MUSIQUE- Dimedi, comme un retour aux sources…

Pour son tout premier album en solo, Hassanatou Camara, Natu de son nom d’artiste, ex-star locale du groupe de rap Ideal Black Girls, a surpris son monde en lui servant un mixte de soul, de salsa, avec un zest de blues et de rock qui donne le frisson. La jeune femme passe son message en plusieurs langues et surprend par l’ambition qui fonde son nouveau projet musical sorti de l’environnement bouillonnant de la world music.

« Détonnant », « extraordinaire », « travaillé », les superlatifs ne manquent pas pour qualifier le travail assez abouti de l’ancienne rappeuse lead vocal des IBG. Elle, la Guinéenne d’une trentaine d’années, qui s’est retrouvée au cœur de New York, la métropole américaine, entre sonorités diverses et tendances puissantes, a réussi un retour sur scène des plus inattendus. Comme pour conforter l’adage selon lequel « c’est dans les épreuves qu’on forge les grands destins », Natu va subir durant l’année 2007 un choc émotionnel des plus traumatisants : la perte de son mari, celui-là même qui lui donnait ce souffle d’énergie lui permettant de supporter à la fois le dépaysement et cette nouvelle vie où le temps passe plus vite que les TGV de la « Grosse pomme ». Découragée, l’artiste va se recroqueviller sur elle-même. Elle passera 4 années difficiles, coupée de toute forme d’inspiration.

Mais tout a une fin. Vers 2012, Natu décide de reprendre son destin en main, encouragée par le cinéaste guinéen Cheick Fantamady Camara. « Il m’a fait comprendre que la vie doit continuer », affirme l’artiste qui souligne avoir passé le reste de son temps à New York essentiellement à la recherche musicale.

Au bout de ce chemin de croix, l’artiste renaît. Une partie de son appartement est entretemps transformé en studio ; elle y puise son inspiration, teste ses projets, chante, joue de la musique, arrange elle-même ses tubes. « Quand j’ai décidé d’acheter ma première guitare, après avoir été séduite par le talent de l’incroyable Ali Farka Touré, je ne savais même pas jouer de cet instrument », explique-t-elle.

Natu produit un album de 13 titres qui reçoivent tous un accueil favorable chez son tout nouveau public. Mais le must semble être le tube « Dimedi » (l’enfant, titre numéro 10 de l’album) qui sonne comme un retour aux sources. L’artiste confie qu’elle y rend indirectement hommage à sa grand-mère disparue ; celle-là à qui elle aimait rendre visite quand elle n’était qu’un bout de pomme, sans le moindre souci.

« Il ne faut pas grand-chose pour donner le sourire à un enfant. Ses plaisirs sont simples : sentir qu’on l’aime, pouvoir cueillir lui-même sa mangue, sa goyave, boire du lait frais, etc. J’étais dans cet état à cette époque. A mes parents, je disais toujours que je préférais aller voir ma grand-mère au village », raconte Natu qui affiche désormais des dreadlocks bien fournis.

« Le public adore le titre Dimedi. Quand je l’ai joué la première fois au Centre culturel franco-guinéen, l’accueil des gens était extraordinaire », souligne-t-elle.

Désormais confrontée aux réalités impitoyables du showbiz,  la charmante dame à la voix suave entrevoit une carrière future, tout en restant consciente du chemin qu’il lui reste à parcourir. Naturellement, elle souhaite « avoir les moyens de se produire à travers le monde » pour se livrer à sa grande passion : la musique.

Agressée, dénaturée, offrant peu de marge à l’inspiration, la musique guinéenne folklorique est dans l’impasse. En panne d’inspiration. C’est ce qui donne du sens au chemin emprunté par cette femme au caractère forgé par la vie réelle. « Je ne suis pas et je ne veux pas être dans des louanges qui ne peuvent soutenir un projet musical crédible », martèle-t-elle.

Ainsi, du bon « vieux » rap à la soul, Natu, l’une des rares africaines dans son nouveau genre, a fait sa mue. Sa forte personnalité devrait lui permettre d’aller loin. Peut-être au-delà de ses propres espérances. C’est tout le mal qu’on lui souhaite.

Saliou Samb

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