Coronavirus: sale temps en Chine pour les Africains de Canton

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Expulsions, suspicion, interdictions d’entrée dans les commerces: des Africains qui vivent dans la grande métropole chinoise de Canton (sud) se disent victimes de discriminations après plusieurs cas positifs au Covid-19 parmi la communauté nigériane.

A Chinese security man stands at the gate of the African district in Guangzhou, southern China on March 1, 2018. The commercial hub has long been a magnet for fortune-seeking Africans, but traders and students say they face unfavourable visa rules and increasingly heavy policing.

La Chine a désormais largement endigué l’épidémie. Mais elle reste sur le qui-vive face aux personnes venant de l’étranger, potentiellement porteuses du coronavirus et donc susceptibles de provoquer une deuxième vague épidémique.

La tension est ainsi montée à Canton (15 millions d’habitants) après la découverte par les autorités locales d’au moins huit personnes contaminées qui ont fréquenté l’arrondissement de Yuexiu – où vit une importante communauté africaine.

Parmi eux figuraient cinq Nigérians. Ils ont déclenché un tollé en Chine après s’être échappés de leur quarantaine pour se rendre dans plusieurs restaurants et lieux publics.

Conséquence: les autorités ont dû tester ou placer en quarantaine quelque 2.000 personnes avec lesquelles ils avaient été en contact, a rapporté un média d’Etat.

Canton a jusqu’au dernier bilan établi jeudi fait état de 114 cas “importés”. Parmi eux figurent 16 Africains, le reste étant des ressortissants chinois.

Une statistique qui n’a toutefois pas freiné la suspicion à l’égard de la communauté africaine de la ville.

Plusieurs Africains racontent à l’AFP avoir été chassés de leurs logements, puis refusés dans des hôtels.

“J’ai dû dormir sous un pont pendant quatre jours sans rien à manger. Je ne peux même pas acheter de nourriture, car aucun magasin ou restaurant ne m’accepte”, affirme à l’AFP Tony Mathias, un étudiant ougandais.

“On est dans la rue comme des mendiants”, peste le jeune homme de 24 ans, qui dit avoir été forcé lundi de quitter l’appartement où il vivait.

Selon Tony Mathias, les policiers n’ont exigé ni dépistage ni quarantaine, mais lui ont tout simplement dit… d’aller dans une autre ville.

Contactée, la police de Canton a refusé de répondre aux questions de l’AFP.

– Haine en ligne –

Autre victime: un homme d’affaires nigérian dit avoir été chassé de son appartement cette semaine.

“Quand la police nous voit, elle nous interpelle et nous demande de rentrer. Mais où est-ce qu’on peut bien aller?”, soupire-t-il.

Selon plusieurs Africains contactés par l’AFP, d’autres membres de la communauté ont été soumis à des dépistages massifs et placés en quarantaine.

La Chine interdit désormais l’entrée des étrangers sur son territoire. Et la plupart des personnes qui se déplacent dans le pays doivent subir une quarantaine de 14 jours dans leur lieu de destination.

Thiam, un étudiant guinéen, affirme à l’AFP avoir été testé négatif. Selon lui, la police a exigé qu’il soit placé place en quarantaine, même s’il n’a pas quitté Canton depuis le début de l’épidémie en janvier.

“Toutes les personnes que j’ai vu être testées sont des Africains. Les Chinois peuvent se déplacer librement. Mais quand tu es noir tu ne peux pas sortir”, dit-il.

Denny, un marchand nigérian expulsé de son appartement, dit avoir passé plusieurs jours dehors avant que des policiers ne le conduisent finalement en quarantaine dans un hôtel.

“Même si on est testé négatif, la police ne nous autorise pas à rester dans notre appartement. Aucune raison n’est donnée”, assure-t-il à l’AFP.

L’affaire des cinq Nigérians a entraîné un torrent de commentaires haineux sur les réseaux sociaux. Certains ont même appelé à expulser de Chine tous les Africains.

– “Malentendus” –

Dans ce contexte, une bande dessinée aux accents xénophobes est devenue virale ces derniers jours. On y voit des étrangers aux comportements délictueux, Blancs comme Noirs, représentés… en ordures en train d’être triés par des éboueurs.

Interrogé jeudi, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Zhao Lijian, a reconnu des “malentendus” dans les mesures de prévention à Canton.

“Le gouvernement chinois traite tous les étrangers en Chine de la même manière (…) et a une tolérance zéro vis-à-vis des paroles et actes discriminatoires”, a-t-il assuré lors d’un point presse régulier.

Il a appelé les autorités locales à “améliorer leurs mécanismes et méthodes de travail”.

Les incidents à Canton peuvent surprendre, car la Chine entretient d’excellentes relations avec la plupart des Etats africains, auxquels elle a notamment offert ces dernières semaines des fournitures médicales face au Covid-19.

“La coopération sino-africaine est du ressort du gouvernement central. Mais l’application des règles de séjour, ça se passe au niveau local”, souligne Eric Olander, rédacteur en chef du site internet China Africa Project.

“Cela explique l’incohérence entre les choses plutôt positives qu’on entend sur la diplomatie chinoise sur le continent et la réalité de plus en plus difficile à laquelle sont confrontés les commerçants, étudiants et autres expatriés africains en Chine.”

AFP

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