François Fall sur les violences au Soudan du Sud: “nous n’étions pas loin de la présidence”, là où y a eu les combats

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Un témoignage aujourd’hui, celui d’une grande personnalité africaine, qui a vécu les affrontements meurtriers à Juba il y a dix jours. François Fall est le vice-président d’une commission de l’Autorité intergouvernementale sur le développement (IGAD) chargée de suivre et d’évaluer l’accord de paix du mois d’août 2015 au Soudan du Sud. L’ancien Premier ministre de Guinée-Conakry est de passage à Kigali dans le cadre du 27e sommet de l’Union africaine.

RFI : Vous étiez à Juba quand les combats ont éclaté. Qu’est-ce qui a déclenché la bataille ?

François Fall : Nul ne saurait le dire aujourd’hui. Ce que je peux dire c’est que nous n’étions pas loin. Nous étions à un pas du Palais présidentiel. Nous étions en réunion avec la communauté internationale, pas loin de la présidence, lorsque nous avons entendu les coups de feu. Et donc les deux étaient en réunion. Le président était en réunion avec ses deux vice-présidents quand les deux gardes présidentiels se sont affrontés à l’extérieur. Alors qui a déclenché ? On ne sait pas. Mais nous savons que quelques jours auparavant, il y avait eu quelques incidents en ville.

C’est-à-dire qu’en fait les combats ont éclaté quand Salva Kiir et Riek Machar se sont trouvés ensemble dans le même bâtiment, avec leurs deux gardes côte à côte, c’est ça ?

Non, pas exactement. Vous savez, il y a eu quelques incidents deux jours auparavant et le président Salva Kiir a appelé ses deux vice-présidents, dont le premier vice-président Riek Machar. Ils étaient en réunion au Palais. Comme vous savez, Riek Machar a été autorisé selon l’accord de l’IGAD, à avoir sa garde présidentielle. Donc il était venu avec une cinquantaine d’hommes armés qui étaient restés en dehors du Palais présidentiel. Donc ils se sont affrontés à l’extérieur. Et les combats se sont déroulés finalement à l’intérieur du Palais.

Oui, parce que les gardes de Riek Machar ont réussi à s’introduire à l’intérieur du Palais, c’est ça ?

Apparemment, mais je sais que la plupart des combats se sont déroulés à l’extérieur et apparemment, les hommes de Machar ont été pratiquement exterminés. Ceux qui étaient présents.

Ceux de Salva Kiir ont eu largement le dessus ?

Ils étaient naturellement plus nombreux et ils ont eu le dessus ce jour-là. Et Machar s’est retrouvé tout seul et finalement c’est le président Salva Kiir qui lui a accordé une escorte pour le ramener chez lui.

Les combats ont commencé quelques heures avant le jour du cinquième anniversaire de l’indépendance du Soudan du Sud. Est-ce que c’est seulement une coïncidence ?

Oui, c’est absolument une coïncidence. Je crois que c’est une coïncidence.

Depuis l’accord de paix du mois d’août 2015, il est donc prévu que deux forces hostiles cohabitent à l’intérieur de Juba. Est-ce que ce n’est pas une grosse imprudence ?

Aujourd’hui, tout le monde est d’accord que ça n’a pas marché. On ne peut pas avoir deux armées face à face dans une ville et avoir la paix. Nous avons essayé de réduire au maximum le nombre de militaires alloués à Machar. Et finalement, dans un premier temps, il a été autorisé à amener 1 370 personnes dont 400 militaires pour sa garde présidentielle, et les autres devaient rentrer dans les forces de police. Mais évidemment, les faits prouvent aujourd’hui que ça a été une erreur et qu’il faut revoir ce dispositif.

Alors justement, que propose le nouveau plan des pays de la Communauté de l’IGAD d’Afrique de l’Est ?

Ce que nous avons proposé c’est que l’on change de mandat des forces des Nations unies. Vous savez qu’il y a 12 000 hommes des Nations unies qui sont au Soudan du Sud, mais le mandat c’est pour la protection civile. Donc il faut changer ce mandat. Le secrétaire général lui-même a demandé l’extension de ces forces, mais nous demandons que le Conseil de sécurité révise le mandat, afin que les forces des Nations unies puissent assurer, non seulement la sécurité de l’équipe de Machar lui-même, mais aussi les installations, les aéroports et autres et aussi les populations civiles. Nous attendons que le Conseil de sécurité se prononce sur cette question.

12 000 hommes, est-ce que cela va suffire ?

Il a été demandé le renforcement des forces.

Alors justement, en renfort on envisage des forces africaines.

Nous préférons des forces africaines, c’est ce qui est demandé. Mais vous savez qu’il y a au Soudan du Sud des forces qui ne sont pas seulement des forces africaines. Mais ce qui est demandé cette fois-ci c’est des forces africaines pour venir renforcer ce qui existe déjà.

Alors ce serait des forces qui viendraient de quels pays ? Des pays de la sous-région ?

On parle des pays de la sous-région, on parle du Rwanda, on parle de la sous-région, mais cela dépendra du Conseil de sécurité pour savoir quels seront les pays contributeurs de troupes.

Est-ce que cette future force africaine s’intègrerait à la force de l’ONU ou est-ce qu’elle resterait séparée ?

Pour le moment, nous n’avons pas parlé. Si vous avez vu le communiqué, nous ne parlons pas de forces africaines. En ce moment les forces des Nations unies vont s’interposer et vont protéger les populations, vont protéger Machar et vont assurer la sécurité à la ville.

Au-delà du renforcement de cette force des Nations unies est-ce qu’il ne faut pas mettre fin à la cohabitation de ces deux armées hostiles dans la capitale ?

Bien sûr ! Il était prévu le cantonnement des forces. Toutes les forces devaient être à l’exception des forces présidentielles qui devaient assurer la sécurité du président et du vice-président. L’objectif c’est de former une armée commune. Nous avons commencé.

Le problème, c’est que depuis ce samedi on ne voit ni Salva Kiir ni Riek Machar à Kigali. Ils ne sont pas venus, ils sont restés à Juba Pourquoi ?

Nous avons rencontré le président Salva Kiir il y a trois jours, avant notre arrivée ici, et la situation certainement commande qu’il reste sur le terrain. Par contre Machar, nous avons parlé avec lui au téléphone. Nous avons le contact téléphonique, nous ne savons pas encore où il est. Ils se parlent – le président Machar lui-même et Salva Kiir – ils se parlent au téléphone. Nous espérons qu’après ce Sommet nous allons tout mettre en œuvre, une fois qu’on est surs que les forces des Nations unies pourront assurer la sécurité de Machar, que Machar va réapparaître. Il y a eu un Conseil des ministres hier auquel les ministres de Machar ont participé.

En fait ce que vous dites c’est que Salva Kiir est à Juba, mais Riek Machar on ne sait pas où il est ?

Pour le moment nous ne savons pas où il est. Mais nous savons qu’il est à Juba. Il n’a pas quitté le pays.

Il n’est pas dans sa résidence de la périphérie de Juba ?

Non, la résidence où il est résidait a été détruite entièrement. Nous ne savons pas où il est, mais nous avons le contact téléphonique avec lui. Nous espérons qu’une fois que nous allons régler le problème de sa sécurité il va réapparaître puisque – et lui et le président – sont d’accord qu’il reste le premier vice-président. Ce qui est un atout.

 

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