Diaspora guinéenne, Fabara lé gnontè (Ousmane Boh Kaba)

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Pourquoi la carte du monde est-elle divisée en deux camps? Les pays riches et les pays pauvres ? Pourquoi, malgré la diversité de nos ressources humaines et naturelles, notre pays est considéré comme l’un des pays les plus pauvres de la planète et sous-développé ? Pourquoi immigrons-nous, parfois au risque et péril de nos vies, dans l’autre camp, celui des pays riches, là où il est possible de vivre, étudier et travailler ?

Devant les échecs répétés des projets de développement et face aux promesses non tenues de nos dirigeants, le développement reste chez-nous, en Guinée, une expression vaine à la mode. Face à cette situation alarmante, nos forces vives, nos jeunes surtout, émigrent vers les pays développés pour tenter d’échapper à ce sort misérable.

Si, bon gré mal gré, revenir aux sources, sur la terre de nos ancêtres, là où tout a commencé, est en théorie, une obligation morale, peut-on aussi facilement, démissionner d’un emploi rémunéré 50 000 dollars par an pour aller gagner 500 dollars par an? Est-ce que quelqu’un qui a failli mourir à cause d’un système de santé défectueux dans son pays d’origine va se forcer à quitter un pays développé où les soins sont de bien meilleure qualité ? Est-ce que quelqu’un dont le seul emploi permet de faire vivre une famille restée au pays va tout claquer pour la simple possibilité de pouvoir dire « je suis rentré au bercail » ? Est-ce que quelqu’un qui a toujours dû vivre son orientation sexuelle ou religieuse dans la peur et le déni va abandonner, sans y être forcé, la petite tranquillité qu’il a pu acquérir ailleurs par patriotisme ? Est-ce qu’un étudiant dont les parents se sont saignés une vie entière pour qu’il fasse les meilleures écoles va tout lâcher et assumer la déception parentale ?

Néanmoins, s’il est impératif pour nos dirigeants d’envisager le rôle de la diaspora qualifiée dans le développement de notre pays d’un point de vue stratégique, l’idée qu’ont certains guinéens vivants à l’étranger, de mettre en avant leur formation et leur compétence, vraie ou supposée, pour exiger un traitement différencié comme monnaie d’échange, une condition optimale de travail, un salaire largement supérieur à la norme et une qualité de vie que ne peut encore offrir notre pays est nocive et tout à fait ridicule. Une nation ne se construit-elle pas par un contrat social forgé sur la culture de l’égalité ? Refuser ce postulat, n’est-ce pas être indigne de participer à une quelconque ambition nationale progressiste ? Notre jeune nation a-t-elle besoin de chasseurs de primes ou de citoyens motivés à relever les défis colossaux du moment ?

Pour attirer les compétences hautement qualifiées, nos dirigeants doivent mettre en place des politiques spécifiques pour l’emploi. Nous ne développons pas assez les secteurs créateurs d’emploi tels que l’agriculture, les industries agroalimentaires ou encore le secteur tertiaire. Des filières peu génératrices d’emploi à l’instar de l’énergie, l’eau, ou encore les infrastructures, sont hautement soutenues. Seule une diversification de notre économie sera salvatrice en matière de mobilisation des profils qualifiés. La compétitivité renvoie à l’ensemble des institutions, politiques et facteurs qui déterminent le degré de productivité et, par conséquent, la prospérité future d’un pays.

Les étudiants de nos universités et nos cadres locaux ne doivent pas nourrir de complexes. Il faut se faire à l’idée que la construction de notre pays est quotidienne. Les bras supplémentaires doivent rejoindre un travail déjà entamé, mais non en être la locomotive d’impulsion. Si nous arrivons à construire une nation de progrès, de justice et d’égalité à l’accès à l’emploi, la santé et l’éducation, les gens auront davantage envie de rentrer pour rejoindre la dynamique de transformation politique et sociale. Et nous deviendrons même un pays d’immigration de cerveaux et parviendrons à renverser le paradigme actuel. Notre pays a besoin de toutes ses filles et de tous ses fils, de ceux qui ont l’envie et la préoccupation de son devenir dans sa vocation émancipatrice.

Le développement économique de notre pays ne peut se faire sans ses compétences les plus qualifiées. Nous avons besoin aujourd’hui et plus que jamais de toutes nos ressources, y compris humaines. Nous accusons trop le coup quand il s’agit de main-d’œuvre qualifiée dans des secteurs en plein essor, notamment, des industries extractives, l’énergie, l’eau et les infrastructures, mais aussi la santé et les télécoms. Faute d’avoir suffisamment de travailleurs qualifiés dans le secteur extractif, les minerais extraits sur le sol guinéen, sont expédiés ailleurs pour être transformés. Notre secteur de la Santé ne s’en sort pas mieux. Nous manquons cruellement de personnel de santé formé, capable d’offrir par exemple, des services de qualité aux futures mères. Une situation qui explique en partie, le niveau toujours dramatiquement élevé du taux de mortalité maternelle.

Avec notre dynamisme démographique et nos milliers de nouveaux diplômés frappant chaque année aux portes du marché du travail, plus communément appelé marché de l’emploi, nous devons rapidement trouver des moyens pour combler le déficit de main-d’œuvre qualifiée tout en renforçant nos propres capacités à affronter les défis contemporains, qu’il s’agisse du changement climatique ou des pandémies mondiales. Nous disposons d’une population jeune et dynamique qui pourra toutefois relancer notre économie, si des réformes ciblées à court et à long terme sont prises dans des domaines essentiels.

La Guinée d’aujourd’hui est, nul doute, « un pays où tout est à faire », où le dynamisme entrepreneurial est au sommet et où les grandes entreprises en quête de bien être se sont ruées, l’endroit propice pour une diaspora qualifiée. Le sujet ne doit pas être simplifié à deux mots : rester ou rentrer. C’est plutôt la recherche de l’éveil du business spirit guinéen qui devrait être entamée. Le but : capitaliser les expériences et savoir faire des diplômés guinéens en Guinée. Nous devrons prendre conscience et décider que personne, quels que soient ses moyens et ses bonnes intentions, ne peut faire notre bonheur à notre place. Fabara lé gnontè !

Ousmane Boh Kaba

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