Dubréka : 2 ans après l’explosion à ODHAV multi-industries, les rescapés demandent l’aide des autorités

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Cela fera exactement 2 ans jour pour jour le 12 décembre prochain depuis l’explosion à la société ODHAV multi-industries située dans la zone industrielle de Massayah dans la préfecture de Dubréka. Il était 14 heures ce jour lorsqu’Ousmane Barry, Amadou Diallo et d’autres collègues de travail qui avaient pris leur pause une heure plutôt avaient repris leur travail de production d’oxygène. Pendant ce temps, d’autres ouvriers qui avaient été sollicités par la société pour un travail de soudure étaient à l’œuvre. Soudain, une trentaine de minutes plus tard, il y a eu une explosion faisant une vingtaine de victimes dont 3 morts.

Parmi ces morts un nommé Cécé dont le corps a aussitôt éclaté en morceaux. Depuis ce grave accident, Amadou Diallo et Ousmane Barry peinent à retrouver le cours normal de leur vie. Rescapés de ce jour funeste, ils n’ont pas eu que des séquelles physiques. 

« C’était le 12 décembre 2018. C’était le matin, nous étions en train de travailler. Ils ont appelé les gens qui font la soudure de venir enlever le hangar pendant que nous, nous faisions la collision. Nous avons travaillé jusqu’à 13 heures, l’heure de la pause et nous sommes sortis dehors et après la pause à 14 heures 00, nous sommes rentrés. À 14 heures 30 nous avons recommencé à produire pendant que les soudeurs travaillaient et d’un seul coup, il y a eu une explosion de bouteille d’oxygène. Il y a eu 3 morts et 12 blessés. Le premier mort du nom de Cécé a été découpé. En partance pour l’hôpital, un autre est décédé sur la route et le troisième qui est chauffeur est décédé le lendemain. Nous  avons fait deux semaines à l’hôpital et ils sont partis nous prendre. J’étais à Africel, ils sont partis me prendre pour me dire que je dois retourner à la maison mais pour chaque pansement, ils vont me renvoyer. Alors ils m’ont envoyé à la maison et à chaque fois que le jour du pansement arrive ils viennent me chercher pour me conduire à l’hôpital mais après ils ont arrêté. Au début quand je partais pour le pansement on me donnait le transport mais après, ils m’ont dit que je devais payer mon transport moi-même pour aller à l’hôpital. J’ai donc payé moi-même pour mon transport jusqu’au jour où ils ont enlevé le fer dans mon pied et là, ils m’ont dit que mon pansement est fini. La petite somme qu’on me donne c’est ce que je prends pour acheter mon médicament moi-même. Parfois quand je pars pour mon argent ils me parlent n’importe comment. Que nous on est pressés, on est à la maison et on est pressés pour l’argent », explique Ousmane Barry.

Resté inconscient une vingtaine de minutes, c’est en partance pour l’hôpital qu’Amadou Diallo est revenu à lui. 

« Je suis resté inconscient 20 à 25 minutes, après je me suis retrouvé mais on n’était plus au lieu de l’accident. On nous a mis dans la voiture. Arrivés à Kagbélen mosquée, notre voiture a eu une crevaison. De là, ils ont appelé un pick-up, nous étions nombreux, nous étions 16 à 17 personnes, on était collé comme des sardines dans une boite. Un de nous a rendu l’âme, du nom de Kéita, mais avant cela, nous avons perdu un ami du nom de Cécé sur les lieux, complètement découpé par l’explosion. 24 heures après, un autre est décédé à l’hôpital, on l’appelait Diallo. Moi, ils m’ont conduit à l’hôpital Wasiya Guinée à Nongo. Sous traitement, au début comme les autorités les suivaient de prêt ils prenaient nos charges, peu de temps après, ils ont commencé à alléger. Finalement chaque fois, je discutais avec le directeur et le chef syndicat Papi. Papi est témoin parce que je l’appelais toujours pour lui dire que je n’ai pas reçu tel et tel produit et dès fois même mes produits je ne les recevais pas au complet. Donc j’étais tenu obligé de les acheter moi-même avant que l’argent ne vienne de l’entreprise. Mais là aussi, c’était pour quelques temps. Une fois, j’ai appelé pour lui dire que je ne reçois plus mes produits et je lui ai demandé d’appeler le directeur pour que je puisse recevoir mes produits et 2 heures après c’est venu », dit-il.

Incapables désormais de trop s’exposer à la chaleur et de continuer le travail, Amadou et Ousmane ont demandé assistance auprès de la société qui, visiblement ne semble pas prendre leurs requêtes en considération.

« L’autre fois quand j’ai appelé, celui qui a répondu m’a dit ‘’mais toi, on t’a envoyé un papier pour que tu recommences à travailler’’. J’ai dit comment je vais recommencer à travailler alors qu’ils n’ont pas encore enlevé le fer. J’ai dit qui a envoyé le papier, ils disent que c’est le docteur (mais on ne m’a pas montré le papier). Ils disent nous-mêmes on a regardé, on a vu que je ne peux pas travailler à l’heure-là, c’est pourquoi on a gardé le papier. J’ai dit alors gardez le papier, le jour que vous allez m’appeler moi aussi je vais venir. Je demande donc de l’aide car là où je suis maintenant je ne peux pas travailler et il y a beaucoup de travail que je ne peux pas faire. Si les gens me laissent comme ça vraiment je suis perdu. Eux, leur décision c’est que je retourne travailler mais moi je ne peux pas travailler. Je veux qu’ils m’arrangent pour que je puisse faire quelque chose mais pas pour retourner travailler. Je veux qu’ils m’arrangent car mes parents n’ont rien. Mon père est en Sierra-Leone mais jusqu’à présent il n’a pas pu venir voir son enfant car c’est moi qui lui envoyais de l’argent à lui et à ma maman au village. Il ne travaille pas là-bas, ce que je cherche ici c’est ça que je lui envoyais mais si je reste ainsi et qu’on me dise de retourner travailler dans ça, je ne peux pas travailler. C’est pour cela que je demande de l’aide », déclare Ousmane Barry. 

« Comment je peux commencer à travailler voyant mon état de santé. Ma tête, tout mon corps, il faut voir les photos pour comprendre l’explication. Seules les photos peuvent prouver le degré de brûlure. Ils m’ont dit de signer un règlement de cinq millions trois cent mille francs guinéens (5.300.000fg). Mon ami a pris moi, j’ai dit que je cherche d’abord ma santé. Comment peut-on prendre 5.300.000 comme règlement et signer d’autres contrats ? Je leur ai dit moi, je ne peux pas. Ils nous ont dit qu’ils vont nous soutenir, le premier jour après l’accident, ils nous ont envoyé un sac de riz plus 100.000fg. Lorsque nous sommes venus à la maison, moi je ne voulais pas prendre, mon ami m’a dit de prendre. Et depuis ce jour, ils ont arrêté. Aujourd’hui on souffre, nous demandons aux autorités compétentes pas pour nous seulement mais aussi pour nos autres amis qui ont eu des accidents et qui ont aussi perdu la vie. Nous, nous n’avons pas les moyens et l’entreprise achète tout ce qui est sur leur chemin », dira Amadou Diallo.

En attendant de lancer une procédure judiciaire pour être rétablis dans leurs droits, ces rescapés en appellent à l’aide des autorités. 

À noter que cette explosion de 2018 n’est pas la première du genre. En 2015 un cas similaire avait causé la mort d’un indien.

Maciré Camara et Christine Finda Kamano 

+(224) 628 112 098 / 622 716 906

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