Il y a 31 ans, 4 juillet 85, que se commettait en Guinée… Génocide ou crime d’Etat ? (Par Laye Junior Condé)

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Comme nous l’écrivions dans le consensuel n°3 du 15 juillet 2009, lors du 24eme anniversaire des évènements douloureux du 4 juillet qui a marqué le tournant sociopolitique de la Guinée à l’avènement de la deuxième république, a coïncidé aux déliements des différentes langues des différents acteurs de cette tragédie guinéenne. Victimes et supposés commanditaires se sont succédé depuis lors dans les médias privés notamment, la radio djoliba fm au micro de notre défunt confrère Sékou Mady Traoré, directeur à l’époque de la station privée et animateur vedette de l’émission ‘’ Djoli mémoire’’. Après le témoignage poignant du commissaire Dioumessi alias Agent SID, victime du 4 juillet à la date anniversaire du même évènement, la semaine d’après, au même micro, c’est un personnage emblématique, puissant ministre du comité militaire de redressement national (CMRN) à l’époque et controversé (à tort ou à raison) en la personne du général Facinet Touré qu’il a été donné l’occasion de s’expliquer non seulement sur le 4 juillet, mais aussi sur de nombreux autres sujets de la Guinée sous la deuxième république. Facinet Touré, on l’aime ou on ne l’aime pas, n’a pas eu, quatre heures durant, de langue de bois dans un exercice dont les acteurs politiques africains sont peu coutumiers : s’expliquer sur leur gestion après leur passage aux affaires. A-t-il cependant convaincu l’audimat ? Là n’est pas la question ! Puisqu’il ne s’agit pas d’une joute électorale. Bien au contraire, il s’agit de crime de sang duquel l’élite civile et militaire, toute d’une et même appartenance communautaire, (ethnie malinké) a été accusée de complot suite à la tentative de complot attribué au colonel Diarra Traoré et exécutée sommairement sans autre forme de procès entre juillet et septembre de l’année 1985. Le général Facinet Touré a eu le mérite, lors de son passage dans l’émission ‘’djoli mémoire’’, d’ouvrir une voie à la nécessaire réconciliation nationale qui passe forcement par la vérité absolue sur les évènements du 4 juillet 1985 et autres évènements  vécus en Guinée. Le clou de son passage à Djoliba FM a été le défi qu’il a lancé à tous les Guinéens de prouver son implication sur cet évènement qualifié par de nombreux observateurs et les victimes dudit évènement de génocide ou crime d’Etat. Aussi, il jette une pierre dans le jardin des  anciens membres du CMRN vivants qui gardent un mutisme incompréhensif face à cet évènement tragique du 4 juillet. A la suite du général Facinet Touré, au micro de Sékou Mady Traoré,  Nfaly Kaba ‘’Fatou Laye’’, un des proches de feu Diarra Traoré, témoin et acteur de cette tentative de complot a, quant à lui, jeté un pavé dans la mare. Il soutient la thèse du complot mais précise ce qui suit : « Diarra n’était pas un léger comme certains tentent de le cataloguer. Diarra a été victime d’un vaste complot. Diarra Traoré a été victime d’une haute trahison. Trahi par les siens tel que ‘’Ndjole’’ Kouyaté. Conté lui-même était informé du coup et se devait de l’arrêter. Il y a eu assez de morts innocentes. Conté a été machiavélique. Conté a été un bon stratège militaire mais un bleu dans tous les autres domaines. Il ne pouvait pas faire l’affaire de la Guinée. C’est pourquoi, très tôt, Diarra et nous, nous avons voulu l’enlever. Les faits semblent nous avoir donné raison. L’état du pays en fait foi. Ceux qui ont fait échouer le coup ont espéré jouer sur le niveau de Conté en espérant l’enlever et le remplacer au pouvoir. Le président Ahmed Sékou Touré est et demeure un monument en Guinée. Il est le véritable père de la nation et Diarra a eu tort de s’attaquer à sa mémoire. Cela lui a attiré de la malédiction. Malgré cela, je le suis resté fidèle par amitié. Il pouvait mieux faire que Conté. Dire que Diarra voulait remettre le pouvoir à Moussa Diakité (ancien ministre de Sékou Touré détenu à Kindia), était archi faux. On voulait tout simplement se débarrasser des détenus de Kindia c’est tout. Le coup était réel. C’est triste à dire. Conté a beaucoup profité de ce coup pour éliminer des gens. Kabassan et d’autres ont payé alors qu’ils ne se parlaient pas avec Diarra. Kébé, Bayo se sont mis à l’écart de Diarra lorsqu’ils ont appris son projet. Conté a profité du 4 juillet pour se débarrasser de tous ceux qui pouvaient lui faire ombrage. Je suis d’accord avec le général Facinet lorsqu’il parle de concertation nationale pour que la vérité soit dite dans ce pays. ».

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Même si les deux témoignages, ceux du général Facinet Touré et de Fatou Laye, contrastent avec celui du précurseur du débat sur le 4 juillet, le courageux commissaire Dioumessi, les différents témoignages ont, cependant, le mérite d’ouvrir la boite de pandore sur le 4 juillet 85 en l’absence de celui-là même, le général Lansana Conté, qui aurait eu certainement à dire plus, en sa qualité de président de la République, Chef du CMRN à l’époque des faits. A sa décharge, il a déclaré, très tôt, en fin d’année 1985 lors du discours de vœu du nouvel  an et sans être démenti par qui que ce soit jusqu’à sa mort ce qui suit : « Certains Guinéens se sont  vengés sur ceux qui symbolisent un passé abhorré. Nous sommes tombés dans un cycle infernal de répression et de vengeance. » Joignant l’acte à sa parole non démentie, le général Lansana Conté, contrairement à certains de ses pairs placés dans les mêmes circonstances, a, fait son mea culpa, en sous main bien entendu, à l’endroit de nombreuses personnalités de l’ancien régime ou de leurs ayants droits dites victimes de son règne à travers des actes de nomination aux hautes fonctions, parfois ministérielles, de l’Administration qu’il a eu à présider jusqu’à la fin. Aussi, son respect religieux dû à son prédécesseur, feu Ahmed Sékou Touré, sont des circonstances qui plaident largement en sa faveur. Malgré tout. Il en faudra plus que des témoignages radiophoniques pour que les véritables responsabilités soient, objectivement, situées. D’où le nécessaire débat national.

Eh bien ! Nous aussi, victimes collatérales, nous en convenons avec le vœu de la tenue d’un Forum National devant connaitre de toutes les tares qui ont jalonné les 50 années de l’indépendance, dont l’épilogue aboutira à une Guinée unie et prospère tel que souhaitée par tous. Le professeur Sidiki Kobélé Keïta, à juste raison, parle quant à lui  de : « triptyque incontournable d’une vraie réconciliation nationale: la vérité historique, la justice et la mémoire ».

La radio djoliba, le journal le consensuel et les quelques rares témoins dont, entre autres : Dioumessi, Facinet Touré, Fatou Laye, Damaro et avant Tiana Diallo ont, tout le long des mois de juillet, août et septembre 2009, brisé l’omerta sur l’intolérance politique de la Guinée post coloniale marqué par un véritable gâchis humain. Lors duquel des braves et honnêtes citoyens ont perdu la vie pour rien que leur appartenance à une ethnie.

Origine, à n’en pas douter, de la descente aux enfers de la Guinée à cause de ce « Génocide », véritable tournant manqué pour notre pays pour amorcer son développement harmonieux dans la paix et la cohésion sociale.

Pour notre part, l’élite (les intellectuels) guinéenne s’est volontairement tue sur cette tragédie et a démissionné de sa responsabilité historique pour ne s’adonner qu’aux guéguerres politiciennes non productives. Et les survivants de cette tragédie ont un devoir de vérité au vaillant Peuple de Guinée avant de prétendre à une quelconque réconciliation, en tournant une page sombre de notre histoire récente. Quand bien même qu’il est difficile, voire malhonnête, de tourner une page sans l’avoir lue !

Le Président Alpha Condé, les Coprésidents de la Commission Provisoire de Réflexion sur la Réconciliation Nationale sont interpellés ! 

Par Laye Junior CONDE

 

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