Le Japon invite la Guinée à faire pression sur la Corée du Nord pour qu’elle abandonne son programme nucléaire

A l’occasion de la commémoration du 60è anniversaire des relations diplomatiques entre la Guinée et le Japon, l’ambassadeur nippon à Conakry Hisanobu Hasama a souhaité le 14 novembre dernier que la Guinée fasse pression sur la Corée du Nord pour qu’elle abandonne son programme de développement nucléaire et pour la libération des otages japonais. Cet appel de la 2è puissance économique du monde n’est pas fortuit : la Guinée entretient d’excellentes relations de coopération avec le pays de Kim Jong-un avec l’une des plus grandes ambassades d’Afrique…

‘’Je souhaite fortement que les Guinéens fassent pression sur la Corée du Nord par une application stricte des sanctions prises par la décision du Conseil de Sécurité des Nations Unies, afin que la Corée du Nord abandonne son programme de développement nucléaire sous la forme d’une dénucléarisation complète, vérifiable, irréversible et pour que Megumi YOKOTA et les autres kidnappés reviennent dans leurs foyers et retrouvent leurs familles au Japon’’.

【Félicitations de l’Ambassadeur du Japon en Guinée, S.E.M. Hisanobu HASAMA, en commémoration du 60ème anniversaire des relations diplomatiques】

Excellence Monsieur le Premier Ministre,

Excellences Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les hauts cadres du Gouvernement de la République de Guinée,

Je suis très heureux de vous revoir aujourd’hui malgré vos agendas très chargés et, surtout, malgré la situation sociale de ces derniers jours.

Excellences, Mesdames et Messieurs, je considère que vous êtes tous de vrais amis du Japon et que c’est vous qui soutenez effectivement les excellentes relations amicales guinéo-japonaises.

Aujourd’hui nous nous sommes réunis pour célébrer ensemble le 60ème anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques de nos deux pays.

Nous avons adressé des invitations uniquement à un nombre restreint de responsables du Gouvernement de la République de Guinée, car le Japon a besoin de votre soutien sur le plan international et parce que je voudrais que vous compreniez la situation du Japon, qui fait face à des problèmes internationaux dont j’expliquerai les enjeux de quelques-uns tout à l’heure.

Tout d’abord, je vais retracer brièvement l’histoire de la relation guinéo-japonaise. En effet, il y a 60 ans, jour pour jour, le 14 novembre 1958, le Japon a reconnu l’indépendance guinéenne, 44 jours après le 2 octobre 1958. L’ouverture de l’Ambassade de Guinée à Tokyo a eu lieu en 1972 et celle du Japon à Conakry en 1976. Le Japon est un pays membre de l’ONU depuis le 18 décembre 1956 et la République de Guinée depuis le 12 décembre 1958. Depuis cette époque, le Japon et la République de Guinée coopèrent étroitement au sein de l’ONU.

Effectivement, la coopération guinéo-japonaise commence dans les années 1970 par le projet d’étude de faisabilité du chemin de fer Conakry-Kankan dont le chef de mission, feu Kenzo NAKAJIMA, a été décoré l’année dernière à titre posthume par le Gouvernement de la République de Guinée.

Sur la scène internationale et à l’intérieur de la Guinée, les relations de coopération entre nos deux gouvernements se concrétisent surtout depuis 2010, avec l’avènement du Professeur Alpha CONDE à la présidence de la République. Comme exemple visible, on assiste à plusieurs concrétisations, telle que la construction du pont Kaaka, sur la route nationale N°1. Avec l’ouverture d’un bureau de l’Agence Japonaise de Coopération Internationale (JICA) à Conakry en février de cette année et la construction d’environ deux cent salle de classes en cours à Conakry, il y a beaucoup d’autres exemples, mais j’en passe. Et aujourd’hui, le Japon et la République de Guinée ont signé un très important accord de base intitulé « l’accord de la coopération technique et du programme des volontaires japonais pour la coopération à l’étranger ». Ainsi, avec cet accord, nous pourrons assurer une coopération économique et technique de plus en plus renforcée.

En plus de la coopération au niveau gouvernemental, l’échange au niveau des peuples est à remarquer, et comme exemple, je voudrais mentionner l’équipe de djembé du village de MISHIMA, qui se trouve au sud de l’archipel japonais, dont l’école de djembé a été initiée par le djembéfola Mamady KEITA. La présentation par des japonais, anciens élève de l’école de djembé, a été hautement appréciée à Tokyo, en octobre dernier, lors de la Réunion Ministérielle de la TICAD (Conférence Internationale de Tokyo sur le Développement de l’Afrique).

Je voudrais également mentionner l’effort déployé en dehors de leurs propres obligations par certains membres de l’Ambassade. Notre attaché médical, le Dr INOMATA ici présent, est spécialiste en psychiatrie. Il a remarqué qu’il n’y a que cinq psychiatres à proprement parler en Guinée, bien que le nombre des malades à traiter médicalement soit estimé à plus d’un million. C’est pourquoi le Dr INOMATA a initié, depuis février 2017, un petit atelier périodique sur les connaissances des traitements médicaux, y compris la posologie stricte, avec des médecins généralistes en présence de Dr Barry, du Ministère de la Santé. Bien entendu, la barrière des langues franco-japonaises est surmontée avec la participation de Dr Ndiaye et de Madame ONOZAKI, de l’Ambassade, ainsi que de Madame OTAKE du PAM. Depuis un an, en décembre de l’année dernière, des médecins qui ont participé à cet atelier au sein de l’Ambassade ont commencé une consultation au CMC Les Flamboyants et au CMC de Ratoma. Ce n’est pas tout. Comme vous le savez, en général, les malades mentaux se trouvent dans la difficulté en raison d’incapacités au travail dues à la maladie et qui ne permettent pas d’obtenir les médicaments nécessaires. C’est pourquoi le Dr INOMATA joue le rôle d’un pont avec la communauté guinéenne au Japon qui essaie de collecter des dons pour l’achat de médicaments.

Je suis convaincu que nos relations très positives sur plusieurs plans ne cessent de s’affermir.

En somme, nous connaissons des relations amicales de plus en plus solides, car nos deux pays, le Japon et la République de Guinée, partagent les mêmes valeurs fondamentales telles que l’Etat de Droit, le multipartisme, et le respect de la démocratie qui sont le garant des droits humains. Il ne faut pas oublier que même en Asie, il existe des pays qui ne sont ni démocratiques, ni considérés comme des Etats de Droit. Par exemple, le 30 octobre dernier, la Cour suprême de la République de Corée, donc la Corée du Sud, a donné gain de cause à des plaignants qui réclament le dédommagement psychologique de douleurs subies pendant qu’ils avaient travaillé sous contrat avec une compagnie japonaise, pour laquelle ils avaient volontairement accepté de travailler au Japon. Et l’administration coréenne n’agit aucunement jusqu’à présent.

Or, la Corée du Sud et le Japon ont signé en 1965 un accord relatif à la résolution des problèmes concernant les biens et les droits de réclamation et à la coopération économique entre le Japon et La République de Corée. Conformément à cet accord, le Japon a versé 300 millions de dollars de dons et lui a accordé des prêts à hauteur de 200 millions de dollars. Ainsi, les problèmes concernant les bien, les droits et les intérêts des deux Parties contractantes et de leurs ressortissants (y compris les personnes juridiques) ainsi que ceux concernant les réclamations entre les Partie contractantes et leurs ressortissants sont « réglés de manières totale et définitive » et aucun contentieux ne peut avoir lieu d’après l’article II. La décision de la Corée du sud renverse complètement le fondement légal des relations amicales et de coopération entre le Japon et la République de Corée.

Un tel cas que je viens de citer démontre, sur le plan international, que l’Etat de Droit est extrêmement important car c’est la base de la stabilité des relations internationales. C’est pourquoi tous les pays où règne l’Etat de Droit respectent les droits internationaux. Il va sans dire que la République de Guinée et le Japon respectent toutes les conventions internationales. La notion de base, c’est la primauté du Droit international sur le Droit national. Par exemple, en Afrique, s’il y a des conflits frontaliers, le problème est réglé par voie diplomatique ou bien en saisissant la Cour internationale de justice. S’il y a des conflits, les Etats concernés essaient de régler le problème par voie diplomatique et à la limite, saisissent les instances internationales telles que la Cour internationale d’arbitrage ou bien la Cour internationale de justice par exemple. Une fois réglé, tous les pays respectent le jugement pour toujours.

Je viens de parler de la relation avec la Corée de Sud. Je dois aussi parler de la Corée du Nord. Depuis les années 1970, des japonais ont été enlevés par des agents de Corée du Nord. L’association de victimes dit qu’il y en a plus de huit cent quatre-vingt. Le Gouvernement du Japon a les preuves formelles qu’une quinzaine ont été kidnappés, dont cinq ont été rapatriés par la négociation entre le Premier Ministre KOIZUMI et KIM JONG IL en 2008. Parmi les kidnappés, Megumi YOKOTA a été enlevée en 1976 à l’âge de 13 ans, en cours de chemin pour rentrer à la maison après la préparation d’un concours musical à l’école. Ses parents sont aujourd’hui bien âgés et faibles.

Je souhaite fortement que les Guinéens fassent pression sur la Corée du Nord par une application stricte des sanctions prises par la décision du Conseil de Sécurité des Nations Unies, afin que la Corée du Nord abandonne son programme de développement nucléaire sous la forme d’une dénucléarisation complète, vérifiable, irréversible et pour que Megumi YOKOTA et les autres kidnappés reviennent dans leurs foyers et retrouvent leurs familles au Japon.

Excellence Monsieur le Premier Ministre, Excellences Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs,

Pour terminer, je voudrais réaffirmer ici que, pour le développement d’un pays, le plus important, c’est l’investissement, surtout celui venant de l’étranger. Pour attirer l’investissement étranger, c’est la stabilité sociale qui compte. Pour tirer le meilleur profit de l’investissement, les sociétés calculent avec une vision à long terme. Ces dernières années, l’on a assisté à l’investissement ferme de sociétés étrangères. Dans le cas des sociétés japonaises, normalement en vue d’un éventuel investissement massif, des agents viennent plusieurs fois pour vérifier que toutes les conditions nécessaires sont remplies. C’est pourquoi cela prend du temps pour aboutir à une décision. Je sais que quelques sociétés japonaises ont envoyé leurs agents pour étudier de futurs investissements. Je voudrais que ces études portent leurs fruits le plus tôt possible. Dans ce sens, la sérénité et la paix sociale doivent être bien conservées. Nous sommes dans un pays démocratique. Il est tout à fait naturel pour nous d’assister à des grèves ou à des manifestations. Mais la violence ne peut pas être tolérée. L’ennemi numéro un de l’investissement, c’est l’insécurité causée par la violence.

Excusez-moi, j’ai trop parlé.

Je suis convaincu que la République de Guinée soutient et soutiendra le Japon, et le Japon soutient et soutiendra la République de Guinée.

Nos deux pays vont continuer de maintenir une bonne relation diplomatique amicale  pour nous et pour la paix mondiale.

Vive l’amitié entre la République de Guinée et le Japon !

Vive la coopération guinéo-japonaise.

Le Japon compte sur vous.

Merci.

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Noumoukè S.

 

 

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