Violences à Mali : le colonel Issa Camara livre (enfin) sa version… à la barre

Le procès du commandant du camp d’infanterie de Mali, préfecture enclavée de la Moyenne Guinée, au nord de Labé, colonel Issa Camara et Cie s’est poursuivi dans l’après-midi d’hier lundi 15 janvier au tribunal de première instance de Labé, abritant le tribunal militaire à formation. Après les échanges entre avocats de la partie civile et de la défense sur la procédure dont le statut de la personne devant juger l’officier, la parole a été donnée au colonel Issa Camara lui-même. Il était 17heures 46 minutes. Dans une tenue militaire, apparemment détendu, doigts parés de multiples bagues, le colonel a commencé par remercier l’assistance avant de nier en bloc les faits qui lui sont reprochés.

 

Depuis que je suis à Mali, chaque vendredi, avant le sermon de l’imam, c’est moi qui prenais la parole

A l’en croire, « tout a commencé le vendredi 17 juin 2016. Chaque jour, depuis j’ai commencé à servir à Mali, chaque vendredi, avant le sermon de l’imam, c’est moi qui prenais la parole. Un jour, au mois de ramadan, je partais chez le premier imam pour le saluer vers 10 heures, j’ai croisé un jeune à un endroit où il n’y avait qu’un seul passage, à côté du commissariat. C’est un jeune qui avait un camion qui faisait marche arrière. Je lui ai dit de libérer le passage, il a refusé avec une indiscipline totale. C’est ainsi que je suis allé au commissariat, un inspecteur qui était en civil est sorti, je lui ai demandé de se tenir prêt, nous allons faire débarquer le petit. Comme il a insisté, on lui a donné 5 coups de fouet et je suis rentré chez moi.

 

J’ai dit aux gardes de ne pas riposter. J’ai ouvert le grand magasin, j’ai fait rentrer toutes les armes

Vers 12 heures le même jour, j’ai entendu des cris, les syndicalistes se sont réunis chez le préfet qui leur a répondu d’aller à Labé. C’est ce qui a motivé les jeunes à faire des saccages ». Et d’ajouter :« j’ai dit aux gardes de ne pas riposter. J’ai ouvert le grand magasin, j’ai fait rentrer toutes les armes. Ils (les manifestants) voulaient saccager le camp de Mali, j’ai informé tous mes supérieurs, j’ai sommé à tous les militaires de rester au camp.  D’habitude si ça ne va pas à Mali, c’est le préfet qui amène les militaires pour maintenir l’ordre. Mais, ce jour il ne l’a pas fait.

 

 Un certain Kankouma a fait un communiqué à la radio rurale [de Mali] pour demander aux gens de venir saccager le camp militaire

Vers 16 heures, le gouverneur est venu, lui et sa suite sont directement partis à l’hôpital pour demander s’il y a des blessés, on leur a dit non. Après le commandant de région est venu au camp, a son arrivée, j’ai donné ma ration, je leur ai demandé s’il y a eu des renforts, ils m’ont dit non. Le gouverneur a dit ensuite : ’’je suis content de vous, si Issa Camara à qui on disait bravo à Mali, c’est lui qu’on hue aujourd’hui, on va régler’’. Après le gouverneur me dit qu’il va aller rencontrer la notabilité pour régler la situation. Après, un certain Kankouma a fait un communiqué à la radio rurale pour demander aux gens de venir saccager le camp. Suite à cela, les populations se sont révoltées contre les familles des militaires.

A mon fort étonnement, c’est lorsque le gouverneur [de région Sadou Keïta, ndlr] est parti rencontrer les notables que j’ai entendu des tirs. Ce sont des gens qui sont contre moi qui ont mis le feu aux poudres

Un forestier (Guinéen originaire du Sud de la Guinée, ndlr) est venu me dire devant le commandant de région qu’ils ont pillé les domiciles des militaires. Lorsque le gouverneur a rencontré les notables, ces derniers ont reconnu que durant les 6 ans que j’ai faits à Mali, aucun militaire n’a volé un citoyen. Moi je ne me reproche de rien. A mon fort étonnement, c’est lorsque le gouverneur est parti rencontrer les notables que j’ai entendu des tirs. Ce sont des gens qui sont contre moi qui ont mis le feu aux poudres puisqu’ils voulaient une partie riche en or, j’ai refusé de leur donner. C’est pourquoi, ils ont incité les gens à se révolter. Ce sont des accusations pures et simples, je les rejette. Mais après tout, lorsque je suis allé à Conakry, tous les chefs d’état-major étaient regroupés pour écouter ma version sur ce qui s’est réellement passé. Lorsque j’ai expliqué, certains parmi eux ont pris leurs têtes ».

L’audience sera suspendue vers 18 heures 30. Elle reprend ce mardi à 09 heures avec les avocats des deux parties.

Pour rappel, les 17 et 18 juin 2016, des militaires, sous la commande du colonel Issa Camara, alors commandant du camp d’infanterie de Mali, sont accusés d’avoir commis des exactions sur des citoyens de la commune urbaine de Mali. Plusieurs personnes ont été blessées dont 5 par balles, plus de 40 boutiques et magasins pillés dont certains incendiés.
Nous y reviendrons…

 Tidiane Diallo, correspondant régional

620 44 25 83

 

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