Guinée-Bissau : Umaro Embalo accuse Alpha Condé de vouloir l’empêcher de gagner la présidentielle

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A un mois de la présidentielle du 29 décembre prochain, les finalistes bissau-guinéens, tous produits du même système, s’accusent par médias interposés de coups bas et de manœuvres malsaines.

Le général Umaro El Mokhtar Sissoco Embalo, ‘’candidat du président sénégalais’’ Macky Sall, pour reprendre ses détracteurs, a accusé le chef de l’Etat guinéen Alpha Condé de rouler pour son adversaire du parti historique et dominant, le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), Domingos Simoes Pereira, 56 ans, ex-chef du gouvernement, arrivé largement en tête au premier tour avec 40,13 % des voix.

Domingos Simões Pereira, candidat du PAIGC

Dans un article de presse, signé de Bissauactu, largement partagé par le candidat Umaro, 47 ans, (27,65 % des suffrages), soutenu par la dissidence du PAIGC, le Madem, il y est écrit que le président guinéen, « médiateur de la CEDEAO pour la Guinée Bissau conspire dans l’ombre pour permettre au Paigc de remporter la présidentielle. Le chef de l’Etat guinéen a directement appelé au téléphone le faiseur de roi, Nuno Nubiam, pour empêcher son alliance avec Embalo. Alors que le leader générationnel Umaro Sissoco Embalo est en passe de décrocher le soutien de Nuno Nabiam, candidat du PRS/APU, arrivé en 3è position à la présidentielle avec 13,16 %, il se passe une conspiration au nez et à la barbe de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Cela, pour empêcher cette alliance et détourner les voix de Nuno vers le candidat du Part africain de l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (Paigc). Savez-vous qui est le métronome qui tire les ficelles ? Le chef de l’Etat guinéen Alpha Condé. L’homme qui est fortement critiqué dans son pays et à qui on prête l’intention de vouloir cyniquement briguer un 3è mandat. En clair, il nous est revenu que le président Condé a appelé, jeudi [dernier], au téléphone, Nabiam pour le dissuader de soutenir Embalo, au moment où se tenait une réunion de coordination des forces hostiles au parti historique, le Paigc »
“Pour mémoire, poursuit le journal donné proche de Embalo, au lendemain des législatives de mars dernier, l’ambassadeur de Conakry accrédité à Bissau avait, discrètement, approché le leader du Parti démocratique de Guinée-Bissau, Nuno Nabiam, auquel était dévolu le rôle de faiseur de roi. La manœuvre visait à faire basculer la majorité absolue dans le camp du Paigc. Ainsi, c’est à bord d’un appareil de la compagnie Asky Airlines que les émissaires de Alpha Condé conduiront Nabiam à Conakry. Pour contourner les regards indiscrets à Dakar, le vol passera par Lomé et Bamako. Une fois dans la capitale guinéenne, le pactole de 300 millions de fcfa sera libéré par Alpha Condé au profit de son hôte, qui rejoindra son pays à bord du jet privé de l’homme fort de Conakry. C’est comme cela que Nuno avait rallié le bloc parlementaire du Paigc, sur pression intense de la Guinée, dont le mode opératoire n’a pas changé en direction du second tour de la présidentielle bissau-guinéenne ».

Mais ce que ne dit pas le candidat Umaro Embalo, confie à Mediaguinee un fin connaisseur de la politique bissau-guinéenne, c’est qu’il fut le porteur de mallette de bon nombre de dirigeants africains dont l’ex-guide libyen Mouammar Khadafi. Mais aussi l’ancien président burkinabè Blaise Compaoré, en exil en Côte d’Ivoire. Il se raconte que Emballo a joué un rôle clé dans l’arrivée au pouvoir de Macky Sall en le “soutenant financièrement”. « C’est pourquoi, Macky Sall lui reste redevable, il lui ouvre à Dakar les portes du palais et son carnet d’adresses », révèle notre interlocuteur qui dément tout soutien de Conakry à Pereira.

Pour la petite histoire, lors de la présidence guinéenne de l’Union Africaine en 2017, Umaro, alors Premier ministre -contesté- de Guinée Bissau a eu du mal à se faire recevoir par Alpha Condé à l’hôtel Sheraton Addis, en Ethiopie. L’ancien Premier ministre a poireauté dans le hall de l’hôtel pour espérer une rencontre avec Alpha Condé. Dans l’entourage d’Alpha Condé à l’époque, on clamait que Umaro n’était pas légitime et peu recommandable. Après des mois de tentatives, Umaro se fera finalement recevoir au palais Sékhoutouréya à Conakry. Que se sont-ils dit? Motus et boule de gomme.

« Aujourd’hui, l’enjeu en Guinée Bissau ce n’est pas qui sera président de la république, ce n’est pas l’économie ni le social mais comment mettre fin au cartel de drogue qui empêche son développement et mine ce petit pays de 1,8 million d’habitants coincé entre la Guinée et le Sénégal », fulmine un diplomate en poste à Conakry.

En Guinée, des proches de Pereira accusent également Embalo d’avoir des soutiens qui ont pour noms Sékouba Konaté, ancien président de la transition et Cellou Dalein Diallo, principal opposant guinéen.

Récemment, le général Konaté avait appelé ouvertement les Bissau-guinéens à soutenir Umaro qui « est un homme qui n’est pas éclaboussé par des affaires de corruption. Il n’est pas trempé par des affaires de drogue qui sont légion en Guinée Bissau. A part le père fondateur, feu Amilcar Cabral, Embalo est l’une des rares personnalités Bissau-guinéennes dont les mains sont propres, qui ne traînent aucune casserole sale. »

« Il m’a soutenu pendant la transition. Il était en quelque sorte l’émissaire entre le président Blaise Compaoré et moi. Il m’a rendu visite partout. A Addis-Abeba, au Maroc, en France, il est venu me voir un peu partout dans le monde », dit-il sur Nouvellesdeguinée.

Et dire que le Sénégal soutient un candidat à Bissau serait un manche pour la sous-région car la Guinée Bissau a été longtemps proche de la Guinée. La géopolitique, quand tu nous tiens !

Qui donc de Pereira ou de Embalo remportera cette élection financée à 80% par la Cedeao ?

Mamadou Savané

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