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Economie

Bref aperçu de la structure du prix du carburant à la pompe en Guinée (Safayiou Diallo)

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L’objectif de ce travail est d’apporter quelques éclaircissements sur la structure du prix du carburant afin d’éclairer la lanterne l’opinion publique sur cette décision impopulaire prise récemment par nos autorités dans la conséquence sera d’asphyxier les pouvoirs d’achat du peuple.

L’essentiel des statistiques fournies est le résultat du recoupement de diverses données officielles du Ministère de l’économie et des finances, du Ministère du Budget, du Ministère du Plan et de la Société Guinéenne de Pétrole (SGP).

Pour faciliter la compréhension de nos lecteurs, prenons le cas de l’essence qui reste et demeure l’une des composantes des hydrocarbures la plus consommée de nos jours en République Guinée. Le prix CAF (Coût Assurance Fret) de l’essence tourne autour de GNF 5198,6 soit 64,9% du prix du détail. Toutefois, il convient de souligner que près de 16,0 % de son prix est constitué essentiellement des taxes et de marges revenant aux intermédiaires participant au processus.

Au nombre de ces intermédiaires figurent Total, Vivo Energy, TMI, Star Oil, Shell, qui encaissent au total GNF 495 par litre soit 6,1% du prix du détail. A ceux-là s’ajoute le réseau du transport du carburant qui à son tour encaisse 440 (péréquation du carburant) GNF par litre soit 5,5%. Les gérants des différentes stations de service perçoivent également GNF 285 sur le litre soit 3,5%.  Enfin la taxe de la Société Guinéenne de Pétrole (SGP) communément appelée taxe d’entreposage tourne autour de GNF 51,9 soit 0,64 % du prix du détail.

La somme de tous les intervenants dans le processus ne représente que 15,8% du prix du détail comme signalé ci-haut. Si nous ajoutons à ce prix les 64,98% du prix du produit à la rentrée, cela fait un total de 80,8% du prix total soit GNF 6 470,6 c’est-à-dire des GNF 8 000 (base du calcul). Ce qui veut dire que les 19,11% du prix du carburant pratiqué à la pompe sont encaissés par l’Etat sur chaque litre vendu (soit GNF 1 529,4) à travers des multiples taxes dont la TSPP (y compris les redevances routières) représentant à elle seule GNF 500 sur le litre, les droits de douanes (GNF 0,72), la RTL (GNF 0,97), la RTC (GNF 2,66), les Prélèvements Communautaires (GNF 25,99), la Centime Additionnel (GNF 13), la TVA en douane (GNF 988,07).

Les 0,03% représentent les autres postes de provisions destinés à couvrir le risque de change, auxquels s’ajoutent l’impact de l’effet monétaire ou encore l’effet de change lié actuellement à la montée spectaculaire du cours du dollar qui est la monnaie d’importation.

En plus, nos autorités ont largement soutenu que la Guinée pratiquerait actuellement un prix en deçà de la moyenne observée dans la sous-région ouest-africaine soit GNF 11 000. Cette différence constituerait la subvention éventuelle.

Bien avant la baisse du prix du baril au niveau international observé courant 2016, on aurait vendu le carburant à GNF 6 000. Mais le problème est que l’Etat fait du secteur des hydrocarbures la principale source de recettes fiscales en raison du fait que notre économie n’est pas diversifiée.

En observant ces chiffres, on se rend compte que le gouvernement perçoit une partie importante du prix du carburant à la pompe (soit plus de GNF 3000/litre qui équivaut à l’éventuelle subvention au moment où l’on vendait le carburant à GNF 8 000). Ce qui est à notre sens très énorme vu qu’à date, le baril se négocie à 64 dollar afin juillet 2019 contre 74 en juillet 2018.

Le principal problème de l’économie guinéenne est qu’elle n’est pas encore engagée dans des stratégies de diversification à travers des plans pluriannuels de développement prévoyant ainsi des investissements publics dans des grands projets d’infrastructure et dans le domaine social afin de pallier à cette forte dépendance budgétaire envers la TSPP.

De plus, nos gouvernants suivent aveuglement, les conseils des Institutions Financières Internationales (FMI et Banque Mondiale) relatives à l’abolition de la subvention qui tournerait autour de 735 milliards selon nos autorités sans pour autant réfléchir sur les conséquences désastreuses d’une telle décision. Les questions que nous nous posons dans tout ça sont les suivantes : pourquoi taxerait-il un produit déjà subventionné ? Quelle est la part réelle de cette subvention dans le prix du brut ?

La conséquence fondamentale de cette augmentation du prix du carburant à la pompe sera la hausse des prix des produits de consommation étant donnée notre dépendance du Reste du Monde. Une telle hausse affectera directement la population et pourra être une raison de mécontentement populaire.

A la fin du premier semestre 2019, le gouvernement aurait néanmoins dû admettre la nécessité de procéder à des révisions budgétaires (suppression des ensembles non ventilés et enfin les dotations non fonctionnelles) qui pourrait se traduire à la fois par une réduction importante des dépenses publiques mais aussi et surtout celle du déficit budgétaire, qui devrait à terme entraîner une baisse de l’endettement du pays.

En plus des coupures dans les budgets des Ministères, de la primature en passant par la présidence, une simple formalisation du secteur informel accroîtrait l’assiette fiscale tout en permettant à l’Etat de faire face à l’insuffisance des recettes. Des telles décisions auraient comme conséquence d’améliorer les perspectives de diversification de l’économie, et d’accentuer les efforts vers un développement durable.


Mamadou Safayiou DIALLO

Analyste Economique

 

 

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