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Politique

Pour que Alpha Condé entre à jamais au panthéon des grands hommes de la Guinée…

Si quelque chose n’a pas changé chez Alpha Condé, comme il s’agit de lui, depuis ses années de FEANF (Fédération des Etudiants d’Afrique Noire de France), de Mouvement National Démocratique (MND) et de Rassemblement des Patriotes Guinéens (RPG) jusqu’au Rassemblement du Peuple de Guinée (dernière version du RPG), c’est sa capacité à garder fidèlement « ses secrets politiques ». Stratège fini, il est connu pour être l’homme de la surprise, positive ou négative peu importe. Souvenons-nous de la stratégique décision qu’il a prise en 1993, celle qui a épargné, d’une once, la Guinée de tomber dans une confrontation civilo-militaire. Ainsi, par nature il faut avouer que c’est un homme mûr, surtout politiquement. Or, si la politique est par essence un terrain de bataille idéologique, et pas que, elle est aussi et surtout un champ de réflexion sur le présent et le futur des Peuples. La politique, c’est à la fois la guerre et la paix.

A cet effet, entre le passé de l’homme avec toutes les ambitions nobles qu’il y porta et son présent quelque peu incompris, des questions légitimes se posent : l’acharnement de l’homme à toucher la constitution guinéenne a-t-il une visée d’immortalisation ? Comment changer la constitution et rester à jamais dans les archives d’or de la Nation ? Que doit-faire Alpha CONDE ? En bon guinéen, ces questions méritent d’être pensées et abordées en toute impartialité dans le sens de l’intérêt collectif.

La modification de la constitution en soi n’est pas un crime contre la démocratie si la raison est valable :

Plus besoin que le Président Alpha CONDE dit « de sa propre bouche » qu’il projette de changer la constitution guinéenne. En politique, le discours est vital. Mais l’acte l’est encore plus. Cela dit, il ne fait l’ombre d’aucun doute qu’un projet de modification constitutionnelle est sur table à Sékoutouréya. Les sorties médiatiques tapageuses des cadres de la mouvance présidentielle, les campagnes politiques à l’intérieur du Pays, les chambrages dénués de tout politiquement correct du président de la République sont quelques indices qui doivent rassurer l’opinion nationale et internationale.

Le projet de modification constitutionnelle n’est pas absolument à l’apanage du Peuple. Mais toutefois, seule de sa volonté il se maintient ou pas. C’est pour dire que quelle que soit la procédure, l’aval du Peuple est une condition sine qua non de l’ajustement constitutionnel. Alpha Condé et compagnie ont compris cela. C’est pourquoi dans tous les discours, une formule se lance : « c’est au Peuple de décider ».

Il en est aujourd’hui que, en tout cas chez beaucoup de guinéens, ce changement constitutionnel à certains égards paraît normal et proportionné. Car il est évident que la constitution est l’œuvre d’un ensemble de cerveaux, d’hommes appartenant à une période donnée. Comme tel, son intangibilité n’est pas absolue, d’autant plus les réalités changent d’une période à une autre. D’ailleurs, une constitution sans possibilité de réadaptation au quotidien du peuple passe pour une religion. Ce qui n’est le souhait d’aucun en ce 21ème siècle. Cependant, ce qui préoccupe c’est beaucoup l’aboutissement de l’éventuelle nouvelle constitution. Deux choses, une !

Cette modification peut être souhaitable si elle vise à réguler la vie politique future du Pays :

La constitution est un ensemble de textes qui régit la vie nationale. Comme tel, elle est verticale et transversale, c’est-à-dire prend en compte tous les aspects de la communauté.  Ainsi, elle peut être un remède à l’instabilité politique qui empêche la Guinée de décoller véritablement. N’eût été, par exemple, la modification constitutionnelle entreprise par le Général Charles Degaulle, certains soubresauts intempestifs continuerait à planer dans le cosmos politique français. C’est pourquoi le prix de beaucoup de victoires stratégico-politiques reviennent à Degaulle, artisan de la constitution de la cinquième République jusqu’aujourd’hui en vigueur.

Nous savons tous que la constitution actuelle de la Guinée a été paraphée dans un contexte de précipitation et de tension. Et qui parle de précipitation parle d’imperfection majeure, de course de vitesse et non de fond, d’extemporanéité surtout. Le Pays miné par une dictature de près d’un demi-siècle, déchiré par un coup d’Etat constitutionnel et la dissolution de toutes les instances représentatives du peuple (notamment l’assemblée nationale, la cour constitutionnelle…), agenouillé par des revendications politiques çà et là, il fallait vaille que vaille adopter une constitution pour apaiser les cœurs et organiser en un temps record des élections libres et transparentes. Ce qui fut fait ! Mais conséquences : une constitution à la va vite qui ne prend pas en compte certaines pages du passé et du présent de notre Pays. Par exemple, la Guinée étant un Pays d’honneur dans la lutte pour la libération des pays africains autrefois soumis à l’impérialisme politique de l’Occident, le fait qu’aucun passage ne mentionne la volonté et la disposition intemporelle de cette Guinée et de son peuple tout entier de céder à une partie de leur souveraineté au profit de l’unité réelle de l’Afrique est synonyme de parjure. De même, l’ethnocentrisme qui s’empire en Guinée aurait pu s’amoindrir si des dispositions constitutionnelles et légales étaient prises en la matière. La problématique du quinquennat au regard du cycle de vie des projets en Guinée, la forte subordination de la primature à la Présidence, les délais d’organisation des élections présidentielles, législatives et communales sont autant de points révisibles de notre constitution.

Bref, Alpha CONDE peut bel et bien essayer de défaire notre constitution de certaines de ses imperfections et entrer à jamais au panthéon national. Mais à une et une seule condition : le faire dans le seul dessein de booster la stabilité constitutionnelle du Pays et sans volonté de s’éterniser au Pouvoir.

Il faut esquiver toute modification constitutionnelle visant la reconduite du pouvoir Alpha Condé pour le bien de la République et des citoyens :

Vaincre la tentation de briguer un mandat anticonstitutionnel est le défi majeur que doit relever aujourd’hui notre Président pour éviter le chaos dans notre Pays. Oui le chaos, car le politiquement correct a ses limites, et il est temps d’utiliser les vrais termes pour exprimer les vraies choses. Si le projet de réajustement constitutionnel prévu par le pouvoir Alpha est teinté d’une volonté de s’éterniser, il doit être abandonné tout de suite et maintenant. Sinon, ce serait sans embase non seulement l’un des grands échecs de la Guinée dans sa course vers la conquête de la démocratie et l’Etat de droit, mais aussi et surtout une négation systématique de soi et de sa conviction de la part d’Alpha CONDE. Se battre durant quarante (40) ans pour une cause, et saboter cette cause à peine acquise est la pire erreur, non plutôt faute professionnelle qu’un politique puisse commettre. La démocratie guinéenne vient de naître. Il faut l’allaiter avec l’alternance et le respect des textes intangibles et sacro-saints de la constitution pour qu’elle grandisse et s’épanouisse véritablement. La moindre erreur lui sera d’un coup fatal. Alpha CONDE sait plus que n’importe qui le combat qu’il a fallu, les innombrables sacrifices qui ont été consentis pour en arriver là.

En tant qu’observateur, non pas analyste politique, tout excès sur la limitation des mandats occasionnera soit l’explosion d’un affrontement civil d’ampleur, soit le retour au pouvoir de l’armée. Aujourd’hui, nous savons tous que la Guinée sur le plan social est dans une posture de haine et de méfiance ethniques. De l’autre côté, il faut craindre le retour de l’armée aux commandes de la République. Nous savons tous que l’armée guinéenne est nostalgique des années conté, années pendant lesquelles elle était blanchie et choyée. La moindre pagaille de la part des civils constitue une raison valable pour elle (l’armée) de mettre le pays sous sa tutelle. Et ni l’un, ni l’autre honorera Alpha CONDE et ne le propulsera vers l’idéal qu’il a toujours chéri, celui d’être le « Mandela » de la Guinée.

Pour finir, jusqu’à ce jour le peuple de Guinée croit en la conviction politique et au patriotisme national et continental de Alpha CONDE. Le Pays est conscient des grandes œuvres qui sont siennes, notamment l’atteinte de la fameuse promesse « Guinea is back » par le retour du Pays sur la scène internationale, la bataille énergétique et numérique qu’il a presque gagnée, la rénovation infrastructurelle et l’instauration tant bien que mal d’une culture démocratique par la liberté de la presse. Toutefois, il lui revient, à lui-seul, le choix de pérenniser cette confiance en prenant l’une des décisions, certainement, la plus difficile de sa carrière d’homme politique : faciliter l’alternance en 2020.  Cela fera de lui le véritable MANDELA de la Guinée qu’il a toujours voulu être et l’inscrira en lettres d’or sur la liste des grands hommes qui ont fait la Guinée. Être Mandela, n’est-ce pas œuvrer pour la paix ? Le Peuple de Guinée sait qu’il y arrivera, car c’est lui qui a déclaré en 1993 que son souhait n’est pas de présider les cimetières. Acceptera-t-il d’asseoir « un troisième sur des cadavres » ? Le Peuple de NON croit que non !

Karamoko Billo CISSE, Citoyen guinéen

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