque de troubles ou d’intervention militaire a poussé de nombreux Gambiens, résidents étrangers et touristes à quitter le pays.

Plus de 45.000 personnes ont fui la Gambie depuis début janvier, en majorité vers le Sénégal, alors qu’un ultimatum a été fixé au président sortant gambien Yahya Jammeh de quitter le pouvoir, a indiqué vendredi le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR).

AFP

 

 

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