Covid-19. Des binationaux européens protestent devant l’ambassade de France : le témoignage (touchant) de Diarra Amadou

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Alors que depuis mi-mars dernier l’agence Air France avait annoncé la réduction de ses capacités de 70 à 90% et ce pour une durée de 2 mois, en Guinée des ressortissants de l’Union européenne désireux de retourner chez eux se retrouvent bloqués. En congé en Guinée depuis le 7 mars dernier, Amadou Diarra, binational, souhaite désormais rejoindre sa femme et ses enfants en France. Malheureusement pour lui comme pour tant d’autres ressortissants européens, l’agence Air France qui devait rouvrir ses portes ce matin de lundi 4 mai 2020 n’a toujours pas repris service.

Au nombre de plusieurs dizaines, ils (ressortissants) décident de se rendre à l’ambassade de France pour protester.

« Je suis venu en Guinée pour rendre visite à ma famille. J’ai ma grande famille qui est là. Donc c’est un séjour qui devait durer normalement que 28 jours mais voilà aujourd’hui presque 2 mois que je suis bloqué en Guinée. Après les échos que nous avons appris depuis la semaine dernière que l’agence d’Air France allait ouvrir ce matin, donc nous sommes allés, on était nombreux plus de cent personnes et il y en a qui sont arrivés depuis 6 heures et finalement l’agence n’a pas ouvert les portes jusqu’à 9 heures 30. On nous a dit que l’agence n’ouvrait pas aujourd’hui selon les dires du gardien et c’est là que nous avons décidé tous ensemble d’aller à l’ambassade de France pour avoir des informations. Nous sommes allés à l’ambassade de France parce que déjà depuis plusieurs semaines, chaque semaine pratiquement on est en ville entre Air France et l’ambassade. On nous balade. Donc on essaie juste de manière à ce qu’on puisse retourner auprès de nos familles respectives dans les différents pays européens parce qu’il n’y a pas que les français. Il y a aussi les ressortissants de la Belgique, de l’Angleterre, de l’Allemagne, de la Suisse, du Portugal, de l’Espagne, on est nombreux et on nous balade d’Air France à l’ambassade de France », explique-t-il.

Fatigués de zigzaguer entre l’agence et l’ambassade, ces ressortissants se retrouvent confrontés à d’autres difficultés. Ils n’ont d’autres choix que de patienter.

« Arrivés à l’ambassade la semaine dernière, on a exigé qu’on nous rencontre. On nous avait fait faire une liste par pays et par nationalité. Nous avons fait cette liste différemment, on a respecté ce qu’ils nous ont demandé, on leur a remis en leur précisant bien que beaucoup d’entre nous avaient un travail qui les attendait là-bas et moi personnellement j’ai un boulot qui m’attend en France et ce mois d’avril je suis sans salaire parce que je n’ai pas travaillé. Mon employeur ne peut pas me payer et il m’appelle à chaque fois pour que je rentre. J’y ai ma famille, ma femme et mes enfants. Beaucoup d’entre nous sont dans la même situation et en même temps il y en a qui ont des titres de séjour qui ne sont pas comme nous, qui n’ont pas la nationalité, des titres de séjour qui arrivent à expiration. D’autres n’ont plus le passeport valable, ça a expiré pendant le séjour et c’est vraiment très compliqué. Et l’ambassade nous dit simplement qu’il n’y a pas de vol et il nous envoie vers Air France, quand on part, Air France est fermé. Donc ça devient vraiment intenable. On a décidé de continuer à partir à l’ambassade jusqu’à ce qu’ils trouvent une solution. Ce qui est normal, c’est vrai on est dans notre pays d’origine mais le pays qui nous représente ici c’est l’ambassade. C’est notre référence, nous, on part à l’ambassade jusqu’à ce qu’on trouve une solution. Aujourd’hui on nous a dit qu’il n’y aurait pas de vol cette semaine, qu’il y aurait certainement un vol peut-être la semaine prochaine » rapporte-t-il.

Sans certitude : « On nous a dit de nous inscrire sur leur plateforme qu’ils ont mis en place, on s’est inscrit sur cette plateforme depuis plus de trois semaines et toujours pas de solution. Et on a décidé de ne rien lâcher, de continuer à partir. Ce n’est pas compliqué, qu’ils dépêchent un vol humanitaire qui peut venir chercher tout ce monde. Aujourd’hui on est plus de 200 personnes. Certainement dans d’autres pays de la sous-région il y a des gens aussi qui attendent. Donc quand ils font une tournée ils peuvent rapatrier tout ce monde-là », estime Amadou Diarra qui termine en lançant un appel aux autorités guinéennes et françaises.

« Aujourd’hui, la Guinée ne fait rien pour nous, on considère bien que c’est pas de leur ressort, il faut aller à l’ambassade et l’ambassade ne fait rien. Donc on veut que l’information remonte jusqu’au ministère des affaires étrangères via l’ambassade de France pour qu’on puisse vraiment penser à ces ressortissants-là. Parce que nous travaillons en France, nous contribuons à l’économie française. Parce que nous payons nos cotisations en France donc quand on est bloqué là, ils doivent se bouger pour nous aider à rentrer au pays auprès de nos familles », lance-t-il.

Maciré Camara 

 

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