Bénin : un candidat à la présidentielle, blessé par balle

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TENSIONS. Alors qu’il a officiellement déposé sa candidature pour la prochaine élection, le fils de l’ancien président a été la cible d’une violente attaque armée.

C’est une folle semaine qui s’est achevée avec fracas au Bénin. L’un des vingt candidats à l’élection présidentielle d’avril prochain, Ganiou Soglo, a été blessé par balle dans la nuit de vendredi à samedi par des inconnus. L’information a très rapidement circulé sur les réseaux sociaux avant d’être confirmée à l’Agence France-Presse par des sources concordantes. « Il a été blessé à l’épaule par balle, mais son pronostic vital n’est pas engagé », a indiqué à l’AFP un membre de sa famille, qui s’est rendu à son chevet à l’hôpital. « À l’heure actuelle, les balles n’ont pas encore été extraites », a précisé cette source.

Que s’est-il passé ?

Ancien député et ministre, fils de l’ex-président Nicéphore Soglo, aujourd’hui dans l’opposition au président Patrice Talon, Ganiou Soglo se rendait dans la soirée à sa ferme de Zinvié, à 35 kilomètres de Cotonou, lorsque son véhicule a essuyé des tirs par des individus non identifiés qui ont pris la fuite. Il est actuellement hospitalisé aux urgences du centre hospitalier universitaire Hubert-Maga, le plus grand hôpital public de Cotonou.

Les réactions dans le pays

Samedi, plusieurs personnalités politiques de l’opposition se sont rendues à son chevet, dont l’ancien président Boni Yayi, sous l’autorité duquel Ganiou Soglo avait été ministre des Sports. La police a ouvert une enquête mais n’a encore fait aucune déclaration.

Dans un communiqué, le porte-parole du gouvernement, Alain Orounla, a « déploré et condamné l’atteinte portée à l’intégrité physique de notre compatriote Ganiou Soglo, agressé dans la nuit du vendredi 5 février ». Souhaitant un « prompt rétablissement » à la victime, le gouvernement « s’assure de la diligence des investigations promptement entreprises par la police afin d’élucider les circonstances et les mobiles de cette agression et d’en appréhender les auteurs ».

Une autre candidate de l’opposition, Reckya Madougou, qui s’est déplacée en fin de matinée au chevet de la victime, a déploré que « participer à une élection présidentielle aujourd’hui au Bénin relève du cauchemar ». Elle a dénoncé sur les réseaux sociaux de « honteuses manœuvres d’exclusion aux tentatives d’assassinat en passant par les menaces ».

Où en sont les candidatures ?

Il faut dire que le contexte de la prochaine présidentielle est extrêmement tendu. Ce petit pays ouest-africain, longtemps vu comme un modèle de démocratie, s’apprête à vivre un scrutin inédit, alors que les grandes figures de l’opposition se trouvent en exil ou condamnées à des peines d’inéligibilité leur interdisant de se présenter. C’est d’ailleurs cette semaine que les potentiels candidats devaient déposer leur dossier auprès de la Commission électorale, la Céna. Un total de 20 candidatures, dont celle du président sortant Patrice Talon, ont ainsi été déposées jeudi à minuit, date limite de dépôt fixée pour la présidentielle du 11 avril au Bénin. Les vingt candidatures déposées « sont provisoires en attendant leur étude sur le fond » et leur validation par la Cour constitutionnelle, a précisé à l’AFP un membre de la Commission. Pour être validées, ces candidatures doivent notamment être parrainées par au moins 16 députés ou maires, selon une nouvelle disposition de la loi électorale. Or, lors des législatives d’avril 2019, aucun des partis d’opposition n’avait été autorisé à présenter de listes, et à l’issue des municipales d’avril 2020, boycottées par une partie des opposants, seuls six maires de cette mouvance ont été élus. L’opposition dénonce ainsi un scrutin verrouillé à l’avance, et le champ libre donné à Patrice Talon pour choisir les candidats qu’il affrontera.

Les parrainages, une gageure

Selon une source interne à la Commission, sur les vingt candidatures déposées, seules celle de Patrice Talon et celle du parti Force cauris pour un Bénin émergent (FCBE), considérée comme la plus grande formation politique d’opposition, remplissent les critères de parrainages. Ce parti, anciennement dirigé par l’ex-président Yayi Boni, qui l’a quitté en février 2020, l’accusant d’être devenu pro-Talon, a déposé la candidature d’Alassane Soumanou, un ancien ministre. Le nouveau parti de M. Boni, les Démocrates, a lui déposé, sans parrainage, la candidature de l’ancienne ministre Reckyath Madougou. Parmi les autres candidatures notables de l’opposition figure celle portée par le Front pour la restauration de la démocratie, créé mi-janvier, avec à sa tête l’universitaire et constitutionnaliste Joël Aïvo (en duo avec Moïse Kérékou, NDLR), novice en politique mais considéré comme le principal challenger de Patrice Talon pour ce scrutin. Ces candidats ont encore jusqu’à dimanche minuit pour soumettre leurs parrainages à la Commission.

Le président Patrice Talon, qui avait affirmé au moment de son élection en 2016 vouloir faire un unique mandat, s’est depuis ravisé et officiellement déclaré candidat mi-janvier. Lors de ce scrutin, les Béninois éliront pour la première fois un vice-président, selon une nouvelle disposition de la loi électorale. Patrice Talon a choisi comme colistière Mariam Chabi Talata, actuelle vice-présidente de l’Assemblée nationale. En attendant, tous les regards sont tournés vers les10 et le 12 février prochains, pour la publication de la liste définitive.

Le Point

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