Gabriel Haba du CNOSC-G : « au-delà des crimes commis sous l’ère Alpha Condé, il y a d’autres crimes qui ont été commis… »

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La question des poursuites engagées contre l’ancien président Alpha Condé et 26 de ses ministres pour crimes de sang suscite assez de réactions au sein de l’opinion. C’est le cas notamment des acteurs de la société civile qui applaudissent cet acte que la plupart d’entre eux qualifient d’historique. Pour Ange Gabriel Haba,  secrétaire exécutif du Conseil National des Organisations de la Société Civile de Guinée (CNOSC-G),  les nouvelles autorités dégagent une grande volonté politique pour rétablir le peuple de Guinée dans sa dignité.

« L’État est en train de rétablir la confiance qui a été longtemps perdue entre les citoyens et la justice. Aujourd’hui,  la volonté populaire voudrait que ces crimes-là soient jugés et que les victimes soient rétablies dans leurs droits. Et c’est en cela que le peuple de Guinée aura confiance en sa justice et en l’État. Mais il faut faire ressortir un fait, nous sommes dans un processus de réconciliation nationale et les crimes de sang sont un sujet assez sensible. Malgré qu’il y a nécessité de juger ces crimes, mais il faut y aller avec beaucoup de méthodes. Pour la simple raison qu’au-delà des crimes commis sous l’ère Alpha Condé, il y a d’autres crimes qui ont été commis. Quand je prends les évènements du 28 septembre, quand je prends les évènements du camp Boiro, quand je prends les évènements de 2007, tous ceux-ci constituent des crimes qui ont été commis et qui ont enregistré des frustrations en Guinée », a-t-il estimé.

Bien qu’appréciant cette action des nouvelles autorités, le secrétaire exécutif du CNOSCG s’interroge sur la démarche juridique de ces poursuites en ce sens qu’il n’existe pas en Guinée des tribunaux compétents pour juger ces anciennes autorités du pays.

« Au regard des textes de loi en Guinée, les tribunaux ordinaires n’ont pas compétence à juger les ministres, anciens ministres ou les anciens chefs d’État. Cela est dévolu à la Haute Cour de Justice, mais aujourd’hui la Haute Cour de Justice n’a pas été créée. Alors il ressort urgemment que le gouvernement saississe le CNT qui est l’organe législatif pour réviser notre loi en vue de donner cette compétence là aux tribunaux ordinaires. Sinon il faut créer une cour spéciale chargée de juger ces crimes de sang à la lumière de la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières. Comme la CRIEF n’est compétente que sur des crimes économiques, il faut créer une cour compétente à juger les crimes de sang. C’est pas traditionnel au-delà de la Guinée que les tribunaux ordinaires jugent des dignitaires, parce que ces gens-là ont agi à un moment où ils étaient des agents de l’État. Ils ont agi dans l’exercice des fonctions étatiques donc quand ils doivent être jugés, il faut faire attention, il faut observer la procédure en la matière », recommande-t-il. 

Pour Ange Gabriel Haba, le peuple de Guinée ayant soif de justice, tant que la justice n’a pas indexé les responsables de ces crimes là, l’État reste le potentiel responsable de ces crimes.

Maciré Camara

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