Annulation de la décision des sages de Timbi-Tounni sur le mariage: « la Guinée est une république » (procureur)

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Depuis la semaine dernière, la sous-préfecture de Timbi-Tounni est au cœur de l’actualité. Pour cause, les autorités locales de concert avec les sages de cette juridiction de la préfecture de Pita, ont pris des dispositions en 60 articles, histoire de faire face aux coûts exorbitants des mariages, les divorces récurrents et prématurés qui sévissent dans cette zone. Malheureusement, si au fond, c’est une décision salutaire, elle est en porte-à-faux avec les lois de la République.

Joint ce mardi 13 juillet, le procureur de la république près le tribunal de première instance de Pita, Algassimou Diallo a laissé entendre ceci : « Je dois rappeler que la loi n’est pas toujours ce qui semble être logique mais ce qui est écrit noir sur blanc. J’ai été informé qu’à Timbi-Tounni ils ont repris une décision qui a valeur si vous voulez législative. Selon eux, la décision était fondée sur le coût élevé  des cérémonies, les plaintes verbales qu’ils recevaient et les divorces fantaisistes en plus des gaspillages lors des cérémonies.  Et pour ce faire, ils ont produit un texte de 60 articles. Donc lorsque j’ai parcouru ces articles, j’ai constaté que certains articles sont en porte-à-faux avec les lois de la République. Outre le fait qu’il n’est donné à personne, à part les députés à l’assemblée nationale, de légiférer, ils ont légiféré. Première violation. La seconde, le législateur national qui est l’assemblée nationale a légiféré par rapport aux mariages dans le code civil. Donc Timbi-Tounni n’est pas en dehors de la République,  puisque la décision qui avait été prise était à la fois en contradiction avec la constitution et le code civil. Il fallait que j’interpelle ceux qui avaient pris la responsabilité de signer la décision ».

Poursuivant, le procureur du tribunal de première instance de Pita est revenu sur quelques exemples de violations commises par les citoyens de Timbi Touni, avant de préciser que la décision a été rapportée dans la foulée.

« Voilà quelques exemples auxquels les gens de Timbi-Tounni se sont livrés. A l’article 41, ils disent que toute personne qui décède doit être enterrée le même jour, le corps du défunt doit être contrôlé afin de respecter la position mortuaire recommandée par l’islam. Alors quand ils s’expriment ainsi, ils sont en porte-à-faux avec mon parquet, parce qu’il arrive des fois qu’il y ait  des morts suspectes. Donc quand ils s’expriment ainsi ils portent un coup à la chaîne pénale. A l’article 58, ils ont indiqué que toute personne qui violera ces règles s’exposera à une amende consensuelle de 3 millions de fg (…) Donc toutes ces violations-là et sans compter que le texte en lui-même va en porte-à-faux avec l’article premier de la constitution qui indique que la Guinée est une république unitaire, indivisible, laïque démocratique et sociale.  Donc conséquemment, le 09 juillet les signataires que j’ai interpellés ont envoyé à mon secrétariat un courrier qu’ils m’ont adressé et ils ont joint la décision rapportant la première décision » conclut-il.  

Dans le même sillage, le maire de la commune rurale de Timbi-Tounni a reconnu la faute commise, tout en confirmant l’annulation de cette décision.

« Vous savez que le contenu du code civil n’est pas maîtrisé par tous. Donc après constat, nous avons trouvé que le code civil a été violé, les lois de la république ont été violées, c’est vrai c’est une bonne décision  que nous avons prise mais malheureusement elle était en porte-à-faux avec la loi, donc nous avons rapporté la décision, comme souhaité  par le procureur.  Aux citoyens de Timbi-Tounni de garder le calme, notre localité ne peut être différente des autres localités du pays », a fait savoir Elhadj Ibrahima Kanssaguel Bah.

Tidiane Diallo, correspondant régional à Labé

620 44 25 83

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