Guinée : pourquoi l’heure est vraiment grave

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Au lendemain du double scrutin du 22 mars, la Guinée et ses citoyens demeurent confrontés à des choix qui pourraient constituer un nouveau tournant de son histoire, un peu plus de 60 ans après son indépendance. Les violences qui ont entaché les élections dimanche dernier appellent une réflexion de plus long terme. En effet, plutôt que de se focaliser sur les résultats, très imprévisibles à cette date, de leurs choix et de leurs conséquences, les citoyens devront veiller au véritable changement qui doit intervenir si le pays veut relever durablement le défi de son émancipation économique et politique. Le principal risque auquel nous faisons face aujourd’hui, c’est de rater ce nouveau rendez-vous avec l’histoire en maintenant le statu quo.

La nécessité de sortir des errements du « système »

En effet et en dépit des différents changements à la tête de l’État, les maux de la société guinéenne (repli identitaire, omniprésence de la corruption, injustice et impunité, croissance non inclusive, déficiences du système scolaire et sanitaire, faiblesse de l’État, reproduction des élites, clientélisme et népotisme, opacité de la gestion publique, etc.) demeurent et sont intimement ancrés dans ce qu’il est convenu d’appeler le « système ».

La question d’un éventuel troisième mandat présidentiel cristallise aujourd’hui, à raison, les débats en Guinée. Alors que le pays paie déjà un lourd tribut aux violences, affrontements et divisions qui le rongent, il faudrait néanmoins prendre garde que le débat ne se limite pas à soit permettre à un clan de se maintenir au pouvoir (et de maintenir ainsi ses privilèges), soit permettre à un autre clan d’accéder à ces mêmes privilèges. L’histoire de la Guinée a hélas trop souvent prouvé que les luttes politiques se confondent avec les luttes pour le contrôle des réseaux d’accès et d’accumulation de richesses. L’histoire, il est vrai, est têtue !

Le peuple guinéen, qui reste debout et ne renonce pas à son combat pour un réel mieux-être et une véritable démocratie, l’a compris. Il est vrai également que les citoyens guinéens démontrent, depuis quelques mois, et dans le fil de la fameuse grève générale de janvier et février 2007, une maturité nouvelle et une soif de justice et de démocratie insoupçonnée. Dans ces temps sombres, il s’agit là d’une vraie lueur d’espoir car, au-delà des luttes de personnes, les vrais enjeux pour la population guinéenne se situent clairement ailleurs.

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