Délestages à Conakry : les dessous d’une affaire carabinée…

Il y a quelques jours, l’entreprise Electricité de Guinée a justifié les perturbations sur son réseau en indexant du HFO qui a été livré à ses centrales thermiques. Un version qui n’est pas corroborée par les résultats des analyses effectués par la Société générale de surveillance.

Quelques heures de délestages ont provoqué un malaise au sein de l’Electricité de Guinée (EDG), l’entreprise publique dont la gestion est assurée par le Français Veolia.  Dans un communiqué rendu public le jeudi 29 novembre, l’administration générale de l’entreprise justifiait les « perturbations » intervenues dans la nuit du 26 au 27 novembre par « un problème observé au niveau de la qualité de carburant HFO ».

Plus loin, EDG poursuit « l’achat, le transport maritime, le stockage dans les grands bacs au centre-ville de Conakry ainsi que la livraison de carburant aux centrales thermiques ne sont pas de son ressort et ne rentrent pas dans le champ des responsabilités et missions qui lui ont été confiées ». Les choses ne sont pas si simples, surtout pour l’entreprise Octogone Trading Oil (Octogone), la compagnie qui depuis juin 2018 importe le mazout destiné aux centrales d’EDG…

Présente dans plusieurs pays dont la Suisse et la France, Octogone est une compagnie privée créée en 2007 par l’homme d’affaires béninois, Razack Saka. En Guinée, l’entreprise a remporté en mai un contrat de plusieurs dizaines de millions de dollars USD précédemment détenu par la Mauritanienne Star Oil. Les informations recueillies par Médiaguinée montrent que les économies réalisées par l’Etat guinéen entre les deux contrats (environ 12 à 15 millions de dollars USD par an), ont été un argument déterminant pour la signature du contrat avec l’entreprise béninoise.

En réalité, sous pression, l’EDG n’a pas attendu le résultat des analyses faites par la Société Générale de Surveillance (SGS), pour publier son communiqué dont la version est démentie par les faits. En effet, suite aux prélèvements effectués, tous les échantillons de mazout (HFO) analysés par la suite ont prouvé la bonne qualité du HFO livré par Octogone.

L’entreprise publique continue paradoxalement d’émettre ses doutes sur un produit qu’il utilise pour les quatre centrales (Kaloum1, Kaloum2, Kaloum3 et Kaloum5, tous alimentés par pipeline) qui lui fournissent l’énergie. Nos investigations nous ont permis de savoir que l’administration générale d’EDG pointe du doigt les groupes G31 et G32 de Kaloum3 qui utilisent pourtant le même HFO que les autres groupes thermiques installés à Kaloum, au centre ville de Conakry, et à Kipé, en banlieue. Au départ des importations, c’est la très sérieuse compagnie Stewart Inter Sea qui vérifie systématiquement la conformité du produit avec les normes imposées en Guinée…

L’attitude des responsables d’EDG commence d’ailleurs à soulever dans l’entourage d’Octogone Trading oil des soupçons de conspiration visant à les écarter du business en Guinée. La compagnie qui fournit le mazout à EDG a également comme clients des multinationales comme Total ou Vivo Energy. Jusqu’à maintenant, aucune plainte n’a été enregistrée dans ce sens de la part de ces deux entreprises. Aux dernières nouvelles, il n’est pas exclu qu’un autre laboratoire étranger soit sollicité pour refaire les analyses.

Pour notre part, nous avons envoyé par email des questions à l’administration générale d’EDG sans parvenir à obtenir de réponses. Interrogé par Médiaguinée, le ministre des hydrocarbures, Djakaria Koulibaly, a souligné que le processus de contrôle du carburant avant le dépotage était rigoureux et sûr.

Ces incidents se déroulent au moment où le contrat de gestion de Veolia est publiquement remis en cause par les autorités et ne sera probablement pas renouvelé (il prend fin dans quelques mois), si on se fie aux déclarations des autorités guinéens dénonçant la « faiblesse » des performances de l’entreprise EDG.

De son côté, Veolia soutient avoir amélioré la situation de l’entreprise en affirmant avoir réduit les temps de coupure de 31% et augmenté la production de 69%. Selon la compagnie, le nombre de clients d’EDG est passé d’environ 238000 en 2015 à un peu plus de 400000 en 2018.

Le réseau interconnecté d’EDG est basé sur les barrages hydroélectriques (58% de la puissance installée) et les centrales thermiques (un peu plus de 42%). Selon nos sources, les barrages hydroélectriques offrent une puissance installée d’environ 365,4 MW ; à lui seul Kaleta peut produire 240 MW mais moins de 70 MW en période d’étiage. Les centrales thermiques, elles, n’offrent pas plus de 226 MW au réseau.

Saliou Samb et Mamadou Savané

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