Conflit domanial à Kendoumaya (Coyah) : l’église et la communauté villageoise se justifient

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Depuis un certain temps, le torchon brûle entre la communauté Saint Jean de Kendoumaya et la communauté villageoise de la même localité. Pour connaître le fond du problème, le vendredi 1er octobre 2021, notre reporter s’est rendue sur les lieux, pour parler avec les deux communautés. Rencontrés en premier, les religieux, Côme et Yohnnè, avec des documents en main, sont revenus sur l’historique du problème qui tournerait autour de plusieurs hectares de parcelle que l’Eglise catholique aurait achetés le 16 août 1993 sous  le Cardinal Robert Sarah, archevêque de Conakry d’alors, et un autre site de 35 hectares à Kinifi occupé par des inconnus dont le dossier serait en attente à la justice. Des lieux achetés pour pouvoir animer un centre d’accueil, où sera assurée la formation spirituelle et humaine des chrétiens de Guinée.

Selon les religieux, ils avaient de bonnes relations avec les villageois mais que ces derniers temps cette relation se serait détériorée parce que cette population fait réclamation sous prétexte que le cardinal aurait promis à cette population, le bitumage de la route de Kendoumaya à Coya,7 kilomètres de pistes, de  construire des écoles, de construire la mosquée d’électrifier tout le village. Pour eux, l’Eglise catholique est une institution religieuse et engagée pour la paix, la prière. 

« C’est justement cette confusion fondamentale. La communauté religieuse n’est pas une entreprise minière qui, lorsqu’elle occupe une localité, doit normalement vis à vis de la commune riveraine un certain nombre d’obligations. On ne peut demander à la mosquée à un imam, ou à un prêtre d’électrifier un village, de construire une école, ce n’est pas le rôle de l’imam, ni le rôle du prêtre. C’est déplacer les problèmes. Cela relève du rôle régalien de l’Etat. Donc nous dénonçons une confusion, une manipulation des populations de la part de ceux qui se disent intellectuels dans ce pays. Dans la localité de Coyah également, nous dénonçons cette attitude de la communauté villageoise par rapport à l’ignorance des principes qui régissent toute société. Mais qu’à cela ne tienne, nous avons fait beaucoup de choses pour ce village : construire, former plus de 300 jeunes, participer au développement agricole en trouvant des financements parce que l’Eglise elle-même ne possède pas l’argent. Et en 96, c’est 30 mille dollars que nous avons mis à leur disposition pour améliorer les bas-fonds. Dans les courriers que nous avons lus, ils avaient posé 2 doléances en disant qu’ils ne contestent en rien les limites de ces 22 hectares qu’ils revendiquent. Des courriers signé par le chef de district de Kendoumaya et le représentant des sages du village. Et aujourd’hui la même population ayant pris des engagements auprès de l’ Etat guinéen, et auprès de l’Eglise catholique conteste les faits. Ces deux doléances, l’Eglise y a répondu à sa mesure en achetant un groupe électrogène tout neuf qu’elle a offerte à la mosquée de Kendoumaya. En ce qui concerne la deuxième doléance, la constitution d’une école de 6 salles de classes, l’Eglise, en faisant son enquête sur le terrain, s’est rendu compte que l’école primaire de Kendoumaya était dans un état piteux en 96, décoiffée et délabrée. Elle a donc choisi de répondre à la seconde doléance en rénovant et en restaurant cette école. Tout habitant de Kendoumaya connaît ces faits. Tout habitant Kendoumaya a vécu ces faits. Il faut qu’on se respecte dans ce pays. L’Eglise catholique ne s’est pas arrêtée à répondre qu’à ces deux doléances, que nous ne confondons pas avec des revendications comme aujourd’hui on le fait ou avec des promesses qu’on aurait tenues, des promesses imaginaires. », ont-ils précisé.

Poursuivant, les pères Côme et Yohnnè sont revenus sur les récents évènements au cours desquels un des leurs aurait été agressé par la communauté villageoise.

« Le 20 septembre, après notre petit déjeuner, nous avons entendu des manifestations et le gardien nous a alertés que ce sont les femmes qui sont revenues de nouveau sur notre site pour défricher. Et c’est ainsi qu’un de nos frères, Charles Philippe, a pris le fusil de chasse qu’utilise notre gardien. Et quand il est arrivé effectivement les femmes étaient en train  de défricher et  pour les dissuader, il a donné deux coups de sommation en l’air. Et lorsqu’il s’apprêtait à retourner au Couvent, des hommes sont sortis et l’ont attrapé, ils ont commencé à le bastonner et jusqu’à déchirer son habit.

Nous avons ici un morceau de cet habit.  Donc d’après le frère, ils ont utilisé son habit pour le tirer jusqu’au village », a-t-il expliqué. 

Pour équilibrer l’information, nous avons aussi joint la communauté villageoise par le canal de Barada Camara président de la jeunesse de Kendoumaya et accusé par les prêtres d’être le meneur. Ce dernier a dit  ceci: « nous avons beaucoup de choses à dire. L’Eglise est venue vers nous, comme des frères, avec des colas plus une somme de 2500 francs vers nos aînés. Ils nous ont dit qu’ils ont fouillé partout qu’ils n’ont trouvé aucune localité sauf ici à Kendoumaya…Ils ont acheté quelques parcelles avec nous, 4 hectares et demi,  dont moi-même Badara je suis signataire (témoin). Quand ils disent qu’ils ont acheté des terrains, ils l’ont fait avec nos aînés au bord de la route là-bas, de l’autre côté où se trouve l’antenne et nous n’allons pas leur retirer là-bas. Mais les 26 hectares où ils ont construit les maisons, ils n’ont pas acheté.  Nous avons compris que ces prêtres noirs contrairement aux blancs qui étaient là, n’ont plus d’amour pour nous. Nous savons qu’ils n’ont pas acheté les terres sur lesquelles ils sont installés et ils avaient tenu des promesses qu’ils n’ont pas réalisées. Donc nous aussi nous leur avons réclamé nos terres, où nous pourrons construire le marché, des écoles et autres.  Depuis 8 ans maintenant, nous sommes dans cette situation. Donc cette fois-ci, les femmes ont réclamé 4 hectares et demi. Ils ont dit qu’ils ne vont pas les céder, qu’ils les ont achetés.  Donc les femmes leur ont dit, qu’elles les laissent avec 4 hectares qu’ils ont achetés, mais de leur donner les parcelles vides. Nous allons prendre là-bas. Comme ils ne l’ont pas fait pour nous, nous-mêmes, nous pouvons le faire maintenant. Et c’est ainsi que nous avons commencé à  défricher les lieux le jeudi passé  et un prêtre est venu  tirer sur eux, jusqu’à 3 reprises. La foule s’est dispersée mais ils ne l’ont pas frappé. Ils ne l’ont pas insulté. Quand j’ai vu que le nombre de personnes était plus que 100, j’ai pris la voiture, nous l’avons emmené à la gendarmerie.  Avant qu’on arrive à la gendarmerie, eux ils avaient déjà formé une délégation qui s’est rendue à la gendarmerie. Et c’est de là il a été libéré. », a-t-il expliqué.

Cette histoire est loin de connaître son épilogue, si les nouvelles autorités ne s’impliquent pas. La communauté des frères de Kendoumaya réclame  justice, elle  souhaite être rétablie dans ses droits. Et quant à la communauté villageoise, elle n’entend pas revenir sur sa décision de reprendre les lieux.

Christine Finda Kamano 

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