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Politique

Corruption : ”les opérateurs économiques payent près de 500 milliards fg par an en paiement non officiel’’

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La Guinée reste un pays très corrompu. Le 9 décembre dernier, à l’occasion de la journée internationale anti-corruption, le ministre en charge des investissements et des partenariats public-privé Gabriel Curtis n’a pas porté de gant pour dénoncer ce fléau qui étrangle si fort la république de Guinée depuis plusieurs décennies.

« En Guinée, la corruption est encore persistante. Selon les rapports 2011 et 2017 de l’Agence Nationale de Lutte contre la Corruption (ANLCL), le volume des pots de vin en Guinée avoisine en moyenne 600 milliards de francs guinéens chaque année. La même source indique que les opérateurs économiques déclarent avoir payé près de 500 milliards de francs guinéens par an en paiement non officiel et 75% des entreprises affirment faire des cadeaux pour obtenir des contrats », dit le ministre qui a ensuite vanté les mécanisme mis en place par le gouvernement pour mettre fin à la corruption dans le pays. Discours… 

Le 9 décembre de chaque année a été déclaré par l’Assemblée générale des Nations Unies comme la journée internationale de lutte contre la corruption. Cette déclaration des Nations Unies est le résultat de 3 années d’efforts de 129 pays pour agir contre la corruption au niveau mondial.

Organisée pour la première fois en 2008, la journée commémore le lancement à Mérida au Mexique de la Convention des Nations Unies contre la corruption entrée en vigueur en décembre 2005. Aussi connue sous l’appellation Convention Mérida, cette convention est l’un des premiers instruments juridiques internationaux contraignants de lutte contre la corruption au niveau mondial. Elle a été ratifiée par plus des deux tiers des 193 États membres de l’ONU.

Son adoption constitue une étape importante dans l’effort international de lutte contre la corruption, qui freine le progrès et le développement économique des États. Selon le Fonds Monétaire International, la corruption coûte au moins 2.000 milliards de dollars chaque année. Selon Transparency International en 2018, le continent africain reste en dernière position en termes de perception de la corruption. L’Afrique obtient une moyenne de 32 sur une échelle allant de 0 à 100.  

En Guinée, la corruption est encore persistante. Selon les rapports 2011 et 2017 de l’Agence Nationale de Lutte contre la Corruption (ANLCL), le volume des pots de vin en Guinée avoisine en moyenne 600 milliards de francs guinéens chaque année. La même source indique que les opérateurs économiques déclarent avoir payé près de 500 milliards de francs guinéens par an en paiement non officiel et 75% des entreprises affirment faire des cadeaux pour obtenir des contrats.

Le Gouvernement guinéen a pris la mesure de ce fléau. Ainsi, suivant les instructions de Monsieur le Président de la République, le Premier Ministre, Chef du Gouvernement, dans son discours de politique générale prononcé en juin 2018 à l’Assemblée nationale a indiqué que l’objectif du Gouvernement dont il a la charge vise à rétablir l’autorité de l’État en menant une lutte sans répit contre la corruption et à promouvoir la bonne gouvernance pour mettre fin aux déperditions financières.

Le Premier ministre a mis au centre de l’action gouvernementale la lutte contre la corruption pour traduire dans la réalité la vision du Chef de l’État pour une gestion parcimonieuse des finances publiques de manière à investir plus efficacement dans l’amélioration des conditions de vie des populations.

Ainsi, depuis 2010, dans la lutte contre la corruption, le gouvernement s’est focalisé sur les actions suivantes :

  • L’inscription de la lutte contre la corruption dans les lettres de mission de tous les membres de gouvernement et l’exigence de transparence dans tous les processus administratifs 
  • L’adoption de la loi portant prévention, détection et répression de la corruption et les infractions assimilées
  • La mise sur pied d’un arsenal de contrôle impliquant plusieurs institutions républicaines et administratives : la Cour des comptes, l’Inspection générale d’État, l’Inspection générale des finances, l’Autorité de régulation des marchés publics, l’Agence nationale de lutte contre la corruption, l’Agent judicaire de l’État, le CENTIF pour lutter contre le blanchiment d’argent,etc…
  • La transparence dans l’administration publique, notamment dans le secteur minier avec l’adoption de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE)
  • Le recours aux technologies de l’information pour accroître la transparence (SYNERGUI pour la création d’entreprise, SYDONIA pour la douane, les sites internet pour communiquer)
  • L’utilisation des paiements électroniques pour une meilleure traçabilité (par exemple pour le paiement des vignettes et des impôts en interdisant les paiements en espèces dépôts en banque ou par virement bancaire)
  • L’adoption d’un nouveau Code des marchés publics
  • La mise en place du Guichet Unique du Commerce Extérieur
  • La moralisation de la vie publique grâce au Programme de Réforme et de Modernisation de l’Administration (PREMA) du Ministère de la Fonction Publique.
  • Au niveau de la gouvernance locale, la déconcentration et la décentralisation sont renforcées pour une gestion transparente des collectivités locales au travers notamment de l’Agence Nationale de Financement des Collectivités (ANAFIC).

Ces actions commencent à porter fruits. Les indices de perception de la Guinée présentent une évolution positive. Ainsi que le dénote le dernier rapport d’évaluation du Plan National de Développement Economique et Social (PNDES), la Guinée enregistre « un certain progrès en matière de consolidation de l’État de droit et de la démocratie. Toutefois, ces progrès sont à relativiser sur des aspects de la gouvernance qui nécessitent des efforts soutenus des autorités » notamment dans la lutte contre la corruption, domaine dans lequel, d’après Transparency International, la Guinée progresse lentement en passant du 25ième rang en 2015 au 28ième rang en 2018.  

Au niveau de l’indice Moh Ibrahim de la Bonne gouvernance[1], avant l’arrivée au pouvoir du Président Alpha Condé, notre indice IIAG (Indice Ibrahim de la Gouvernance Africaine) était de 36 points et la Guinée était 45ème sur 53 États africains. En 2018, la Guinée a amélioré son classement en passant de la 45 ième place à la 37ème place. Pour le Doing Business de la Banque mondiale, la Guinée est passée de la 179ème place en 2011 à la 156ème place pour 2020 suivant une courbe encourageante.

Nous sommes tous conscients que la corruption est très nocive pour l’investissement, la croissance économique et est un facteur aggravant la pauvreté. C’est un fléau que le Gouvernement de la République prend très au sérieux. C’est pourquoi au niveau du Ministère en charge des Investissements et des Partenariats Publics Privés, nous estimons qu’au-delà du climat des affaires qui pourrait s’améliorer davantage, les efforts de lutte contre la corruption faciliteront l’éligibilité de la Guinée au programme MCC.

Au-delà de l’arsenal juridique et réglementaire qui vise à combattre la corruption, la transparence et la communication permettent de prévenir et de lutter contre la corruption en faisant connaître au public les institutions en charge de la lutte contre la corruption. Aussi, célébrer la journée internationale de lutte contre la corruption est un moyen qui permet de communiquer effectivement sur ce que la République de Guinée fait en matière de lutte contre la corruption et d’éclairer le grand public sur ce qui existe en matière de lutte contre la corruption. C’est dans ce cadre, par exemple, qu’il est utile d’informer et de tenir des échanges comme celui d’aujourd’hui sur le phénomène de la corruption en impliquant les différents acteurs concernés.

Il est aussi important de changer la perception du phénomène de corruption dans nos sociétés afin qu’il soit plus âprement combattu par un changement de mentalités pour que les dividendes de l’intégrité soit partagée au sein de notre administration et de notre société. De même, les organismes d’évaluation de lutte contre la corruption doivent être informés des actions menées par les pouvoirs publics pour que leurs actions de lutte contre la corruption soient prises en compte dans leur appréciation.

 

 

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