Abattage des zébus en Forêt : la chambre régionale de commerce de N’zérékoré indexe Tiégboro

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Depuis quelques semaines, les autorités régionales ont demandé aux éleveurs de zébus de quitter la région administrative de N’Zérékoré. Le sujet était donc au cœur d’une rencontre tenue ce mardi 02 juin 2020 à la chambre régionale de commerce qui a réuni les éleveurs, les bouchers ainsi que les présidents des chambres préfectorales du commerce de la région administrative.

Cette rencontre a été présidée par Makan Camara, première autorité régionale du commerce. Dans son intervention de circonstance, il n’est pas passé par quatre chemins pour tacler le colonel Moussa Tiégboro qui, selon lui, a autorisé les villageois de fusiller les zébus

« Tout le problème que vous avez aujourd’hui a été occasionné par le colonel, car c’est lui qui a donné l’instruction aux villageois d’abattre tous les zébus. C’est pourquoi il est le seul responsable de tout ce qui est arrivé. On ne peut pas dire que les villageois sont à la base, parce que l’ordre est venu de Moussa Tiégboro », a martelé le président de la chambre régionale du commerce.

Prenant la parole, Moustapha Kouyaté, vice-président des bouchers de Beyla est revenu sur les difficultés qu’ils traversent.

« Aujourd’hui, nous avons tous les problèmes chez nous. Quand nos animaux gâtent les champs, les forces de l’ordre demandent de l’argent pour les frais de réparation plus que les propriétaires des champs. C’est très difficile notre situation. Et il y a plusieurs éleveurs de chez nous qui ont des milliers de zébus. Où ils vont aller », s’interroge cet éleveur en même temps boucher.

Pour sa part, Moussa Soumaoro, éleveur à Bola, une sous-préfecture de Beyla, dénonce les exactions des forces de l’ordre et les autorités administratives.

 

« Chez nous tout récemment, un de nos zébus a fait des dégâts dans un champ. On a payé deux fois à hauteur de 6 millions pour réparation. Et le sous-préfet par finir comme il n’a pas eu sa part, a transporté l’affaire par la suite à Beyla. Là-bas également, on a payé toutes les pénalités. A commencer par le déplacement de la direction de l’élevage. Aujourd’hui, on en a marre. De Boola à Beyla, partout nous sommes pourchassés par les gendarmes. Quand on te prend c’est l’enfer. C’est comme si c’est entre l’agouti et le chien. C’est la psychose totale », explique Soumaoro.

Le représentant de Lola, Laye Kourouma quant à lui, plaide le gouvernement de revoir sa décision.

« La plupart des éleveurs sont des Guinéens. Quand on nous demande de quitter le pays, où nous allons partir ? Quel est le pays où nous allons envoyer nos zébus ?  Nous demandons au chef de l’État et le gouvernement de revoir leur décision. Que le Président nous aide en laissant nos zébus. Nous payons toutes les pénalités comme devoir. Partout dans la sous-région il y a les zébus, ce n’est pas seulement en Guinée. La demande des citoyens augmente d’année en année, ce qui fait que nos bœufs ne peuvent plus répondre à la demande », a confié cet éleveur.

Djoumé Diakité, président des bouchers de N’Zérékoré prévoit déjà une crise de viande rouge avec le départ des zébus.

« Quand on demande aujourd’hui que les éleveurs des zébus quittent le pays, alors il faut dire qu’il n’y aura plus de viande pour desservir le marché. Le départ des zébus va créer une crise sans précédent de viande », alerte le président des bouchers.

Dans la même lancée, Kalou Cissé l’un des plus grands éleveurs, estime que le prix de la viande doit forcément augmenter à N’Zérékoré pour éviter la crise.

« Aujourd’hui le prix du bœuf est cher dans le pays. Si à Conakry, Labé, Siguiri, le kilo se négocie entre 40 mille et 50 mille, et pourtant nous sommes dans le même pays, on est obligé de vendre nos bœufs à ces villes pour gagner plus. Là, c’est clair quand même. Nous entretenons très cher ceux qui suivent nos bœufs dans les brousses. Même les localités qui nous reçoivent, on paye les taxes », dira-t-il.

Après avoir suivi les déclarations de part et d’autre, le président de la chambre régionale du commerce présidant cette assise, s’est dit satisfait de la qualité de la rencontre qui a permis d’étaler toutes les difficultés que connait cette corporation.

Il a par ailleurs invité les éleveurs et bouchers à maintenir le prix actuel du kilogramme de la viande à 35000 mille francs guinéens.

Pour terminer, il a promis de rencontrer les autorités à tous les niveaux notamment le Colonel Moussa Tiégboro qui séjourne actuellement dans la région. Il faut par ailleurs noter que depuis deux jours, la crise de viande se fait sentir dans la ville.

Contacté, le colonel Tiégboro Camara a balayé d’un revers de la main les accusations portées contre lui et promis de donner sa version des faits.

Amara Souza Soumaoro, correspondant à N’Zérékoré

 

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