Covid-19. Mohamed Mara : « nous ne devons pas baisser la garde »

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Cet autre témoignage nous est livré par Mohamed Mara, notre confrère de Hadafo médias. Il avait également séjourné à Donka pour des raisons de Covid-19. Ici, tout d’abord, il nous relate les rumeurs et autres appréhensions auxquelles son cas particulier avait donné lieu. Ensuite, même si la maladie est aujourd’hui en passe d’être maîtrisée, notre confrère nous invite à maintenir la vigilance et à continuer à faire preuve de responsabilité, en observant les gestes barrières. Des gestes dont il dit d’ailleurs qu’ils sont une preuve d’amour « envers nous-mêmes et envers nos proches que nous protégerions ainsi ».

Depuis l’avènement du nouveau coronavirus et surtout en raison du contexte de méfiance qui sous-tend la crise politique en Guinée, on entend toutes sortes de rumeurs sur fond d’appréhensions autour du dépistage et de la prise en charge des cas avérés de Covid-19. Au point que beaucoup redouteraient encore de se soumettre au dépistage. Qu’est-ce que tout cela vous inspire et qu’auriez-vous envie de dire aux Guinéens ? 

Je suis le cinquième du “collectif des Six contre la Covid-19” à être déclaré positif au coronavirus, le samedi 04 avril 2020. Il faut préciser que mon dépistage avait eu lieu cinq jours auparavant, soit le 31 mars. Dans un premier temps, seulement deux de mes collègues du même groupe médiatique, Moussa Yéro Bah et Aboubacar Dallo, avaient été déclarés positifs avant moi. Pourtant nous avions été dépistés le même jour, et mon résultat tardif avait suscité beaucoup d’émoi dans l’opinion. En réalité, c’est ma qualité de chroniqueur de l’émission « Les Grandes Gueules » qui inquiétait de nombreuses personnes.

Je rappelle que nous étions dans un contexte politique des plus délétères, puisque nous étions quelques jours après les graves violences post-électorales enregistrées en région forestière, et la Guinée était dans l’attente de la promulgation du nouveau texte constitutionnel du 22 mars.

Sur le plan personnel, il faut reconnaître que mon opposition farouche à l’adoption de ce texte m’avait valu bien des inimitiés et les menaces quant à ma sécurité n’étaient pas rares. Cette situation expliquait très probablement les suspicions qui pesaient sur la véracité du résultat de mon test à la COVID-19. De nombreuses personnes m’avaient appelé, mettant en doute ce résultat. Dans mon propre entourage, beaucoup craignaient que mon admission au centre de traitement de Donka ne fût un subterfuge que le gouvernement utilisait pour me museler ou au pire m’assassiner. Des journalistes de grande notoriété n’avaient pas hésité à se poser ouvertement des questions sur mon cas, et je devais sans cesse répondre au téléphone pour essayer d’expliquer à beaucoup de ces personnes que j’étais réellement malade et que j’avais besoin de soins. Cette situation était psychologiquement très difficile pour mes proches et moi, et j’image aussi pour le personnel de prise en charge médicale qui était déjà sous une forte pression à cause du nombre galopant de malades qui affluaient chaque jour. On avait déjà l’impression que les équipes étaient débordées, et les plaintes des malades devenaient nombreuses y compris dans les médias. Comme pour ne rien arranger, les premiers cas de décès ont été enregistrés surtout parmi de hautes personnalités du pays.

Désormais, une vraie psychose s’emparait du pays tout entier avec la déclaration d’un Etat d’urgence sanitaire. Je rappelle que le contexte politique était juste irrespirable et agrémentait le lit des suspicions et des rumeurs.

Pourtant, si les contaminations se multipliaient avec l’apparition des premiers cas à l’intérieur du pays, l’équipe des cliniciens maitrisait parfaitement la situation. J’ai constaté pendant mon séjour que les personnes qui avaient succombé étaient arrivées déjà très épuisées, avec des complications liées à l’âge ou à plusieurs facteurs de comorbidité. Malgré leurs nombres réduits, ces médecins, infirmiers et mêmes les techniciens de surface donnaient le maximum pour nous rassurer et nous soulager physiquement. J’étais de ceux qui avaient développé plusieurs symptômes. Que le dévouement et leur conscience professionnelle soient à jamais saluées.

Je tire de cette expérience que le déficit de communication rend propice la propagation des rumeurs avec son corollaire de réticence chez nos concitoyens qui hésitent à se faire dépister à temps, ou qui préfèrent se cacher au lieu d’aller se faire prendre en charge dans les centres de traitement. Malheureusement, les complications et les décès enregistrés concernent la plupart du temps cette catégorie de personnes.

Alors qu’on espérait en avoir fini avec la pandémie, de plus en plus on évoque les risques d’une nouvelle vague. La Guinée est-elle également exposée à ce risque et que faut-il faire pour l’éviter ? 

Nous devons faire attention aux statistiques qui tombent chaque jour à l’ANSS (Agence Nationale de Sécurité Sanitaire). Les chiffres actuels sont très encourageants et démontrent à suffisance que notre pays est dans la bonne voie pour en finir avec le virus maudit. Cependant, je crains que nous ne soyons réellement exposés à une nouvelle vague de contamination surtout dans l’arrière-pays. Les structures engagées dans la sensibilisation semblent lever le pied ces dernières semaines et il est presque devenu banal de rencontrer des Guinéens qui ignorent totalement les gestes barrières et le port du masque de protection en particulier.

Ceci m’inquiète, quand on sait que l’intérieur du pays ne dispose pas toujours de structures sanitaires fonctionnelles. Bien plus, les populations sont plus âgées dans ces localités avec ce que cela implique comme risques pour elles.  Nous ne devons pas baisser la garde dans la sensibilisation, ni ostraciser les guéris du la COVID-19 qui sont le témoignage vivant qu’on en guérit, je dirais même facilement, à condition qu’on soit pris en charge à temps.

Notre pays dispose de suffisamment de kits de dépistage aujourd’hui, et il serait presque irresponsable qu’on meure de ce mal juste parce qu’on a des appréhensions, alors que la maladie est de mieux en mieux cernée par nos experts nationaux et les renforts venus de l’étranger. Les équipes de prise en charge sont sur pied à toute heure du jour comme la nuit, il ne faut pas se cloîtrer en espérant le miracle de la guérison quand les structures sanitaires sont aptes à nous prendre en charge.

Finalement, je dirais que le respect des gestes barrières et le dépistage sont en réalité un geste d’amour, envers nous-mêmes et envers nos proches que nous protégerions ainsi.

Mohamed Mara, Journaliste

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