Feu Papa Kouyaté – Dans le carré des immortels (Par Boubacar Yacine Diallo)

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Lui m’appelait mon directeur et moi je l’appelais « Kawou Mamou ». Simplement parce que nous avons vécu les premières années de notre enfance dans la ville-carrefour et avons eu le même directeur d’école primaire Monsieur Bailo Diallo.

Nous n’étions pas dans la même classe ni de la même promotion. Il se faisait déjà remarquer avec notre camarade Souaré, l’un tapant sur tout et l’autre dansant partout. A cause de l’ambiance qu’ils imposaient, tout le monde les connaissait.

Je le revois des années après : lui au cœur de la musique et moi dans la profession de journaliste. Nos chemins se croisent à nouveau.  Avec sa mémoire vive, c’est lui qui me reconnaît le premier et évoque les souvenirs de l’école du Centre 3 de Mamou. Le fil se renoue de manière définitive.

Comme journaliste, je n’ai pas couvert l’artiste. Je suis resté donc dans le groupe des mélomanes qui se régalent sans arrêt des productions de Papa.

Encore quelques souvenirs : Après ma nomination au poste de directeur général de l’ORTG, il est venu me rendre visite en compagnie de Jeannot Williams et d’Issa Condé. Il me dit ceci : « Mon directeur, la RTG est ingouvernable ; je te souhaite courage et je prie pour toi et ta réussite. » Il récita la Fatiha et me recommanda de veiller sur ses d’eux amis qui l’accompagnent.

L’autre souvenir : c’est après ma démission. Cette-fois, il est venu à la maison avec Ansoumane Djessira Condé. Aussitôt arrivé, il me dit : « Mon directeur, c’est Dieu qui t’a inspiré. Il ne t’oubliera pas, le meilleur est devant. »

Il me quitte avec une promesse, celle de venir à mon domicile aux aurores des jours de fêtes musulmanes pour me réveiller en musique avec son groupe pétri de talent… Promesse qu’il tiendra jusqu’au moment où il est devenu aveugle.

Et la dernière que je l’ai revu, c’était au siège de l’INIDH où il fait garer ses voitures.

Cette fois il me reconnaîtra par ma voix, ayant perdu l’usage de ses yeux, et sans hésitation il lança : « ça, c’est mon Directeur. » Avant d’ajouter : « Je suis aveugle mais c’est mon destin ! »

Papa, comme tous ceux qui ont appris ton décès, je suis sonné. Évidemment, Dieu reprend quand il veut. Qu’il t’accorde son paradis éternel et te loge dans le carré des « immortels ».

Tu as été un immense artiste ! Dors en paix, Papa !

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