Bogola Haba (FNDT) sur la sortie de Embalò: « il est en train de poser des actes qui créent des doutes sur sa neutralité »

Dans une interview accordée samedi  7 juin à notre rédaction, Keamou Bogola Haba, Coordinateur du Front national pour la défense de la transition (FNDT) s’est exprimé par rapport à la sortie du président en exercice de la CEDEAO, Umaro Cissoco Embalò,  à Bissau,  à l’occasion de la visite du président français Emmanuel Macron sur la durée de la transition. Keamou Bogola pense qu’il n’y a eu aucun accord entre les deux présidents par rapport à la durée de la transition. Il soutient même que généralement dans de pareilles circonstances, une conférence de presse est organisée à la fin des entretiens.

« Je crois que la position guinéenne, elle est connue  parce que les autorités guinéennes se sont exprimées sur la question. Ils disent bien que nous avons une transition spéciale dont le contenu est le plus important . Et je crois que tous les Guinéens sont unanimes sur cette question là.  Maintenant ce contenu c’est cela qu’il faut discuter, est-ce qu’il y a quelque chose à amender ou non. Maintenant ce qui concerne la durée, évidemment c’est quand nous sommes d’accord sur le contenu, la durée va suivre.  24 mois ou 36 ou plus de 36 mois je ne pense pas que c’est ça la question.  La question est de s’assurer que nous avons une position commune sur le contenu et sur ce que nous devons faire pour aller aux élections.  Maintenant ce qui concerne les positions du président en exercice de la CEDEAO, je ne pense pas que ça doit être unilatéral. Si vous avez eu des discussions formelles ou informelles avec les autorités guinéennes, généralement dans les pareils cas à la fin de vos discussions vous organisez une conférence de presse où les deux parties le disent.  Mais le fait qu’en Guinée il n’y a pas eu de communication sur le sujet, ce qui veut dire qu’il n’y a pas eu de concensus. Parce que le consensus, si on l’exprime devant la presse, deux parties sont là et chacun confirme.  Donc moi je ne pense pas que c’est la meilleure manière de le faire . Ça démontre carrément qu’il n’y a pas d’accord  parce que s’il y’avait l’accord ça allait se faire à Conakry juste à la fin de la rencontre.  Et chaque président allait évidemment répondre aux questions de la presse par rapport au sujet », a t-il évoqué.

Parlant de la  sortie du président en exercice de la CEDEAO, le coordinateur du FNDT a martelé ceci: « Nous, nous avons toujours dit que le président en exercice de la CEDEAO est en train de poser un certain nombre d’actes qui créent des doutes sur sa neutralité.  Cette communication qui n’est pas concensuelle et évidemment cette question des manifestations du FNDC et son intervention pour la trêve démontrent à plus d’un titre qu’il est en train de jouer peut-être en faveur d’un camp ou contre les autorités guinéennes. Parce que ce  n’est pas comme ça que ça doit se faire.  Et cela met un peu en difficulté les autorités de la CEDEAO.  Parce que si déjà le président en exercice de la CEDEAO a des positions qui font douter de sa neutralité, cela rend la tâche difficile au médiateur Yayi Boni. »

Cependant, Bogola Haba dira aussi qu’il n’y aucune crise en Guinée. Pour lui, la seule chose qui existe, c’est une crise de frustration, de résistance au changement.

« Non, non, ce n’est pas la CEDEAO qui a créé une crise en Guinée, ce sont les Guinéens. Nous,  nous pensons que la majorité des Guinéens aujourd’hui partagent ce que les autorités font. Évidemment surtout vous avez vu dans la rue, les gens sont concentrés sur les questions de la propriété, les questions du chômage, les questions de la stabilité, évidemment sur d’autres choses sur la question de la CRIEF pour que notre pays change. Voilà ce qui préoccupe les Guinéens. Donc la CEDEAO doit plutôt accompagner les Guinéens pour faire la refondation. Or, la CEDEAO ne veut pas parler de la refondation. Comme les opposants, ils veulent aller directement aux élections et que nos problèmes restent maintenus. Alors que les Guinéens veulent d’abord la refondation puis les élections. Voilà la différence.  C’est la CEDEAO qui doit plutôt se mettre dans l’esprit de ceux qui ont pris le pouvoir en Guinée.  Parce qu’ils ont pris le pouvoir dans l’esprit de faire une refondation. Donc un nettoyage systématique avant d’aller aux élections. Donc si c’était les élections, il n’y a pas de souci, les élections font partie du travail.  Donc c’est plutôt à la CEDEAO de voir ce que les Guinéens veulent et accompagner les Guinéens dans cela. Pour nous, il n’y a pas de crise. La crise qui existe c’est une crise de frustration, de résistance au changement par ceux qui sont impactés par les réformes engagées, la lutte contre les faux médicaments, la lutte contre les biens mal acquis, ceux qui étaient en train  de faire de la fraude au niveau de la fonction publique et  tout ça ce sont tous ceux qui sont frustrés . Et nous les comprenons et dans tous les pays du monde si quelqu’un est frustré bien évidemment il doit résister mais c’est à la République de tenir debout. », a-t-il indiqué.

Pour conclure, le Coordinateur du FNDT a lancé un message aux autorités  guinéennes et à la population guinéenne. « Le premier message aux autorités c’est cette fois-ci de ne pas renoncer aux réformes engagées à la refondation engagée.  Et parce que nous politiques nous n’avons pas pu faire la refondation. Et donc si eux en tant que militaires si nous les avons acceptés pour faire ce travail de la refondation, donc il ne faut pas, quelle que soit la pression interne ou externe, renoncer à ces réformes là. Sinon elles ne seront jamais faites. Le deuxième message c’est de continuer à sensibiliser les Guinéens y compris ceux qui sont frustrés pour qu’ils acceptent ces réformes là. Et qu’ensemble qu’on sorte des combats de personnes et que les portes soient  toujours ouvertes, comme ils l’ont fait. Garder la porte ouverte à la CEDEAO, la porte ouverte aux opposants pour que tout le monde comprenne que les autorités ne le font pas contre X ou Y.  Mais ils le font dans l’intérêt de la nation.  Maintenant aux populations, c’est d’accepter d’accompagner  parce que le changement est dur mais il faut que nous l’acceptions,  d’accepter d’accompagner ce changement qui a commencé, que nous avons tous demandé mais qui n’est jamais venu, de voir la République, l’intérêt général en jeu. Et ceux qui sont aujourd’hui touchés, de comprendre qu’après ce temps, la Guinée va changer et que ce changement doit  être irréversible.  Ce n’est pas la peine de continuer à vouloir penser que les manifestations peuvent empêcher mais plutôt d’accepter de se prêter à la justice pour ceux qui refusent de répondre à la justice »,  a t-il lancé.

Christine Finda Kamano 

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