Habitat : quelle est la qualité de l’acier utilisé dans les constructions qui s’écroulent ?

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Voilà une question qui fait frémir. Depuis les années 1980, on ne cesse d’entendre que des immeubles s’effondrent par-ci, par-là, principalement dans les pays du sud, très peu dans les pays du nord, où la production des aciers de construction est soumise à une réglementation stricte.

Pour éclairage et très succinctement, pour produire de l’acier, il y a deux méthodes : la cuisson du minerai de fer et la cuisson de la ferraille. On ne parlera que de cette dernière méthode, puisque c’est la plus répandue et la moins coûteuse, mais c’est là que le danger réside.

En règle générale, tout ce qui est reformé a perdu au moins, on se hasarde, 50% de sa résistance initiale.

Anecdote : A notre enfance, les chaussures plastiques qui provenaient directement des hydrocarbures ou des végétaux, comme le latex, avaient une élasticité et une résistance de loin plus grandes que les chaussures plastiques de nos petits-enfants. On les faisait bouillir pour les ramollir et les adapter à nos pieds, tellement elles étaient rêches et raides. Quand elles se coupaient, on les raccommodait avec un couteau mis au feu, et elles tenaient encore pendant longtemps. Ces chaussures pouvaient tenir pendant des mois et des mois. Les chaussures de plastic de maintenant ont-elles les mêmes résistances et longévités, pourquoi ? Parce que les matières plastiques recuites, refondues, reconditionnées, ont perdu presque de moitié de leur résistance et de leur élasticité, elles sont cassantes. Il en est de même pour les aciers.

Pour qu’un acier soit flexible et fiable dans la construction, il faut qu’il contienne moins de carbone, de silicium, de manganèse, de phosphore et autres impuretés. Ces impuretés sont plus faciles à éliminer dans le minerai (naturel) que dans la ferraille, où d’autres impuretés ont pu s’associer à la matière principale. Leur élimination est plus compliquée. Les fabricants d’acier ne se donnent aucun souci à ce sujet. Tant pis pour l’utilisateur !

Même dans un minéral qui a une teneur de plus de 50% de fer, c’est, semble-t-il, le cas du minerai de Simandou, et même par le procédé Bessemer ou par le procédé Martin, la dépense en énergie est colossale pour éliminer ces impuretés or, qui dit énergie dit argent. Maintenir un four entre 900-1200 degrés pendant 6 à 8 heures, il faut payer la facture, même avec les fours électriques. Là encore, il n’y a aucun scrupule et aucune conscience professionnelle devant le profit.

Un exemple simple et courant : Pour économiser l’énergie et pour engranger plus de bénéfices, les boulangers des quartiers ne donnent pas suffisamment de temps au pain de cuir et de dorer, si bien qu’ils nous vendent des « pains albinos ». Les autorités de la Santé ne disent rien, parce que ça ne tue pas. Ce n’est pas le cas dans la fabrication de l’acier pour la construction.

On a entendu qu’une usine menace de mettre des centaines d’employés à la touche, parce que la ferraille se fait rare… La ferraille guinéenne préfère aller à l’exportation que rester sur place. Mais pourquoi une usine implantée en Guinée ne peut pas acheter au même prix que ceux qui viennent de loin chercher cette ferraille par bateau, avec tous les frais y afférents ?

Le problème est que, aussi, personne ne connait la norme des aciers produits en Guinée, à quelle résistance répondent-ils ? Il y a quelque chose en-dessous que Tiégboro ne révèle pas.

En tout cas, les pointes en acier produites actuellement sont, non seulement de dimensions et de section plus réduites, pis encore, elles se tordent le plus souvent et ne pénètrent pas certains bois rouges, à plus forte raison entrer dans un mur fait avec son minimum de respect de dosage. Quant aux pointes à chapeau, pour les tôles, qui sont moins économiques pour le fabricant, en fabrique-t-on toujours en Guinée ? Pourtant elles étaient fabriquées, il faut qu’elles soient fabriquées, c’est une exigence pour les couvertures. Le cahier des charges ne le stipule pas ?

Donc, l’acier qui contient assez d’impuretés (carbone) est cassant et moins flexible or, dans un élément en béton-armé, le béton supporte les forces de compression, l’acier supporte les forces de flexion et de cisaillement. Les constructeurs, les architectes en savent quelque chose, pas les politiques ou les gendarmes.

Les immeubles qui se sont effondrés à Conakry, à la Minière et à Coronthie, quelles ont été les constats et expertises des spécialistes ? Les architectes avaient-ils respecté les diamètres des aciers utilisés dans les différentes pièces de construction ? Si oui, quel est le résultat du test de résistance des aciers récupérés dans les épaves ?

Les effondrements, les écroulements des immeubles ne se constatent pas seulement en Guinée, mais un peu partout dans les pays du Tiers Monde. Le recyclage de la ferraille pose question sur la production dans les règles de l’art et dans les normes des l’acier de construction en vente sur le marché guinéen. Plus le niveau des immeubles s’élève, plus le danger est élevé, présent et constant. Il faut faire extrêmement attention dans les ponts, poutres, balcons et terrasse !

A bon entendeur…

Moïse Sidibé

 

 

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