18 ans à l’étranger, Kadé Sanoh rentre au pays : ‘’j’appelle la diaspora à venir construire la Guinée’’

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 Kadé Sanoh, c’est son nom. La cinquantaine, commerçante de profession, née à Kankan, ville de la Haute-Guinée, a eu l’idée de l’aventure à l’âge de 17 ans. Sortie de l’école coranique, ‘’la femme forte’’ comme on l’appelle, n’a pas eu la chance de fréquenter l’école française. Très jeune, elle a quitté la Guinée pour l’étranger à la recherche du bien-être. ‘’KS’’ va passer plusieurs années en occident, avant de retourner, 18 ans après, dans son pays pour contribuer à l’éducation scolaire des enfants.

Ce samedi, elle a abordé avec Mediaguinee, des thèmes relatifs au rôle de la diaspora dans le développement de la Guinée, la lutte contre l’immigration clandestine, l’assistance aux démunis.  Entretien…     

Madame, bonjour. 18 ans passés à l’étranger, vous décidez de retourner dans votre pays. Dites-nous d’où est partie cette idée de revenir au bercail pour aider les compatriotes ?  

Ce sont beaucoup de personnes qui vont en occident, même nos enfants passent par tous les moyens pour partir. Mais, le problème ne se situe pas au niveau du départ, c’est comment se retourner dans son pays. Moi, je ne pensais pas si j’allais partir en occident mais, j’ai commencé de voyager quand j’avais 17 ans. J’ai eu des enfants très tôt, mon mari est décédé.

Avant que je n’aille en Amérique, je faisais des tours en Europe. Je partais prendre des voitures en Allemagne pour venir vendre en Côte d’Ivoire. Après, je suis allée en Amérique. Quand tu pars en Amérique, il y a deux choses : si tu te fixes l’objectif que tu es parti pour rester, tu vas rester. Si tu mets en tête que tu vas pour faire un temps et venir aider tes compatriotes, tu vas retourner.  

Avant que je ne sorte, dans mon enfance, j’étudiais à l’école coranique. Mon père disait, ‘’il faut que tu étudies l’arabe’’. Après 15 ans, j’ai arrêté pour aller en aventure. Après 18 ans, en 2017, j’ai dit qu’il faut que je rentre dans mon pays. Les gens doivent comprendre qu’il est difficile de vivre ailleurs. J’avais une boutique en Amérique où des femmes venaient acheter les choses. J’ai pensé à beaucoup de choses. Moi, je n’ai pas été à la Mecque, mais j’ai fait partir 6 personnes. Je voulais partir cette année mais, à cause de la pandémie, Dieu n’a pas voulu.

Après toutes ces années passées hors de votre pays, lorsque vous êtes rentrée, quel constat avez-vous quant à l’évolution actuelle de la Guinée.   

Quand je suis rentrée en Guinée, j’ai constaté un changement. Beaucoup de personnes ont parlé mais, on ne peut pas fuir son pays. Etant commerçante, en 2O17, j’ai ouvert une galerie mais, ça ne marchait pas. Un an après, j’ai revendu mes marchandises aux Libanais…

Justement après avoir posé vos valises en Guinée, quelques années après, vous avez pensé à la construction de deux écoles. Pourquoi le choix de l’éducation comme domaine d’intervention ?

Un jour, j’ai pris mon ingénieur, je lui ai dit d’aller m’accompagner voir mon terrain. Il m’a dit ‘’il faut construire une école ici. Il n’y a aucune école dans cette zone ’’. C’est à Fassia, dans Manéah, préfecture de Coyah. J’ai demandé si on peut construire une école ici, il m’a dit ‘’oui’’. Après, il m’a fait un plan. Il m’a dit qu’on peut avoir 40 salles en exploitant le domaine, j’ai dit mais, c’est coûteux. Je lui ai dit que je voulais avoir une école franco-arabe. On a commencé les travaux en 2018. J’ai commencé mes démarches, parce que moi, je ne suis pas une politicienne. Je ne cherche pas à avoir un bureau, je suis une commerçante. J’ai dit que si j’arrive à construire une école, si mille enfants entrent là-bas, mille enfants ont quitté la rue. Donc, Dieu merci, j’ai fini l’école en novembre 2020. Nous avons fait l’inauguration le 14 novembre dernier. Les imams sont venus, les enseignants étaient massivement présents, les autorités éducatives de Coyah sont venues. Je voulais en faire une école privée, mais j’ai constaté que les parents n’auront pas les moyens de scolariser leurs enfants. Un jour, avec un imam de l’une des mosquées que j’accompagne, je suis allée voir l’imam de l’Arabie Saoudite. Je lui ai dit que je veux confier le nom de mon école au roi de l’Arabie Saoudite pour lui rendre hommage pour tout ce qu’il fait pour l’islam.

Pourquoi vous avez décidé de donner le nom de l’école au roi de l’Arabie Saoudite ?

Moi, je ne suis pas allée à la Mecque. Je sais qu’en une année, des milliers de personnes vont à la Mecque. Nous partons là-bas pour demander la grâce de Dieu. Et celui qui prie là-bas toutes les heures ? J’ai dit que je veux confier le nom de l’école au roi, pour qu’il puisse prier pour la Guinée, le gouvernement, et nous les citoyens. Dieu m’a aidée et j’ai terminé le travail. L’école s’appelle ‘’Roi Salmane Ben Abdelaziz Alsaoud’’.

En regardant ces documents, je vois beaucoup de satisfécits. Vous avez accompagné combien de mosquées ?

J’ai une fondation qui s’appelle ‘’FonKass’’. Dans ce quartier, je suis entrée dans une mosquée, et quand il a plu, nous avons tous été mouillés. On a cherché des caoutchoucs pour se mettre à l’abri. J’ai constaté que nos moquées ont souvent des problèmes de ventilateurs, j’ai envoyé beaucoup de ventilateurs pour aider les musulmans. Vous savez, nous sommes tous des musulmans, nous devons nous engager pour aider les autres. J’ai participé à la construction de plusieurs mosquées dans la capitale ici. Je ne le fais pas seulement dans mon quartier, j’ai fait dans plusieurs autres. C’est pourquoi, j’ai reçu des satisfécits.  

L’autre sujet, c’est l’immigration clandestine. Aujourd’hui, ils sont nombreux des jeunes qui quittent la Guinée pour passer par la mer méditerranée afin d’arriver en occident. Vous qui avez fait des années à l’étranger, comment analysez-vous cette situation ?

Ce que je dis à nos enfants qui vont en occident en traversant la mer… Dès que moi je rentre à Paris (France), je passe la journée à pleurer. Nos enfants qui ont traversé la mer, certains sont devenus des fous. Ils sont allés installer des tentes dans la brousse sans eau, hommes et femmes sont couchés là-bas. J’ai vu de mes propres yeux cette réalité. Le matin, ces gens sortent pour mendier sous les ponts. Ils n’ont pas de papier. Si tu n’as pas de papiers en occident, tu ne peux pas travailler… Je lance un appel à nos enfants de rester en Guinée. Vous n’allez pas savoir qu’il est difficile de vivre à l’étranger sauf quand vous sortez. Alors, qu’ils se ressaisissent et qu’ils restent dans leur pays.

Aujourd’hui, vous vous battez pour l’idée selon laquelle les Guinéens qui ont fait des années en occident, sans situation normale, doivent revenir dans leur pays pour participer à sa construction. Quel appel lancez- vous à la diaspora guinéenne ?

Quelle qu’en soit la durée du bois dans l’eau, il ne deviendra jamais un crocodile. Ce sont des soucis qui poussent une personne à quitter son pays pour aller en aventure. Certains sont en Amérique, ils ont fait plus de 40 ans. Ce que je peux leur dire, c’est de ne pas avoir peur, de revenir dans leur pays. C’est nous qui devons construire ce pays. Si tu n’as pas construit, quand tu arrives, si ton parent a 5 maisons, tu peux trouver où dormir. Je connais beaucoup de personnes en Amérique, ils ont des passeports américains, ils ont fait plus de 30 ans, ils n’ont rien là-bas. J’appelle la diaspora à venir construire la Guinée. Les gens souffrent et ne veulent pas revenir dans leurs pays. Je ne regrette pas d’avoir eu l’idée de rentrer, parce que c’est chez moi.

Le Président doit aider ceux qui viendront. Il faut trouver du travail pour ceux qui ont étudié. Pour les commerçants, il faut faciliter l’accès aux crédits dans les banques.

Réalisé par Mohamed Cissé

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