Affaire CFAO. ‘’Ousmane ”Sans loi” a détruit nos bâtiments alors qu’on avait un bail de 35 ans’’ (Interview)

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Visiblement l’affaire du centre commercial CFAO encore appelé Sans Loiya est devenu un véritable feuilleton à rebondissement à Kindia. Alors que l’Etat a déjà notifié à l’actuel gérant Ousmane Baldé ‘’Sans Loi’’ d’évacuer le domaine qui regroupe plus de 1000 commerçants, une autre famille celle d’El hadj Mamadou Cissé se présente comme étant la première personne morale ayant encore le droit de gérer ce domaine. Mediaguinee a rencontré le représentant de la famille Cissé. Il s’appelle Abdoulaye Cissé et fait de gros déballages dans cette affaire qui représente du fil à retordre. Lisez…

Après plusieurs années, l’affaire de la CFAO refait surface. Qu’est-ce que vous en savez ?

Ce que nous savons, depuis le départ des Blancs de la Guinée, c’est nous qui étions là-bas. En 1961, le représentant de la CFAO a signé un contrat de bail avec mon père. En 1977, ils nous ont retiré l’endroit pour en faire la Pharmaguinée. Comme ce projet n’a pas réussi, nous avons adressé une lettre au président Sékou Touré pour lui demander de nous aider à retrouver l’endroit. Après, ils ont envoyé un courrier au gouverneur pour l’informer que nous sommes les nouveaux locataires, et nous payions 17 mille 500 Syli par mois, c’est ce papier que je détiens comme ça [Il montre le document]. Quand le Président Sékou Touré est décédé, nous avons mené des démarches auprès du gouvernement pour qu’on nous vende l’endroit, le gouvernement du président Lansana Conté a dit qu’il ne peut pas nous vendre l’endroit mais, il peut signer un contrat de bail avec nous, ce qui a été fait. Après, ils nous ont autorisés à construire des bâtiments, nous en avons construit 8. Et, voici le document qui atteste ce bail de 35 ans. On n’a fait que 10 ans, et il nous restait 25 ans avant de quitter.

En 2004, certaines personnes sont venues nous voir pour nous informer que le gouvernement a donné l’endroit à une société [Baldé Motors], j’ai dit non, il nous reste 25 ans. Donc, je me suis levé pour mener les démarches. Je suis allé voir le ministre de la justice [Mamadou Sylla, actuel président de la Cour suprême] pour lui expliquer le fondement de notre contrat. Voici le document que je lui ai adressé [il l’exhibe] pour lui dire qu’on veut retirer l’endroit. Je suis allé voir le ministre de l’habitat [Ouo Ouo Blaise Foromou], il m’a dit que son directeur général lui avait dit que c’est un domaine non exploité, je lui ai dit non, c’est un domaine construit. Après j’ai porté plainte auprès du ministère de la justice, on a dit de passer par un tribunal pour régler l’affaire. Nous avons commencé le jugement qui a duré près d’une année. Juridiquement, ils ne pouvaient pas me gagner. Parce que j’avais mes documents. Mais, comme ils avaient de l’argent… un jour, ils sont venus par la force et détruire 8 bâtiments et une mosquée devant tout le monde à Kindia. Et, c’était en 2005. Après la destruction de tous nos biens, je suis allé à la Cour d’appel et j’ai trouvé El hadj Boubacar Sothè Diallo. J’ai tout fait, je n’ai pas pu faire quelque chose. De là, je suis allé à la Cour suprême et c’est Alphonse Aboly qui était là-bas, je lui ai adressé cette lettre que vous voyez là et elle a été enregistrée. Alphonse m’a dit de l’attendre qu’il doit aller à Boffa, et quand il vient, il va voir la situation. Donc, il est parti. Et, c’est ce même jour qu’il a eu un accident et il est décédé.

Est-ce qu’il y a des personnes dans l’ombre qui cherchent à jouer des tours pour faire retirer ce contrat ?

Il y a des cadres qui ont œuvré pour retirer le domaine. Beaucoup de hauts responsables de l’époque étaient tous complices. Le Ministre de la justice même m’a dit que je suis avec des bandits. Il m’a dit qu’il n’était pas dans l’affaire, et ça s’est passé comme ça.  

Après la reprise de la CFAO par El hadj Ousmane Baldé Sans loi, est-ce que vous aviez mené des démarches ?

J’ai passé près d’une année à Conakry en train de mener les démarches, en vain. Le procureur qui était là, ils ont tout fait pour le corrompre, il n’a pas accepté. C’est après qu’il a été muté quelque part. Et, c’est Alpha Sény qui était venu à sa place. Je suis allé voir Kerfalla Camara qui m’a remis une note adressée au procureur pour l’informer que le contrat de la famille Cissé n’est pas encore arrivé à terme. J’ai remis la note au procureur, il l’a lue et jetée dans son tiroir. Je suis allé à l’agence judiciaire de l’Etat, et ce jour, c’est Hadja Madeleine Kéita qui m’a également remis une lettre pour envoyer au procureur pour lui indiquer à ne pas autoriser une double mutation afin de créer une confusion. J’ai d’abord fait la photocopie avant d’envoyer ce document chez le procureur qui l’a par la suite mis dans son tiroir. Un jour, il m’a appelé pour dire qu’il peut m’aider pour rembourser nos bâtiments détruits, j’ai dit ok.  Cela n’est jamais arrivé. J’ai compris qu’il voulait que je signe un papier pour dire que je suis d’accord qu’on me rembourse, mais, après, à qui je pourrais réclamer ? Je n’ai pas accepté de signer. Et, pour le moment l’affaire se trouve au niveau de la Cour suprême. Un jour, je suis allé chez Doura Chérif pour lui montrer les documents, il m’a dit : ‘’tu as tous ces documents et ils te fatiguent ? il faut les garder. Un jour, la vérité va triompher’’.

Si aujourd’hui, on entend qu’on veut récupérer le domaine des mains d’’El hadj Sans loi… c’est lui qui a détruit nos bâtiments là-bas. Si on retire aujourd’hui l’endroit des mains de quelqu’un pour le rembourser, il faut que l’Etat nous rembourse aussi. Parce que nous avons signé un contrat de bail avec l’Etat et rien n’a été annulé. Ils n’ont aucune preuve qui démontre que notre contrat a été annulé. Ils ont cassé nos bâtiments et construit les leurs qui se trouvent là-bas. L’endroit était exploité quand on était là-bas. On a construit des magasins. C’est lui qui en a fait un marché. Quand nous étions là-bas, tout était organisé, il y avait près de 300 personnes qui survivaient à travers ce centre. Moi-même j’ai demandé à Sans loi de nous aider à retrouver le domaine, il m’a dit qu’il a dépensé 500 millions. Si nous voulons revenir, qu’on paie les 500 millions, je lui ai dit que je n’ai pas d’argent. J’ai dépensé tout mon argent dans les démarches. Donc, là où je suis, je n’ai rien maintenant. J’ai la famille de mon papa et celle de mes frères, je n’ai rien.

Si le gouvernement veut rembourser une personne, nous serons aussi remboursés. Parce que c’est nous étions là-bas de 1961 jusqu’en 2004. S’il y a la vérité, nous allons retrouver notre domaine. S’il faut le donner, c’est nous qui devons bénéficier. Parce que c’est nous qui étions là-bas depuis le départ des Blancs. Ils étaient tous en location dans nos magasins et, comme ils avaient compris que mes parents sont décédés, et que j’étais plus jeune, ils sont tombés sur moi pour récupérer notre domaine, alors que notre contrat de 35 ans n’est pas arrivé à terme.

Mohamed Alsény, de retour de Kindia           

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