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Tribune

Ho Chi Minh et Sékou Touré/ Le 25 août 1958, une autre vision (Moise Sidibé) 

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La déliquescence des empires coloniaux français en Asie et en Afrique a été un coup d’une grande ampleur sur le moral du colonialisme. Pendant la guerre d’Indochine, la quatrième république française a changé, tenez-vous bien, dix-sept gouvernements. Même après la défaite de Dien Bien Phu, le 7 mai 1954, le général Navarre, le commandant des forces françaises en Indochine tenait à y rester encore.

Le général de Gaulle, profitant de la défaite allemande en Europe et de la défaite française en Indochine, arriva au Pouvoir pour former la Cinquième république. Il ne fit pas la campagne en faveur de l’Union Française, comme l’autre, là-bas, mais en faveur de la Communauté Franco-Africaine. C’est la dénomination qui avait changé, dans le fond, c’était du pareil au même.

En Guinée, Sékou Touré avait eu les mêmes idées que Ho Chi Minh. Le « Rien n’est plus précieux que l’indépendance et la liberté » et le « Nous préférons la pauvreté dans liberté à la richesse dans l’esclavage » sont aussi du pareil au même. Navarre et de Gaulle perdirent coup sur coup le Vietnam, le Cambodge et le Laos en Asie, et la Guinée, d’abord, suivie de tous les autres pays africains au sud du Sahara.

Pourquoi ce nom « Syli-Sèkhou » ?

Dans les années de résistance au Fouta, l’almamy Bocar Biro, si notre mémoire tient encore la route, en grand marabout, avait prédit : « Un jour, les Guinéens se promèneront avec l’éléphant dans la poche ». 

A l’instar des mouvements indépendantistes d’Asie, des Africains progressistes créèrent en 1946 le RDA (Rassemblement Démocratique Africain) avec l’éléphant comme symbole. En mai 1947, les Madéra Kéita, Mamba Sano et autres créèrent le PDG (Parti Démocratique de Guinée), la section guinéenne du RDA. Sékou Touré était membre, mais comment est-il parvenu à supplanter les autres, allez savoir, puisque les versions sont contradictoires. Retenons seulement que Sékou refusait et contestait la version coloniale de l’histoire, qui traitait Samory Touré de sanguinaire…

Toujours est-il qu’il se retrouvera au-devant du PDG-RDA, et ses idées de lutte allaient à l’encontre des intérêts de l’administration coloniale, et cela ne restait pas impuni.

En 1969, lors du meeting d’information sur l’esplanade du Palais du Peuple pour annoncer l’arrestation de Kaman Diaby et de Fodéba Kéita, Sékou Touré s’exprimait en langue soussou et racontait comment il était persécuté, comment il vivait dans la clandestinité sous différents déguisements, fumant une cigarette en deux ou trois fois. Même à Conakry, il changeait de domicile, ne passait jamais deux nuits de suite dans une piaule, passant les consignes de lutte par personnes interposées, ayant échappé auparavant à des multiples guet-apens partout où il allait, notamment à Wassou-Tondon.

« Momo Camara Kulikhagnè », son chauffeur, racontait comment ils déjouaient les attentats contre Sékou Touré, des ponts piégés, des tueurs à gages, c’est lui qui goûtait les repas avant Sékou…

Seules les personnes considérées comme compagnons de lutte indéfectibles étaient au courant de la présence de Sékou Touré à Conakry.

C’est ainsi que, petit à petit, l’homme sortira de l’ombre, mais n’en demeurait pas moins un sacré trublion pour embarrasser l’administration coloniale, ce qui faisait de lui le chouchou des femmes indépendantistes, plus acharnées et radicales que les hommes. Faut-il ajouter aussi que Sékou était un séducteur, surtout à l’époque où on l’appelait ‘’TP’’ (trois poches), faisant allusion à ses habillement de communiste à trois poches. Ce qu’il faut souligner, c’est que tous les premiers leaders politiques du Tiers-monde sentaient la caque du communisme. C’est le communisme qui a incité et insufflé les premières ruées dans les brancards du colonialisme, il ne faut pas éluder cela, même si beaucoup de leaders avaient fini par le nier plus tard, mais Nelson Mandela, le dernier apprenti-communiste ne pouvait pas s’en débarrasser. Il est mort avec cette doctrine. On en reparlera, un jour.

On se souvient de la chanson composée instantanément par les femmes de Conakry, quand Sékou fut emprisonné pour la longue grève de l’UGTAN (Union Générale des Travailleurs d’Afrique Noire): « Mukhu kha mangé sé nakha todé , yolé-yoléé!!! »: Que rien n’advienne notre chef, si quelque chose de fâcheux lui arrive, nous irons toutes dormir en prison (chanson qu’on vient de re-entendre avec les femmes du marché de Sonfonia, qui revendiquaient le rétablissement de leur administratrice du marche démise par le maire de Ratoma.

La seconde chanson populaire est celle de la réception du général de Gaulle: « Syli so ta, Mba Syli sodééé ! Syli so ta, mba Syli sooo!!! » (L’éléphant entre dans la ville, fatalement l’éléphant est entré).

 Cette chanson difficile à traduire exactement dénotait dans l’entendement des femmes la réalisation d’une forte aspiration longtemps contrariée et qui est arrivé à son heure, finalement Mba Syli sooo !!! 

La question qui ne s’est jamais posée est pourquoi Sékou Touré a été assimilé à l’éléphant « Syli-Sèkhou » peut-être parce qu’il distribuait les cartes du PDG-RDA avec un éléphant en emblème pour différencier le PDG-RDA des autres partis ? De ce fait, les populations illettrées, les femmes surtout, ne risquaient point de se tromper. Les femmes de Conakry et de la Basse-Guinée avaient choisi l’homme Sékou avant le parti.

Anecdote: Lors de la présidentielle de 1998, on a rencontré un groupe de jeunes femmes soussou : Vous avez voté pour qui? Elles ont toutes sorti la carte du PUP avec l’effigie de Lansana Conté de leur poitrine: « On a pris Lansana Conté! Damnées que vous êtes ! Vous l’avez fait perdre, avait grondé quelqu’un …

Dans Les Carnets Secrets de la Décolonisation, de Rolland Chaffard, de Gaulle pensait que cette chanson à la gloire de l’éléphant lui était dédiée parce qu’elle correspondait à sa stature et à sa taille, mais il ne voyait pas que sur les pancartes du PDG-RDA, il y avait un éléphant tout noir (ventripotent et mal galbé) comme symbole.

Le discours de Sékou Touré ponctué par des ovations et applaudissements dirigés par une claque bien rodée sonnait à chaque fois comme une incidence dans les pauvres portugaises martyrisées du général de Gaulle.

Le glas des relations sonnera quand le général s’est levé pour prendre la parole. A chaque mise en garde et menace à mots couverts proférée, elle était accueillie avec des ovations encore plus nourries. Cela avait de quoi endêver au plus haut degré un général fraichement auréolé de la libération contre l’occupation nazie. Qu’avait-il laissé échapper, « La France n’a plus rien à faire en Guinée »? On dit qu’il avait oublié sa casquette, on n’a pas vu cette image.

Mais si de Gaulle n’avait pas pris la mouche de cette façon, s’il avait amené avec lui Sékou Touré à Dakar, les choses n’allaient pas être aussi tranchantes et l’empire colonial français eût, probablement, survécu plus longtemps. En s’emportant si hors de lui, il a augmenté l’aura du jeune présomptueux comme celui qui l’a osé devant la postérité. Si à partir de ce moment il n’y a pas eu des velléités et des idées de complot, on se demande où il y a la logique, puisque le NON avait eu la majorité, pas l’unanimité. Les orientations politiques ne pouvaient pas plaire à tout le monde

Cependant, la répression aveugle de ces complots a été aussi un moyen de régler les comptes entre responsables et courtisans. Innocents et coupables ont été mis dans le même panier. cela est aussi la vérité. 34 ans après la mort de Sékou Touré, les rancoeurs sont toujours ravivées pour empêcher les victimes de part et d’autre de trouver le repos.

On peut retenir ce trait particulier de Sékou Touré, c’est qu’il n’a jamais mis ses enfants au-dessus des autres de leurs âges : En 1964 ou 65, alors que Mohamed Touré faisait l’école primaire, il jouait aux billes avec plus âgés, il fut battu. Il était allé en pleurant chez lui, le fautif avait pris la fuite et n’est plus jamais revenu à l’école. Personne n’était venu de la présidence s’enquérir de quoi que ce soit à ce sujet. Le fautif était un enfant de douanier…

L’autre cas était arrivé à Kindia, au CER Wassou. Un professeur de zootechnie et d’agriculture du nom de « Coplan » avait couvert Aminata Touré d’injures touchant ses parents. Aminata était en éducation chez le gouverneur de la Basse-Guinée, Sékou Chérif. Il y avait un branle-bas. « Coplan » était un type de Kankanlabé, et tout Kankanlabé était au courant de sa gaffe et s’attendait au pire, Rien ne s’était passé. On apprendra, plus tard que le gouverneur Sékou Chérif avait demandé à Sékou Touré ce qu’il fallait faire. Le président aurait répondu que Coplan ne l’a pas insulté en tant que président de la Guinée, mais en tant que père de famille, parce que son enfant ne s’était pas bien comporté. L’affaire était restée là. Et ces deux histoires, nous les avions plus ou moins vécues.

Par ce NON, Sékou Touré a contrarié tous les plans de de Gaulle, en lui faisant perdre tout un empire colonial, c’était difficilement pardonnable pour le général vu comme le sauveur de la cinquième république, et probablement comme sauveur des colonies. Tel n’a pas été le cas.

Conséquences, les Guinéens ont trinqué et continuent de trinquer. Mais toute leur vie, Sékou a cherché une conciliation avec de Gaulle, qui, par orgueil, est resté sur sa position, rudoyant même Cornut Gentille, ou qui là, qui voulait intercéder pour que de Gaulle amenât Sékou dans son avion: « Ce n’est pas vous le nègre ! ».

Malgré tout, il reconnaîtra dans ses mémoires, qu’il n’a nulle part été mieux réceptionné qu’à Conakry, le 25 août. Et dire que la date du 25 août 1968 est la date de la chute de Ho Chi Minh,  qui finira par s’éteindre le 2 Septembre…

Voilà ce que la date du 25 août peut signifier ici et ailleurs.

Moise Sidibé

 

 

 

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1 Comment

1 Comment

  1. Momo Sylla

    7 septembre 2019 at 4 h 23 min

    Un parcours de l’histoire.
    Il n’y a rien de meilleure que l’independence d’un peuple . Il n’y a rien de pire que la colonisation.

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