Attentat meurtrier de l’EI à l’aéroport de Kaboul, Biden promet des représailles

Joe Biden maintient la poursuite des évacuations d'Afghanistan malgré l'attaque à Kaboul.
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Des kamikazes du groupe jihadiste Etat islamique (EI) ont attaqué jeudi la foule des Afghans massés à l’aéroport de Kaboul dans l’espoir de fuir le nouveau régime taliban, faisant des dizaines de morts dont au moins treize soldats américains.

Visiblement secoué, le président américain Joe Biden a promis en réaction de « pourchasser » et de « faire payer » les auteurs de l’attaque, et il a qualifié de « héros » les militaires tués.

Ce premier attentat meurtrier depuis le retour au pouvoir des talibans le 15 août intervient à quelques jours du départ du pays des troupes américaines, prévu le 31 août après vingt ans de guerre infructueuse contre les islamistes.

La double explosion a tué au moins treize soldats américains et en a blessé dix-huit autres, selon le Pentagone. Le régime taliban a recensé jusqu’à vingt morts et 52 blessés. Mais d’autres sources évoquent un bilan bien plus lourd.

Un haut fonctionnaire de santé du gouvernement pré-taliban, qui a requis l’anonymat, a affirmé que le bilan pourrait atteindre 60 morts, chiffre non confirmé par d’autres sources.

Une troisième puissante explosion a été entendue à Kaboul vers minuit, faisant craindre un nouvel attentat. Mais le régime taliban a indiqué peu après qu’elle n’était pas due à une attaque mais à des destructions d’équipements par l’armée américaine à l’aéroport, ce que cette dernière n’a pas confirmé dans l’immédiat.

« Nous vous pourchasserons et nous vous ferons payer », a lancé peu après M. Biden à l’adresse des auteurs de cette attaque, la plus meurtrière contre l’armée américaine en Afghanistan depuis 2011 et qui a été revendiquée par l’EI.

Les larmes aux yeux, il a rendu hommage aux soldats tués, « des héros (…) engagés dans une mission dangereuse et altruiste pour sauver d’autres vies » et il a fait savoir que les Etats-Unis allaient « poursuivre l’évacuation ».

« L’Amérique ne se laissera pas intimider », a-t-il dit. « Nous ne nous laisserons pas décourager par des terroristes. Nous ne les laisserons pas arrêter notre mission ».

Il a ajouté qu’il n’avait pas jusqu’ici de « preuve » d’une « collusion » entre les talibans et l’EI, deux groupes aux fortes divergences et qui se sont affrontés ces dernières années, dans l’organisation de cet attentat.

Selon Washington, qui s’attend à ce que les attaques de l’EI « continuent », cet attentat a été mené par deux kamikazes du groupe jihadiste, suivi d’une fusillade.

Sous le nom d’ISKP (Etat islamique Province du Khorasan), l’EI a revendiqué certaines des attaques les plus sanglantes commises ces dernières années en Afghanistan, faisant des centaines de morts.

Il a surtout ciblé les musulmans qu’il considère comme hérétiques, en particulier les chiites. L’attentat qu’il a revendiqué contre un mariage chiite à Kaboul en août 2019 a coûté la vie à 91 personnes.

Même s’il s’agit de deux groupes sunnites radicaux, l’EI et les talibans sont en concurrence et sont animés par une haine tenace et réciproque.

Des analystes en sécurité relevaient jeudi que l’activité de l’ISKP s’était brutalement arrêtée depuis douze jours, signe possible qu’il préparait une opération d’ampleur, via des tirs de mortier ou des attentats-suicides, véhiculés ou individuels.

– Secouristes débordés –

En réaction à l’attentat, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a appelé à une réunion du Conseil de sécurité sur l’Afghanistan.

Les Occidentaux ont condamné l’attentat, en soulignant qu’il ne devait pas empêcher la poursuite des évacuations massives, qui ont à ce jour permis de faire partir près de 100.000 personnes.

Des milliers d’Afghans avaient continué à se masser jeudi à l’aéroport, malgré les avertissements des Occidentaux concernant une menace d’attentat.

Après les explosions, des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montraient des dizaines de victimes, mortes ou blessées, étendues dans les eaux saumâtres d’un canal d’égout, entourées de secouristes débordés et démunis.

Le nouveau régime taliban, via son porte-parole Zabihullah Mujahid, a « fermement condamné » ces « attentats à la bombe », tout en soulignant qu’ils étaient survenus dans une zone placée sous la responsabilité de l’armée américaine.

Depuis la reprise soudaine de Kaboul et du pouvoir par les talibans, le vaste aéroport de Kaboul est le dernier endroit du pays où sont rassemblés les forces occidentales, menées par l’armée américaine.

L’Otan et l’Union européenne ont appelé à poursuivre les évacuations depuis Kaboul malgré tout.

– Panique –

La chancelière allemande Angela Merkel a dénoncé un attentat « absolument ignoble ». L’Allemagne a annoncé avoir mis fin à ses vols d’évacuation, comme les Pays-Bas et le Canada.

D’autres pays comme le Royaume-Uni et la France ont indiqué poursuivre leurs évacuations.

Après les explosions, Paris a annoncé le rapatriement en France pour raisons de sécurité de son ambassadeur en Afghanistan David Martinon, qui se trouvait jusqu’alors à l’aéroport de Kaboul.

Selon des sources militaires, l’une des explosions s’est produite à proximité d’Abbey Gate, l’un des trois points d’accès à l’aéroport.

« C’était une énorme explosion, au milieu de la foule qui attendait devant une des portes de l’aéroport », où entrent des gens qui se font évacuer par les Occidentaux, a déclaré à l’AFP un témoin de la scène, Milad.

« Ca a été la panique totale. Les talibans ont alors tiré en l’air pour disperser les gens qui attendaient devant la porte », a indiqué à l’AFP un autre témoin, qui a notamment vu « un homme courir avec un bébé blessé dans les bras ».

Le rythme des évacuations, qui n’avait cessé de s’accélérer ces derniers jours, avait commencé à ralentir mercredi.

Selon un bilan de la Maison Blanche jeudi matin, 13.400 personnes ont été évacuées au cours des 24 dernières heures (5.100 à bord de 17 avions militaires américains et 8.300 sur 74 avions de la coalition), malgré une situation chaotique à l’aéroport provoquée par l’afflux de candidats au départ.

Le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken avait assuré mercredi que les talibans s’étaient engagés à laisser partir les Américains et les Afghans à risque se trouvant encore dans le pays après le 31 août. L’Allemagne a précisé avoir eu l’assurance qu’ils pourraient prendre des vols commerciaux.

La fin prochaine des évacuations fait craindre que de nombreux Afghans ayant travaillé ces dernières années avec les étrangers ou le gouvernement pro-occidental déchu et se sentent menacés par les talibans, ne puissent tous quitter le pays à temps.

« Il s’agit d’un moment douloureux » parce que « des gens éligibles à l’évacuation vers les Pays-Bas seront abandonnés », ont estimé les ministres néerlandaises des Affaires étrangères Sigrid Kaag et de la Défense Ank Bijleveld.

Beaucoup d’Afghans, souvent urbains et éduqués, craignent que les islamistes n’instaurent le même type de régime fondamentaliste et brutal que lorsqu’ils étaient au pouvoir entre 1996 et 2001.

AFP

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