20 ans après Yaguine et Fodé : ‘’la Guinée n’oublie pas ces deux jeunes morts en tentant de rejoindre l’Europe’’

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Il y a tout juste 20 ans, les corps de deux adolescents guinéens étaient retrouvés dans le train d’atterrissage d’un avion de la Sabena, à l’aéroport de Zaventem. L’autopsie révélera que ce sont les températures polaires régnant dans le train d’atterrissage ont causé leur décès. Ils s’appelaient Yaguine Kaïta et Fodé Tounkara. Ils avaient 14 et 15 ans et avaient des rêves de vie meilleure en Belgique. Depuis toujours, ils savaient, que dans le bidonville où ils ont grandi, les rêves ne se réalisent jamais.

Dans la main de l’un d’eux, les autorités retrouvent une lettre manuscrite. Yaguine et Fodé y délivrent un message qui bouleversera la Belgique et le monde entier. Dans ce courrier, ils évoquent la guerre, le manque de nourriture, la maladie et la pauvreté qui règne dans leur pays. “Aidez-nous ! Nous souffrons énormément en Afrique” écrivent-ils. Les deux jeunes Guinéens s’adressent également aux responsables européens. Ils leur réclament plus d’éducation et “font appel à leur solidarité et leur gentillesse pour porter secours au peuple africain.”

20 ans plus tard, les parents racontent…

À la mi-juillet, Loïc Fraiture s’est rendu en Guinée Conakry. Ce trentenaire fait partie des fondateurs d’une association belge de soutien aux réfugiés, baptisée “Amitiés sans frontières”. Parmi les membres de ce mouvement, des citoyens qui ont participé au rapatriement des deux corps en 1999 et également aidé les parents à organiser les funérailles de Yaguine et Fodé. À l’occasion du 20e anniversaire, Loïc est parti sur les routes empruntées par les deux adolescents lors de leur exil. Il était accompagné de huit autres Belges, dans son voyage. Et sur leur parcours, il y avait ces retrouvailles avec la famille des deux adolescents décédés, à l’occasion des commémorations de leur mort. Un moment très fort pour chacun. “C’était très émouvant, car c’était donc nous qui avions fait les démarches de rapatriement. Ils étaient très reconnaissants pour tout ce que nous avions pu faire. Les revoir était un moment d’émotion”, se souvient Loïc dans un sourire.

Auprès de leurs amis belges, les parents témoignent. Ils partagent leurs souvenirs avec Yaguine et Fodé. Le papa du premier leur raconte les derniers jours de son fils, et cette anecdote autour de la fameuse lettre retrouvée dans la poche de l’un des deux ados. Il nous a raconté les avoir surpris dans la chambre de Yaguine. Ils étaient en train d’écrire la lettre, en fait, et ils ont menti. Ils ont dit qu’ils étaient en train de faire leurs devoirs. Il a ensuite fallu attendre 3 ou 4 jours pour avoir des nouvelles de la disparition“, se souvient Loïc. Son père ne s’est, en effet, pas tout de suite aperçu que son fils et son ami avait quitté la Guinée. “Il a interrogé les amis, des proches. Il y avait des indices, mais aucune preuve suffisante de leur départ. C’était donc l’attente. La maman de Fodé ne s’y attendait pas non plus“, précise Loïc Fraiture.

Aujourd’hui, la tristesse réside toujours dans le cœur des parents. Tout comme l’incompréhension car 20 ans plus tard, le père de Yaguine est toujours sans réponse sur les circonstances entourant la mort de son fils. “Pendant plusieurs jours, il n’y a eu aucune information. Une fois que les corps ont été rapatriés, ils n’ont pas pu les identifier. Il n’y a pas eu non plus d’autopsie. Et donc, il y a toute une série de choses imprécises sur cette affaire. Est-ce qu’ils sont morts dans le train d’atterrissage ? Est-ce que les corps ont été retrouvés dans une caisse, à l’intérieur du cargo ? On ne sait pas très bien. La maman de Fodé, elle, est plus apaisée. Elle est toujours très triste d’avoir perdu son fils dans de telles circonstances. Elle nous a aussi beaucoup touchés. Lors de la commémoration au cimetière, elle a (…)

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