Burundi: un nouveau gouvernement dominé par les durs du régime

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Les tenants de la ligne dure au sein du régime burundais dominent le premier gouvernement du nouveau président Évariste Ndayishimiye, annoncé dimanche soir, douchant les timides espoirs d’une éventuelle ouverture du pays.

Le choix d’Évariste Ndayishimiye par le parti au pouvoir, pour succéder au président sortant Pierre Nkurunziza, avait laissé entrevoir un possible assouplissement du régime. Elu en mai, M. Ndayishimiye était perçu comme plus ouvert que son prédécesseur, décédé subitement le 8 juin officiellement d’un “arrêt cardiaque”.

Mais la nomination le 23 juin du plus haut gradé de la police burundaise, Alain-Guillaume Bunyoni, au poste de Premier ministre avait déjà suggéré qu’il n’y aurait pas d’inflexion et que c’était bien la continuité qui prévalait.

  1. Bunyoni était déjà considéré comme le véritable numéro deux du régime depuis la crise politique de 2015 et le chef de file des durs parmi le groupe de généraux qui contrôlent le pouvoir burundais.

Cela a été confirmé par l’entrée dimanche d’un autre faucon au gouvernement: le commissaire de police chef (CPC), Gervais Ndirakobuca, qui dirigeait jusqu’à présent le très redouté Service national de renseignement (SNR), accusé d’être au c½ur du système répressif burundais depuis le début de la crise.

Nommé ministre de l’Intérieur, du Développement communautaire et de la Sécurité publique, Gervais Ndirakobuca est un membre du premier cercle des généraux issus de la rébellion qui contrôlent aujourd’hui le pays.

C’est pendant la guerre civile burundaise (300.000 morts entre 1993 et 2006) qu’il a acquis son surnom, Ndakugarika, littéralement “Je vais t’étendre raide mort” en kirundi, la langue nationale.

Le général Ndirakobuca fait l’objet de sanctions des États-Unis, de l’Union européenne et des principaux pays européens depuis cinq ans.

Par ailleurs, l’ambassadeur Albert Shingiro, représentant permanent du Burundi auprès des Nations unies depuis cinq ans et considéré comme le principal “visage diplomatique” du pouvoir burundais, devient le nouveau ministre des Affaires étrangères et de la Coopération au développement.

La candidature en avril 2015 à un troisième mandat controversé du président Pierre Nkurunziza avait plongé le pays dans une crise politique majeure, qui a fait au moins 1.200 morts et poussé à l’exil quelque 400.000 Burundais.

Le pays est depuis tenu d’une main de fer par le régime, grâce aux Imbonerakure, la ligue de jeunesse du parti au pouvoir, le CNDD-FDD, et au Service national du renseignement, qui sèment la terreur dans la population.

– “La répression continue” –

Le gouvernement a été fortement remanié avec seulement cinq ministres qui gardent leur poste ou en changent. Parmi eux, celui des Finances et du budget, Domitien Ndihokubwayo, et celui de la Santé publique et de la lutte contre le sida, le Dr Thaddée Ndikumana, accusé d’avoir minimisé la pandémie du Covid-19 au Burundi.

“Même s’il y a de nouveaux visages, la présence des généraux Alain-Guillaume Bunyoni et Gervais Ndirakobuca et celle de Shingiro aux Affaires étrangères signifie que l’arrivée d’un nouveau chef de l’État ne change rien et que c’est la ligne dure qui prévaut plus que jamais”, a analysé pour l’AFP un diplomate, sous couvert d’anonymat.

“Ce sont nos détracteurs qui parlent d’un gouvernement de durs (…) C’est un gouvernement resserré, dont la mission est de développer le pays et qui respecte les équilibres ethniques et de genre prévus par la Constitution”, a réliqué à l’AFP un cadre de la présidence, sous couvert d’anonymat.

Pacifique Nininahazwe, une des figures de la société civile en exil qui avait déjà qualifié la nomination de M. Bunyoni de “très mauvais signal”, a estimé sur Twitter que celle de Gervais Ndirakobuca signifie que “la répression continue”.

Il relève aussi la nomination au poste de ministre des Affaires de la Communauté est-africaine, de la Jeunesse, des Sports et de la Culture d’un ancien chef des Imbonerakure Ezéchiel Nibigira, y voyant “l’importance de la milice dans la politique du nouveau gouvernement”.

Par ailleurs, pour la première fois de l’histoire du Burundi, un membre de la minorité des Twa, Mme Imelde Sabushimike, entre au gouvernement comme ministre de la Solidarité nationale, des Affaires sociales, des droits de l’Homme et du genre.

AFP

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