Changer les dirigeants ou changer le système? (Par Youssouf Sylla)

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Quel est l’objectif recherché au juste?Après tant d’expériences amères, de personnes sacrifiées, d’années et d’opportunités perdues, nous devons maintenant savoir ce que nous voulons en matière de gouvernance politique, et ce que nous attendons de nos futurs dirigeants. Ne pas avoir des idées claires sur ces enjeux, c’est prendre de nouveau, le risque de s’engager dans une aventure cauchemardesque. Ce qui est à éviter à tout prix.

Inévitablement, le débat sur la constitution va se poser et enfler dans ce cadre. De quelle constitution voulons nous? Celle de 2010, de 2020, ou une nouvelle, en rupture avec les deux dernières. Pour celui ou celle qui veut d’une nouvelle Guinée, loin de la Guinée désunie et de combines, la nécessité d’une constitution de rupture s’impose.

Une constitution qui nous fera changer de système et non celle qui s’attachera à remplacer un groupe de dirigeants par un autre, à l’intérieur du même système. Il est donc temps de casser le systeme en Guinée! C’est un exercice qui demande de la concentration, de la réflexion et surtout un dépassement de la soif excessive du pouvoir. Il faut prendre la posture de celui et de celle qui entrevoit la vie en société dans une perspective intergénérationnelle pour être à la hauteur de ce nouveau et passionnant défi.

Nous guinéens, devons désormais éviter la répétition de mauvaises histoires et nous atteler à la construction d’une grande histoire pour la Guinée de demain. Une Guinée où dans leurs rapports, les pouvoirs publics s’équilibreront et où les contre pouvoirs aussi joueront pleinement le rôle qu’on attend d’eux pour le bien de tous.

Pourquoi jeter dans la poubelle la constitution de 2010 et celle de 2020?

C’est simple. Elles ont le même péché incorrigible: l’incroyable suprématie du pouvoir executif dans le système politique. Autrement un centralisme exécutif rarement vu sur la planète. Les deux constitutions ont le défaut d’élever le président de la République au rang de « dieu » disposant du pouvoir illimité de faire et de défaire ce qu’il veut. Au fond, ces deux constitutions cristallisent dans le béton, le déséquilibre structurel des pouvoirs tant dénoncé. Elles mettent en place, ou plus exactement, perpétuent un système qui plombe les ailes du pays, et l’empêche de s’en sortir malgré son énorme potentiel économique et humain. Ce système est la source de la convoitise meurtrière du pouvoir présidentiel en Guinée comme on a pu le constater, et de folles rivalités inethniques qui vont avec. Il est la source de la main mise du chef de l’executif et de son clan sur tout ce que le pays comporte de beau et d’attirant. Il est la source des exclusions et de la montée en puissance des frustrations. Bref, il est la source de tous nos malheurs.

C’est ce système qu’il convient donc de démanteler, pièces par pièces, pour permettre à ce pays de démarrer sur des bases plus saines et plus démocratiques. Mais tenez vous bien, cela intéressera peu nos grands partis traditionnels. En effet, ce qu’ils cherchent par dessus tout, c’est juste le pouvoir pour le pouvoir, et les énormes privilèges qui vont avec, et non un équilibre entre les pouvoirs, équilibre favorable au libre jeu des contre pouvoirs.

Longtemps reléguées au second plan, les initiatives citoyennes doivent refaire surface, s’inviter dans ce débat et y prendre une part active. L’heure est grave et le débat dont il s’agit engage l’avenir de la Guinée, un pays qui n’appartient à personne mais à tous.

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