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Témoignage : Abdoulaye Banks Kéita du Syli National s’en est aussi allé (Par Moïse Sidibé)

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Parlant du Syli National, peut-on retracer son parcours glorieux sans parler de Abdoulaye Kéita Banks ?

Dans les débuts des années de gloire du football guinéen, après la retraite de l’inamovible gardien Morlaye Camara, sa succession dans le but était houleuse et disputée entre Sagno Mamadi, Remethere, Bernard Sylla, Morciré Sylla et Abdoulaye Banks Kéita. Je profite de l’occasion pour présenter mes excuses à Bernard sylla, quand dans un trou noir de mémoire et de confusion, je lui avais dénié sa participation à la Finale de Kampala en 1972 entre le Hafia et le Simba FC de Wandera. Je me rappelle qu’après avoir pris une frappe en pleine figure de Abana, des Rangers Enugu lors d’un match du Kaloum Star en coupe d’Afrique des clubs champions, en 1971, il avait été pour un long temps éloigné des compétitions ; c’est dans cette période de réforme du football guinéen que sont nés L’ASK, l’ASFAG, le Horoya FC et le Hafia de Conakry-2, équipe qui regroupait les meilleurs footballeurs de la capitale. Bernard n’avait pas pris part au match aller, mais au retour, si. Mais entre 1973-74, c’est Abodulaye Banks Kéita qui gardait les perches du Syli et du Hafia jusqu’au retour en forme de Bernard à partir de 1975.

Pendant au moins deux ans, Abdoulaye Banks Kéita avait tenu haut le drapeau guinéen. Sa petite taille était compensée par un sens de placement admirable et par une détente féline. Banks Kéita deviendra par la suite l’entraineur de différentes équipes de première division de Conakry, notamment de l’ASFAG (association des forces armées de Guinée). Une équipe qui tenait bien la dragée haute au Hafia, à l’ASK et au Horoya.

Ce Banks Kéita est un ami d’enfance depuis 1961, à Landréah. Un gars affable mais susceptible, impulsif, provocateur, querelleur, qui a passé toute sa vie au stade du 28 Septembre et pour le football, comme Petit Sory, d’ailleurs.

Avec Ablo Sylla, professeur à Gamal, section informatique ou machin de ce genre, et d’autres galopins de Landréah, bien qu’on était tous des amis de 8-10 ans, on se faisait la guerre avec des épaves d’orange sucée. A cet âge, un nouveau dans un milieu est toujours mis à l’épreuve par les autres, comme partout. A Landréah, le bizutage était sévère. Il avait fallu en découdre une fois pour toutes pour être admis.

La guerre de Dien Bien Phu était de fraîche mémoire. Le clan des Ablo et Banks disait : c’est un Vietnamien, il connait bien la guerre, faisons-lui la guerre, pour voir. S’ils se le disaient pendant mon absence, personne ne voulait s’avancer le premier. On a commencé à faire la guerre en se canardant avec des épaves d’orange. Je les poursuivais jusque dans Dixinn-Foula. Les Amadou Kassé, qui me voyaient poursuivre d’autres qui fuyaient à perdre haleine, fuyaient aussi.

Dans ce jeu de la guerre, Abdoulaye Banks ne me la faisait pas franchement, il me ménageait par sympathie, je le ménageais par sympathie, c’est-à-dire qu’on se loupait et on s’épargnait volontairement. Les jours suivants, pendant que les autres rasaient le mur, c’est Banks qui venait me chercher pour aller au terrain…

Avant la construction des gradins et la tribune du Stade du 28 Septembre, les travailleurs avaient assemblé du sable en une haute dune de deux ou trois mètres de haut sur plusieurs dizaines de mètre d’étendue à l’endroit actuel du stade annexe du 28 Septembre. C’était un endroit idéal pour lutter et pour s’éprouver. Je ne me rappelle pas avoir terrassé quelqu’un ni que quelqu’un me l’ait fait mais je me rappelle, grâce à Ablo, qui m’avait rappelé que par traitrise et par surprise, ils m’avaient, un jour, enfermé dans un sac de 100 kilos de riz, ils l’ont transporté jusqu’au garage des machines et engins de construction des Russes, à l’endroit actuel du campus de l’université. De peur et de panique, ils ont laissé tomber le sac, je poussai un cri de douleur et ils ont détalé ; le sac n’était pas bien attaché. Ils avaient décidé que c’est Abdoulaye qui viendra me détacher. Malheureusement pour eux, je m’en étais délivré sans aide et j’ai rampé jusqu’au pied de la dune. Ils étaient en toute conversation au sommet. Quand j’ai poussé un cri de victoire, la débandade fut telle que, malgré les rares véhicules qui circulaient à Conakry à cette époque, certains avaient failli se faire écrabouiller…

Conakry est petite, mais je n’ai jamais rencontré Abdoulaye Kéita, bien que je venais au stade régulièrement. Ce n’est que plus de 40 ans après, un jour de 2007 ou 2008, Bebel, un autre phénomène, me proposa de venir voir l’atmosphère au « Waterloo », sur l’esplanade du 28 Septembre. Et pour me convaincre, il me mit au défi de dire que je suis copain à Banks. Quand je fus devant ce dernier, il s’est mis à m’enlacer chaudement et à me présenter à tous ses amis. Banks n’était pas un solide suppôt de Bacchus, à notre sortie de Waterloo, il était KO. Il me dit qu’il ne pourrait pas m’accompagner pour connaitre chez moi, qu’on le fera la prochaine fois. Je n’avais aussi aucune envie qu’il m’accompagnât, vu qu’il allait nous envoyer dans le décor. Je lui dis que mon meilleur compagnon était un taxi, c’est toujours plus sûr, mais Banks interpella quelqu’un en tenu de CMIS : Bafoe ! accompagne-moi mon ami chez lui. Bafoe se mit au garde-à-vous et m’indiqua avec cérémonie un véhicule sombre et sinistre. Plutôt ramper que de monter dans un saladier de la CMIS. Je déclinai l’offre et lui dis que je prendrai un taxi…

On dit qu’il était d’humeur acariâtre avec beaucoup, mais avec moi, il a toujours été affable, avenant et chaleureux.

Avec sa disparition, je viens de perdre mon premier ami en Guinée. Nous avions eu le même amour accaparant pour le football, mais c’est lui qui a atteint le but supérieur de toutes les aspirations de son rêve d’enfance, à savoir jouer en équipe nationale sur le gazon qu’on a vu planter et les gradins et la tribune du stade qu’on a vu construire. Dans ce domaine, c’est un homme plus que comblé qui s’en est allé. Malgré que le symposium organisé à sa mémoire n’avait pas atteint tout l’effet escompté à cause de la pluie diluvienne qui s’était abattue sur Conakry ce vendredi 5 Juillet 2019, qu’importe, puisqu’il a été accompagné à sa dernière demeure !

Dors en paix, cher ami, tes amis te reconnaîtront, là où tu t’en es allé…

Moïse Sidibé

 

 

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